La Chine et le reste du monde

Philippe Waechter, Ostrum AM

2 minutes de lecture

La croissance reprend. Elle est plutôt auto-centrée et n’est plus une source d’impulsion forte pour le reste du monde.


© Keystone

L’économie chinoise se normalise. La phase d’alerte sanitaire est passée et la croissance reprend. Elle est plutôt auto-centrée et n’est plus une source d’impulsion forte pour le reste du monde. Cela créera de nouveaux déséquilibres avec les USA et l’Europe et l’émergence de nouvelles tensions. La crise sanitaire a accentué les disparités. Un nouvel équilibre se dessine rapidement.

L’économie chinoise tourne la page de la pandémie, la croissance revient. La vigilance est maintenue pour éviter tout retour du virus mais les comportements reviennent à des allures d’avant crise du Covid.

Deux indicateurs sur ce point: le nombre d’heures travaillées est revenu à son niveau d’avant crise. La problématique de l’offre se résout. L’autre indicateur porte sur les dépenses associées aux interactions sociales (restaurant, alcool, cigarettes,..). Elles sont comparables à celles d’avant crise. C’est sur ce point un signal forts des ménages chinois. Ils n’hésitent plus à sortir car l’incertitude liée à l’épidémie s’est franchement réduite.

Le confinement chinois a été très dur et le reste potentiellement mais cela montre qu’une fois la situation maîtrisée, la dynamique peut revenir comme avant la crise.

La Chine n’a pas été une source d’impulsion pour l’économie mondiale
contrairement à ce qui avait été constaté après 2009.
Dynamique de la croissance chinoise

La croissance a été de 4,9% sur un an au troisième trimestre de 2020. Sur le trimestre, le PIB a augmenté de 2,7% (taux non annualisé, 11,25% en annualisé) après 11,7% au deuxième trimestre (56% en taux annualisé) et -10% sur les 3 premiers mois de l’année (-34% en taux annualisé).

Depuis le début de l’année, la croissance moyenne n’est que de 0,7%. Si l’expansion se poursuit au cours des mois d’octobre à décembre, alors pour l’ensemble de l’année, l’économie chinoise progresserait entre 2 et 3%. Ce mouvement haussier devrait se prolonger en 2021. Rappelons que dans les prévisions du FMI d’octobre 2020, la Chine est la seule économie qui a un niveau de PIB supérieur à celui de 2019 en 2021 et qui permet au PIB mondial d’être comparable à celui de 2019.

Quelques repères

Dans la phase de reprise de l’économie de l’Empire du milieu, on assiste d’abord à un rattrapage de la production avant d’observer une reprise qui s’accélère de la demande privé au troisième trimestre. La production industrielle est en hausse de 1,2% depuis le début de l’année par rapport à 2019 alors que les ventes de détail continuent de se contracter.

Cela suggère que la demande public et les investissements d’infrastructure ont été forts sur la période. C’est effectivement ce que l’on constate avec la hausse de l’endettement des administrations locales et des entreprises publiques. Il y a ici une réplique de ce qui s’était passé après la crise financière de 2009 mais sur une échelle moindre. L’endettement continue d’augmenter néanmoins.

Cela suggère aussi que les chinois ont réussi à exporter massivement et à maintenir un solde extérieur excédentaire. C’est l’autre clé d’explication du comportement de l’économie chinoise. Les exportations ont fortement progressé alors que les importations ont eu une dynamique plus limitée. La Chine n’a pas été une source d’impulsion pour l’économie mondiale contrairement à ce qui avait été constaté après 2009. Les achats ont été plus ciblés. Le Brésil en a profité sur le minerai de fer, les USA sur des produits agricoles… mais il n’y a pas eu d’achats à tout prix.

La situation chinoise se normalise et l’économie reviendra
en 2022 sur la norme de croissance entre 5 et 6%.
Dynamique du marché du travail

Le marché du travail a été très dynamique depuis le début de l’année. Le nombre d’emplois créé est quasiment, au bout de 9 mois, sur l’objectif de 9 millions qui avait été fixé. Cette dynamique du marché du travail a aussi traduit la volonté de développer l’activité en interne (productivité extensive) plutôt que d’importer. On retrouve ici l’idée souvent évoquée d’une stratégie chinoise plus autocentrée. Sur ce marché du travail, le nombre de migrants intérieurs est revenu à un niveau proche d’avant la crise. L’économie retrouve ses repères et les revenus augmentent.

La normalisation de la croissance se traduit aussi par une baisse du taux d’épargne au troisième trimestre. Cela devrait continuer et permettre à l’économie de retrouver dans la demande privée une source d’expansion interne rapide au cours des prochains mois.

Un équilibre nouveau

La situation chinoise se normalise et l’économie reviendra en 2022 sur la norme de croissance entre 5 et 6%. En attendant, son mode de développement plutôt auto-centré va provoquer des difficultés dans le reste du monde puisque l’Empire du milieu ne sera pas la source d’impulsion que l’on aurait pu attendre. Cela provoquera des tensions avec le reste du monde qui cherche encore la recette pour retrouver une dynamique plus robuste. Les tensions avec les USA, même si Joe Biden est élu, et avec l’Europe vont être fortes. C’est une problématique de leadership. La crise sanitaire a vraiment accéléré les transitions.

A lire aussi...