L’aide de la relance budgétaire en Chine

Marc Brütsch, Swiss Life Asset Managers

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Si les ventes de voitures ou de meubles sont supérieures à l’an dernier, les services de restauration restent enfoncés dans la contraction.


© Keystone

Le gouvernement chinois multiplie les mesures de relance pour stimuler l’économie. La croissance de l’indicateur chinois du crédit au sens large est montée à 12,5% en mai, grâce à l’émission d’obligations spéciales par les collectivités locales, principalement à des fins de projets d’infrastructure. L’investissement dans ce domaine a ainsi pu repartir rapidement, jusqu’à afficher une hausse en mai par rapport à l’année dernière. Les consommateurs chinois, eux, semblent plus prudents. Si les ventes de voitures ou de meubles sont supérieures à l’an dernier, les services de restauration restent enfoncés dans la contraction. La réapparition du virus à Pékin rappelle que le risque d’une seconde vague n’a pas disparu. Même si nous doutons qu’un nouveau confinement soit décrété à l’échelle nationale, on peut en déduire que les mesures de distance physique ne sont pas près d’être levées, ce qui pourrait encore retarder la reprise de la consommation. De plus, le risque politique reste significatif. La Chine cherche en effet à faire adopter au plus vite à Hong Kong une loi de sécurité nationale qui lui permettrait d’accroître sa mainmise sur les citoyens de ce territoire, notamment en créant un service chargé de recueillir les informations et de traiter les crimes contre la sécurité nationale. Cette nouvelle loi va probablement déclencher une nouvelle vague de manifestations à Hong Kong et dégrader encore des relations sino-américaines qui empirent déjà.

Très étonnamment, le secteur manufacturier reste en grande détresse
et a multiplié les mauvaises nouvelles ces 30 derniers jours.

L’inflation de mai a chuté de 3,3% à 2,4%, sous l’effet de la détente des prix alimentaires, surtout ceux du porc, qui s’étaient envolés en 2019 après que la fièvre porcine africaine eut décimé un tiers du cheptel chinois, et qui s’assagissent à mesure que l’offre remonte. Ils devraient continuer de reculer d’ici à la fin de l’année, d’où la révision de notre estimation annuelle d’indice des prix à la consommation de 3% à 2,6%.

L’industrie manufacturière coule au Japon

L’économie japonaise avance à deux vitesses. Si le tertiaire a plongé pendant l’état d’urgence, ce ne fut jamais dans les proportions dramatiques des autres pays développés. Les ventes de détail ont ainsi chuté à environ 88% de leurs niveaux d’avant-crise en mai, contre 78% aux Etats-Unis, par exemple. Les effets sur le marché du travail ont donc été moins marqués au Japon qu’ailleurs, limitant les dégâts pour la consommation intérieure. Bien que le taux de chômage soit passé d’un plus-bas cyclique de 2,2% en décembre 2019 à 2,9% en mai, le pays doit toujours affronter un marché du travail plutôt tendu, avec un ratio offres/demandes d’emploi supérieur à 1. Très étonnamment, cependant, le secteur manufacturier, pilier de la stabilisation des autres économies développées, reste en grande détresse et a multiplié les mauvaises nouvelles ces 30 derniers jours. Malgré l’amélioration de la dynamique économique des premiers partenaires commerciaux du Japon (Chine et Etats-Unis), la production industrielle est tombée à seulement 80% de son niveau d’avant la crise en mai et l’état des commandes n’est pas encourageant. L’automobile, qui a réduit sa production en tout de 50% depuis janvier, y est pour beaucoup. Nous continuons pourtant de tabler sur une reprise graduelle au second semestre, grâce au rebond attendu de la demande extérieure. Nous avons même relevé légèrement notre estimation annuelle, plutôt prudente, après la révision en hausse du PIB du premier trimestre.

L’inflation totale se maintient juste au-dessus de zéro et semble un peu mieux résister que prévu. Si les services tirent toujours les prix à la baisse, les biens comme les vêtements ou les meubles n’ont pas été aussi bradés que dans les autres pays développés pendant la crise. Nous pensons que l’inflation va se stabiliser autour de ses niveaux actuels au troisième trimestre 2020.

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