La Chine bientôt le deuxième marché obligataire mondial

Yves Hulmann

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Selon Eurizon Capital, le ralentissement de la croissance ne doit pas masquer la tendance de fond positive pour les emprunts.


©Keystone

Le ralentissement de la croissance en Chine observé au quatrième trimestre n’empêchera pas l’Empire du Milieu de devenir le deuxième marché obligataire mondial, probablement avant 2020. C’est l’un des messages délivrés la semaine dernière par Pierpaolo Rinaldo, gérant de portefeuille senior chez Eurizon Capital lors d’une présentation effectuée dans le cadre de Finanz’19, le salon des professionnels de l’investissement qui s’est tenu la semaine dernière à Zurich. 

Le coup de frein de l’économie chinoise survenu durant le dernier trimestre 2018 a marqué les esprits. La croissance du produit intérieur brut (PIB) chinois est ressortie à 6,4% entre octobre et décembre, contre 6,5% au troisième trimestre, soit son plus faible niveau depuis 2009. Appliquées à l’ensemble de l’année 2018, ces données ramènent la croissance annuelle du PIB chinois à 6,6%, comparée à 6,8% en 2017. 
Pour autant, la décélération de la croissance de l’économie chinoise ne remet pas en question la place grandissante qu’occupe la Chine sur le marché obligataire mondial. Avec un encours estimé 84’000 milliards de yuans (renminbis ou RMB), soit l’équivalent de plus de 12’000 milliards de dollars américains en janvier 2019, contre quelque 2000 milliards dix ans plus tôt, la Chine est déjà le troisième plus grand marché obligataire au monde, après le Japon (plus de 13'000 milliards) et les Etats-Unis (plus de 40'000 milliards). Le marché obligataire chinois pourrait ainsi devenir le deuxième plus important au monde encore au cours de 2019.

Des rendements similaires aux émergents,
des risques semblables à ceux de pays développés.

Trois arguments parlent en faveur d’investir sur le marché obligatoire chinois, selon Pierpaolo Rinaldo. Premièrement, les obligations en RMB offrent des rendements proches de ceux de nombreux pays émergents, tandis que leur profil de risque est semblable à celui de nombreux pays développés.

Deuxièmement, les obligations chinoises apportent une diversification par rapport à d’autres classes d’actifs. En 2018, elles ont compté parmi les rares classes d’actifs qui ont affiché des rendements positifs sur l’ensemble de l’année.

Troisièmement, la taille elle-même du marché obligataire chinois va le rendre peu à peu incontournable pour les investisseurs. Troisième plus grand marché pour les obligations gouvernementales au monde, la Chine constitue déjà le deuxième plus grand marché pour les obligations d’entreprises au monde.

Une croissance plus modérée mais aussi plus durable.

«Une décélération saine avec un gâteau qui continue de grandir», a résumé Pierpaolo Rinaldo à propos de la situation de l’économie chinoise. S’agissant justement du ralentissement attendu pour la deuxième économie mondiale, le gérant estime que s’il faut compter avec une croissance plus modérée, estimée à environ 6,2% en 2019, celle-ci sera plus durable aussi. En outre, pour un investisseur obligataire, une croissance plus modeste accompagnée d’une inflation plus faible, se traduit généralement par une diminution des rendements obligataires, synonyme de hausse des cours.

L’affaiblissement du yuan peut-il constituer un risque pour les investisseurs? A ce sujet, Pierpaolo Rinaldo anticipe que stabilité du RMB vis-à-vis du dollar sera préservée. Selon lui, le gouvernement chinois a en effet tiré les leçons du passé lorsque Pékin avait laissé la devise chinoise de se déprécier par rapport au dollar. S’en étaient alors suivies des sorties de capitaux de l’ordre de 1'000 milliards de dollars. Une expérience que le gouvernement chinois n’est pas prête de réitérer, selon l’expert.

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