Lundi, le secteur technologique américain a connu un séisme brutal. En une seule journée, l’indice S&P 500 a perdu près de 800 milliards de dollars en capitalisation boursière. L’essentiel des pertes a été concentré sur le secteur technologique, notamment dans les domaines des semi-conducteurs, de l’intelligence artificielle (IA) et des centres de données. La chute la plus spectaculaire a été enregistrée par Nvidia, dont l’action a plongé de 17%, effaçant 600 milliards de dollars de sa valorisation.
À l’origine de cette onde de choc? Une start-up chinoise encore méconnue: DeepSeek. Représentée par une sympathique baleine en guise de logo, cette entreprise a dévoilé une nouvelle version de son modèle d’IA R1. Très vite, son application mobile a grimpé en tête des classements mondiaux, surpassant même ChatGPT. Plus impressionnant encore, son R1 rivaliserait avec le modèle d’OpenAI, considéré comme une référence absolue en intelligence artificielle.
La force de DeepSeek réside dans son efficacité. L’entreprise parvient à obtenir des résultats exceptionnels avec moins de puissance de calcul et à moindre coût que ses concurrents. Les médias évoquent un coût total de 5 millions de dollars pour le développement de son modèle, bien que des experts estiment que ce chiffre ne couvre que la phase d’entraînement.
Autre élément clé: DeepSeek a conçu son IA sans utiliser les puces les plus avancées de Nvidia. En raison des restrictions américaines, l’entreprise a dû se contenter de processeurs H800, nettement moins puissants. Pourtant, ses résultats démontrent que des modèles performants peuvent être entraînés avec du matériel moins coûteux. Une révélation qui remet en question l’idée selon laquelle la puissance de calcul et les investissements colossaux sont indispensables pour dominer le secteur.
Les pertes en Bourse ont principalement touché les fabricants de semi-conducteurs, les opérateurs de cloud computing et les centres de données. Nvidia, en particulier, est au cœur de ce bouleversement. La firme américaine a su tirer parti du boom de l’IA, doublant ses ventes chaque année depuis 2023. Ses revenus ont ainsi explosé, atteignant 130 milliards de dollars en 2025, avec une marge brute de plus de 70%. Mais cette ascension fulgurante a aussi conduit à une valorisation très élevée. Même après la chute de lundi, son ratio cours/bénéfice dépasse encore 50. Un tel niveau n’est justifiable que si la croissance des ventes et des profits reste soutenue sur le long terme. Or, si des modèles comme ceux de DeepSeek montrent qu’il est possible de réduire les besoins en puissance de calcul, Nvidia pourrait voir sa domination remise en question.
Loin d’être un signal de déclin pour Nvidia, cette évolution pourrait stimuler encore davantage la demande en IA. Un phénomène bien connu en économie, le paradoxe de Jevons, montre que l’amélioration de l’efficacité d’une technologie tend à en accroître l’usage. Par exemple, après l’invention de la machine à vapeur par James Watt, plus efficace que celle de Thomas Newcomen, la consommation de charbon a explosé, au lieu de diminuer. Si l’IA devient plus efficace et moins coûteuse, son adoption s’étendra à davantage d’entreprises et de secteurs, augmentant ainsi la demande en puissance de calcul. Une étude de McKinsey & Company prévoit d’ailleurs que la capacité des centres de données augmentera de 22% par an d’ici 2030, et celle des infrastructures compatibles IA de 33%.
Pour les investisseurs, DeepSeek n’est pas une raison d’abandonner l’IA, mais plutôt un rappel stratégique: il ne faut pas miser uniquement sur les semi-conducteurs, mais diversifier ses placements dans l’ensemble de l’écosystème IA. Les infrastructures cloud, les logiciels et les modèles d’intelligence artificielle offrent encore d’énormes opportunités de croissance.