Londres et Washington ont annoncé lundi un accord garantissant zéro droits de douane sur les exportations britanniques de produits pharmaceutiques vers les Etats-Unis, en échange de quoi le Royaume-Uni s’engage à payer plus cher certains médicaments remboursés.
Cet accord offre aux entreprises britanniques un statut commercial plus favorable que celles de l’Union européenne, dont les produits peuvent être taxés jusqu’à 15%.
Mais ce traitement de faveur a un coût: le gouvernement britannique accepte en contrepartie d’augmenter le prix de certains médicaments payés par son système de santé public (le NHS). Les Etats-Unis espèrent en effet qu’une hausse des prix hors de leur territoire permettra aux laboratoires de réduire les prix très élevés pratiqués chez eux.
L’accord vise à s’assurer que «les patients américains ne payent pas leurs médicaments au prix fort pour subventionner la santé dans les autres pays développés», a pointé le représentant de la Maison Blanche au Commerce (USTR), Jamieson Greer, cité dans un communiqué.
Londres s’engage en outre à ne pas compenser la hausse des prix consenties par une baisse sur d’autres produits du catalogue des laboratoires pharmaceutiques, selon la Maison Blanche.
Tensions avec les labos
Cet accord pourrait par ailleurs permettre d’apaiser les tensions du gouvernement britannique avec les laboratoires, mécontents de la politique tarifaire du NHS et très critiques envers l’exécutif.
Le fleuron britannique AstraZeneca avait annoncé en septembre la suspension d’un projet d’investissement de 200 millions de livres à Cambridge, après avoir renoncé en janvier à une usine de fabrication de vaccins à 450 millions de livres dans la région de Liverpool, invoquant le manque de soutien du gouvernement.
Le groupe américain Merck avait quant à lui renoncé à achever la construction d’un centre de recherche à 1 milliard de livres à Londres, critiquant la politique du Royaume-Uni en matière d’investissements et de prix des médicaments.
Selon le Ministère britannique des sciences, l’accord prévoit que le gouvernement investira «environ 25% de plus dans des traitements innovants, sûrs et efficaces, ce qui représente la première augmentation importante depuis plus de deux décennies».
Cela signifie, concrètement, que pourront être approuvés par le NHS «des médicaments qui apportent des améliorations significatives en matière de santé, mais qui auraient pu être refusés auparavant pour des raisons purement liées à leur rapport coût-efficacité», précise-t-il.
2,5 fois plus cher
Donald Trump agite régulièrement la menace de droits de douane très élevés sur les entreprises pharmaceutiques, afin de les pousser à implanter des usines aux Etats-Unis et de réduire le prix des médicaments dans le pays.
Plusieurs géants ont déjà signé des accords d’exemption avec l’administration américaine, dont AstraZeneca, qui s’est engagé à réduire ses tarifs, mais pas son concurrent GSK.
Les deux groupes ont récemment annoncé des investissements à plusieurs milliards aux Etats-Unis.
L’entente entre Londres et Washington sur le secteur pharmaceutique fait suite à l’accord commercial entré en vigueur durant l’été, qui limite à 10% la plupart des droits de douane américains sur les produits britanniques.
Les prix des médicaments aux Etats-Unis figurent parmi les plus élevés au monde et dépassent ceux appliqués chez leurs voisins et en Europe.
Selon une étude de la Rand Corporation, les Américains payent en moyenne 2,5 fois plus cher pour les médicaments sur ordonnance que les Français par exemple, un écart que Donald Trump s’était engagé à réduire.
Le porte-parole du premier ministre britannique Keir Starmer a de son côté salué «une victoire pour les patients», qui auront selon lui accès plus rapide à de «nouveaux traitements révolutionnaires».