France: impact à moyen-terme de la réduction des prévisions de Paris

Philippe Waechter, Ostrum AM

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Le retour du niveau de 2019 pourrait prendre 10 ans. A la politique économique d’écarter le profil de la croissance de la trajectoire basse.


©Keystone

La contraction de l’activité économique en France devrait être de -11% en 2020 selon le gouvernement. L’économie retrouverait 100% de ses capacités au dernier trimestre 2020. Pour la suite et en prenant en compte cette nouvelle prévision, on peut réfléchir à la trajectoire de l’économie française à l’horizon 2030. Deux hypothèses, l’une dans laquelle l’économie reproduit ce qui a été observé par le passé et dans ce cas, le PIB ne retrouve son niveau de 2019 qu’en 2029. Dans l’autre hypothèse, celle d’un rebond très significatif (Commission Européenne), le PIB de 2019 est retrouvé en 2023. La trajectoire se situera entre les deux allures. A la politique économique d’écarter le profil de la croissance française de la trajectoire basse.

Le ministre de l’Economie, Bruno Lemaire, a révisé à la baisse l’évolution de l’activité en France pour l’ensemble de l’année 2020. La contraction devrait être de -11% contre une attente de -8% auparavant.

Si l’on suit le graphe ci-contre, la trajectoire de l’économie française devrait converger vers 100% de ses capacités au cours du dernier trimestre de 2020. Dans le calcul que j’avais effectué, un retour vers 100% des capacités à la mi-juillet était associé à un recul du PIB de -8%, ce qui paraissait optimiste (dixit l’Insee) et un retour vers 100% à la fin décembre était associé à une contraction de l’activité de -12%.Le gouvernement s’attend à une convergence un peu plus rapide que celle présenté sur le graphe. Cela reste une allure modérée après le repli spectaculaire du 2ème trimestre (autour de -20% dans les deux trajectoires présentées).

La question suivante est l’impact de cette révision à la baisse de l’activité. Dans un post récent, je m’étais calé sur la prévision du gouvernement à -8%. J’avais calculé quatre trajectoires: la première qui faisait l’hypothèse d’une absence de rebond de la croissance en 2021, la seconde calculait le profil du PIB en prenant comme référence le scénario du FMI (j’ai depuis pris celui de la Commission Européenne), une trajectoire qui serait celle du PIB s’il convergeait vers ce qu’aurait dû être son niveau en 2025 sans crise sanitaire puis le même exercice avec une convergence en 2030.

Je refais le même exercice à partir de la nouvelle prévision du gouvernement à -11% en 2020. Le modèle de référence (cas 1) reste celui de l’économie française après les deux dernières récessions de 1993 et 2009. Dans les deux cas, l’évolution de l’activité, l’année suivante, et après, avait été peu différente de celle constatée avant la récession (voir le tableau en annexe). Dans ce cas, le PIB français ne retrouve son niveau de 2019 qu’en 2029.

Dans l’hypothèse de la commission européenne (cas 2), le PIB de 2019 est retrouvé en 2023.(j’ai ajuste de -8,2% et le +7,4% pour 2020 et 2021 de la commission à un choc de -11% en 2020 et un rebond de 9,9% en 2021). La commission donne des prévisions pour 2020 et 2021, j’ai fait l’hypothèse qu’à partir de 2022, la croissance retrouverait sa tendance d’avant crise.

Le PIB retrouve le niveau qui aurait été observé sans crise sanitaire en 2025 dans le cas 3. Le taux de croissance moyen nécessaire est alors de 4,7% tous les ans jusqu’en 2025. Si la date est de 2030 (cas 4) alors le taux de croissance devrait être de 2,7% par an. Dans les deux cas, ces chiffres paraissent excessifs au regard de la croissance moyenne de l’économie française. De 2010 à 2019, son taux de croissance moyen a été de 1,4% et entre les deux récessions de 1993 et de 2009, il a été de 2,2%.


 

La trajectoire probable de l’économie française se situera entre la courbe bleue (cas 1) et la courbe grise (cas 2). On peut espérer un rebond en 2021 mais sans qu’il ait l’ampleur de celui attendu par la Commission Européenne. La politique économique à l’échelle globale n’est pas coordonnée contrairement à ce qui avait pu être constaté après la crise de 2008/2009. Les impulsions américaine et chinoise du passé ne se reproduiront pas cette fois-ci. C’est pour cela que le plan européen est utile. Il donnera davantage d’autonomie à la croissance européenne.

Cette allure de l’économie française sera lourde de conséquences sur le marché du travail. Si l’économie française ne retrouve pas son niveau de PIB de 2019 qu’en 2029, cela implique un niveau d’emploi durablement plus faible qu’en 2019. Les emplois qui sont actuellement encore en chômage partiel ne retourneront pas tous à une situation normale. Les flux d’entrées sur le marché du travail continueront au risque d’alimenter les statistiques de Pôle Emploi, faute de créations d’emplois suffisantes. D’où la nécessité d’un plan de formation à grande échelle pour que la flexicurité souvent mise en avant trouve sa justification.

Les incitations à embaucher vont devoir s’accentuer avec probablement une diminution du coût du travail. L’ajustement macroéconomique passera alors par un filet social moins protecteur.


 

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