L’économie japonaise n’est pas liée à la Chine

Salima Barragan

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Selon Joël Le Saux de SYZ AM: «Les Chinois achètent d’abord chinois».


©Keystone

Bien que la Chine soit le deuxième partenaire économique du Japon, les exportations nippones sont faiblement exposées aux consommateurs chinois. Autre preuve de l’indépendance de ces deux grandes économies asiatiques, leurs indices boursiers ont suivi des évolutions différentes en 2018 mais aussi déjà en 2019. En revanche, le ralentissement mondial, qui pèse sur les résultats à annoncer des entreprises japonaises exportatrices, a déjà été intégré dans les cours de leurs actions. Explications avec Joël Le Saux, gérant d’un fonds actions primé sur le Japon, chez SYZ Asset Management.

Exportations peu impactées par le ralentissement chinois

Le secteur nippon des biens de consommation a une faible exposition à la consommation domestique chinoise, la nouvelle orientation économique que le gouvernement chinois soutient depuis 5 ans. «Les Chinois achètent d’abord chinois. Les marques de smartphones les plus vendues sont chinoises et non occidentales. Ils n’ont jamais acheté de trains japonais à grande vitesse», observe Joël Le Saux. De même, la pénétration en Chine des constructeurs automobiles japonais reste faible, ainsi Toyota le premier constructeur mondial y réalise moins de 10% de ses ventes. Les Chinois leurs préfèrent les marques allemandes et les producteurs locaux. Ainsi, la contraction des ventes d’automobiles en Chine en 2018 a peu pénalisé les constructeurs nippons. 

«L’activité de certaines sociétés japonaises dans l’électronique
et dans l’équipement ménager a été lourdement impactée à fin 2018.»

L’impact du ralentissement économique chinois devrait être contenu sur les secteurs des matériaux comme l’acier ainsi que des biens intermédiaires. Ces biens semi-finis exportés sont assemblées en Chine, qui reste encore un atelier du monde, puis réexpédiés aux quatre coins du monde. En revanche, certains sous-secteurs, plus difficilement substituables et dépendants de l’investissement productif, comme les automatismes industriels et les machines-outils, sont vulnérables au déclin de l’investissement productif chinois. Les avertissements sur les résultats de ces entreprises sont en attente. «L’activité de certaines sociétés japonaises dans l’électronique et dans les biens d’équipement ménager et les climatiseurs, a été lourdement impactée à la fin de 2018 et l’est encore aujourd’hui; un trou d’air qui rappelle celui de 2018», relève Joël Le Saux. 

En plus du ralentissement global, l’augmentation prévue en octobre de la taxe sur la valeur ajoutée de 8% à 10% pourrait entraîner un ralentissement technique semblable à 2014, lorsqu’elle avait été majorée de 5% à 8%. «La banque du Japon n’a pas été suffisamment réactive fin 2017 pour normaliser sa politique monétaire, et n’a plus de marge de manœuvre pour baisser ses taux qui sont déjà à zéro», estime Joël Le Saux. Alors que des doutes subsistent quant aux prochains mouvements de taux de la Fed et de la BCE, le Japon a l’avantage d’offrir une meilleure visibilité sur sa politique monétaire.

Une décorrélation avec les indices chinois

En 2018, les indices japonais peu corrélés à ceux chinois, ont évolués positivement jusqu’à l’été, de la même façon que les indices européens et américains. Et pour cause: l’économie japonaise est davantage concernée par le déclin de la demande mondiale. D’ailleurs, le marché a déjà intégré des attentes sur les bénéfices plus faibles que le consensus. Alors que l’été dernier, la croissance des bénéfices estimée pour 2019 était attendue à 9%, les attentes ont été largement revues en baisse et la hausse anticipée n’est plus que de 5% aujourd’hui. «Le marché a coupé ses attentes des résultats à des niveaux réalistes», prévoit Joël Le Saux.

Le «price-to-book» des actions japonaises
a touché son plus bas niveau en six ans.

Le «price-to-book» des actions japonaises, supérieur à une fois leur valeur comptable, a touché son plus bas niveau en six ans. «Ce ratio a baissé d’un peu plus de 10% depuis l’été passé lorsqu’il était à 1,35», commente Joël Le Saux. Fin 2018, les investisseurs pouvaient escompter un rendement sur fonds propres (Return on Equity) légèrement supérieur à 9%. Néanmoins, avec les révisions à la baisse des anticipations sur les bénéfices, le ROE devrait descendre entre 7% et 8%. «Ce marché est bon marché à 12,5x les multiples de bénéfice», analyse Joël Le Saux. Le rendement du marché est de l’ordre de 2,5%, auquel l’on additionne 1% de rachat de titres aux actionnaires (soit un total de 3,5%). 

Positionnement sur les valeurs industrielles et financières

Face à un environnement international défavorable, Joël Le Saux privilégie les valeurs industrielles tournées sur la construction et les travaux publics domestiques ainsi que les financières. «Les valeurs industrielles offrent des valorisations attrayantes et une bonne visibilité sans être exposées à la problématique des taux alors qu’avec les valeurs financières, nous avons une optionalité sur la courbe des taux hors contexte de pentification des taux qui entraînerait une performance boursière. Parmi ces dernières, il existe également des titres bon marché», explique le gérant qui espère une surperformance des valeurs financières pour le trimestre à venir. «Elles ont les caractéristiques de valeur propices lorsque l’on passe d’un scénario de croissance à un ralentissement», explique le gérant. Dans ce contexte de changement d’attentes sur le cycle de croissance économique, les valeurs de croissance souffriront davantage.

Enfin, le yen a signé la plus belle performance de 2018. La composante devise a offert aux portefeuilles une décorrélation appréciable. «Le yen a vraiment sa place dans une grille d’allocation globale dans un contexte de faible visibilité et de risque de marchés pouvant très rapidement passer en mode risk-off», conclut Joël Le Saux.

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