La date limite du 9 juillet à laquelle les partenaires commerciaux des Etats-Unis devaient avoir conclu un accord commercial avec Washington, pour éviter les tarifs «réciproques» annoncés lors du fameux «Liberation Day», a donc expiré. L’administration américaine a fixé le 1er août comme nouvelle échéance, laissant une courte fenêtre de tir pour d’éventuelles négociations supplémentaires.
Au total, une vingtaine de lettres ont été récemment envoyées par l’administration américaine annonçant des droits de douane entre 20% et 50% selon les pays dans le but de rendre le système commercial international plus «réciproque» du point de vue Américain. Le Japon et la Corée du Sud ont ainsi été informés que leur partenaire américain leur imposerait des droits de douane de 25%, le Canada a reçu le chiffre de 35% tandis que le Brésil a été menacé d’une augmentation substantielle passant de 10% à 50%. Le Mexique et l’Union européenne subiront quant à eux des taxes de 30% si aucun accord n’est trouvé dans les 2 semaines. Washington hausse donc le ton afin d’accélérer les discussions alors que seuls le Royaume-Uni, la Chine et le Vietnam disposent d’une forme d’accord à ce stade.
Les cas brésilien et mexicain sont intéressants en cela que la hausse des droits de douane a été justifiée par des considérations pas seulement économiques. En effet, la hausse des droits de douane à l’encontre du Brésil s’inscrit, d’après la missive reçue, en représailles des poursuites judiciaires en cours à l’encontre de l’ancien président, Jair Bolsonaro, soutien historique de Donald Trump. Au-delà des questions légitimes d’ingérence nationale, le Brésil représente un partenaire historique des Etats-Unis qui bénéficient d’ailleurs d’un excédent commercial avec leur voisin du sud. De telles mesures pourraient avoir des conséquences importantes sur les prix des produits de base et donc pour le consommateur américain. Une tasse de café, par exemple, pourrait devenir bien plus onéreuse, le Brésil étant le premier producteur mondial de grains arabica utilisés dans la plupart des mélanges de café haut de gamme dont les prix ont déjà augmenté ces dernières années en raison de mauvaises récoltes. Par ailleurs, le Brésil fait partie des principaux fournisseurs de bœuf des Etats-Unis. Ses importations en la matière ont d’ailleurs doublé au cours des cinq premiers mois de l’année. Le Mexique de son côté est appelé à faire plus en matière de sécurisation de la frontière entre les deux pays sachant que la question migratoire reste un pan important du programme du président américain.
Quelles options pour l’UE?
Déjà confrontée à des droits de douane de 50% sur l’acier et l’aluminium et de 25% sur les voitures et les pièces détachées automobiles, l'UE cherchait ces dernières semaines, à obtenir au moins un accord préliminaire avec les Etats-Unis tout en travaillant en parallèle sur des mesures de rétorsion.
Le scénario idéal pour l'UE serait, bien sûr, que les Etats-Unis n'imposent aucun droit de douane, éliminant ainsi toute nécessité d'imposer des droits de rétorsion. Cependant, au vu de l’accord récent entre les États-Unis et le Royaume-Uni, une base de 10% sur la plupart des autres biens semble difficilement évitable. Ursula von der Leyen a indiqué prendre note de la position des Etats-Unis tout en rappelant la volonté du bloc de poursuivre les efforts en vue d’un accord d’ici au 1er août. L’UE avait prévu d’imposer prochainement des contre-mesures douanières sur environ 21 milliards d’euros d’importations américaines, mais a choisi de temporiser afin de favoriser le dialogue. Il est intéressant de rappeler que le bloc représente l’un des principaux partenaires des Etats-Unis avec 815 milliards de dollars d’importations européennes en 2024 devant le Mexique et le Canada (voir graphique 1). L’UE joue gros dans ces négociations mais possède également un certain nombre d’arguments qui expliquent sa volonté affichée de rester à la table des négociations tout en préparant des scénarios moins constructifs. Les services constituent en particulier une piste pertinente et notamment le secteur technologique. Bien que l’UE ait enregistré un excédent commercial avec les Etats-Unis sur le secteur manufacturier en 2024, elle affichait en effet un déficit au niveau des services. Une taxe sur la publicité numérique aurait un impact considérable sur les entreprises technologiques américaines qui bénéficient actuellement d’une position dominante sur un marché européen estimé à près de 100 milliards d’euros. Cette option induit toutefois un risque d’escalade à l’image de la fin initialement annoncée des négociations avec le Canada qui a ensuite dû retirer son projet de taxe sur les services numériques afin de fluidifier les discussions.
L’unité du bloc européen restera bien évidemment primordiale quant à l’issue des négociations et continuera probablement d’être mise à rude épreuve au regard des enjeux pour certains pays membres (voir graphique 2). L’hypothèse d’un rapprochement avec d’autres forces économiques également impactées par les droits de douane américains pourrait être une alternative, bien que D. Trump ait récemment menacé les BRIC envisageant de poursuivre un tel projet. America first, mais au risque d’une fragmentation du commerce mondial qui pourrait être dommageable in fine pour toutes les parties.
Graphique 1: principaux partenaires commerciaux des Etats-Unis au niveau des biens et services en 2024 (milliards de dollars)

Source: US Department of Commerce, Bloomberg, Juillet 2025
Graphique 2: principaux exportateurs européens de biens vers les Etats-Unis en 2024 (milliards d’euros)

Source: Eurostat, CNBC, Juillet 2025