Le marché obligataire a clairement pris les choses en mains depuis le 22 septembre, la courbe des taux US est tendue comme rarement, comme l’illustre le niveau actuel du 10 ans, à 5,24% on se situe à un plus haut en 19 ans. En parallèle le cours de l’or noir ne faiblit pas, le Brent cote 107 dollars ce matin, des officiels Iraniens auraient exprimé en privé leur pessimisme qu’un accord soit trouvé avec Washington avant les élections de mi-mandat du 3 novembre. Dans les salles de marchés on commence à parler de «duraflation», phénomène dans lequel la hausse des tensions sur les obligations de longue duration et celle des prix du pétrole s’alimenteraient mutuellement. On reste ici au conditionnel, en parallèle le sentiment autour de l’intelligence artificielle semble partagé entre le programme record de rachat d’actions de Nvidia, d’un montant de 150 milliards de dollars qui apporte un soutien certain au thème, et l’annulation par OpenAI du lancement de son modèle GPT-6.1 Astra pour des raisons de sécurité, juste avant sa journée dédiée aux développeurs, qui soulève des questions sur le rythme de déploiement des modèles d’IA de pointe et sur les conséquences potentielles pour les dépenses d’investissement des hyperscalers.
On comprend aisément que dans un tel contexte les actions démarrent leur semaine du mauvais pied, la hausse des rendements obligataires et du pétrole est aussi la toile de fonds de banques centrales vouées à des politiques monétaires plus restrictives, il n’y a rien pour faire plaisir à un taureau ici. Même le VIX, qui faisait un gros dodo dans un coin depuis un bail, se réveille et reprend 8% pour terminer son lundi à 16.07, un niveau encore très bas mais c’est un début. Le podium du jour du S&P500 (SPX) se compose des biens de consommation de base, de la santé et de l’énergie, les volumes du jour sont faibles, le breadth négatif à tous les étages, rappelons ici que septembre est un des mois les plus compliqués pour les haussiers, il reste deux séances à tenir, en l’état cela se passe plutôt bien pour le SPX, qui est inchangé, le Nasdaq Composite pour sa part réussit même à grappiller 1,7%, j’évite de vous dire que l’Europe traine la patte, notamment Paris qui abandonne plus de 3%. On va déjà commencer par terminer septembre, puis dès la mi-octobre la saison 3 des résultats trimestriels de sociétés débutera aux Etats-Unis, à noter que dès demain nous aurons droit à une mise en bouche et pas des moindres avec la très dynamique Micron Tech qui prendra la direction du confessionnal dès après la clôture du NYSE.
Résumons: le marché obligataire est de fort mauvaise humeur, ce satané détroit reste très étroit, ce qui alimente la pression acheteuse sur le pétrole, pendant que les banques centrales revêtent leurs habits de faucon de toutes parts, sauf la BNS qui est neutre (coucou Christoph). Dans ce contexte plutôt Mordorien, le joyeux royaume des actions évolue proche de ses records historiques (le SPX est à moins de 2% du sien), on se réjouit d’en savoir plus sur la santé des firmes US d’ici quinze jours. On se réjouit aussi de découvrir le PCE (Personal Consumption Expenditure) d’août demain après-midi, l’outil favori de la Fed pour mesurer l’inflation devrait aider la courbe des taux US à y voir plus clair.
Le SPX reste proche de son record et les résultats des entreprises s’annoncent manifestement solides, mais cette bonne tenue masque une faiblesse croissante du marché: cinq grandes valeurs technologiques ont fourni 93% de sa hausse depuis fin juillet, tandis qu’un seul secteur progresse sur le dernier mois et que la part des titres au-dessus de leur moyenne mobile à 200 jours est passée de 73% à 51%. Pour que la hausse du marché se consolide, il faudrait que davantage de titres y participent.
On reste dans les indicateurs internes de marché avec Sentimentrader qui estime que plusieurs signaux commencent à se dégrader à court terme. Son modèle «New Low Spike» vient de se déclencher après que plus de 7,7% des composantes du SPX ont inscrit un nouveau plus bas sur 252 jours alors même que l’indice reste proche de ses sommets annuels, une configuration qui traduit une détérioration préoccupante de la largeur de marché (et confirme le paragraphe précédent). Historiquement, ce signal est suivi de performances inférieures à la normale sur un horizon de un à six mois, avec surtout, à un mois, davantage de baisses maximales supérieures à 5% que de hausses de plus de 5%. Le modèle composite S TCTM est lui aussi proche d’un signal d’alerte complet: ses conditions préalables sont déjà réunies et il suffirait désormais que le SPX recule d’au moins 1% sur cinq séances pour déclencher formellement l’alerte, laquelle a historiquement été associée à une hausse du risque de correction. En revanche, le modèle secondaire Risk Off reste pour l’instant moins alarmant, avec seulement 20% de signaux actifs. En résumé, les indicateurs internes suggèrent que les risques de marché augmentent sans qu’un signal généralisé de vente ne soit encore confirmé. Le contexte macro renforce néanmoins la prudence, car la hausse du pétrole liée aux tensions au Moyen Orient ravive les craintes d’inflation et pourrait compliquer la trajectoire de la Fed, ce qui rend les prochaines statistiques économiques particulièrement importantes.
L’or se stabilise à 4145 dollars l’once après son plongeon d’hier. La relative stabilité du rendement du 10 ans US ce de matin explique probablement cela, on notera que le niveau de 4000 dollars constitue un important support. Le dollar reste demandé, la paire EUR/USD cote 1,1353, elle regarde toujours son prochain support à 1,1325 (bas en séance du 24 juin). L’euro est mis sous pression par la hausse des prix de l’énergie et le risque politique croissant en France. Sur la partie du dollar/yen une death cross s’est produite hier, en faveur du yen, cours actuel de la paire 157,32, prochain support 155. Si le mouvement de renforcement de la monnaie nipponne se poursuit, cela pourrait avoir un impact sur le franc suisse, qui cote 0,9460 contre euro ce matin, les adeptes de carry trade pourraient adopter la monnaie helvétique tant que les taux et la monnaie du Japon sont voué à se renforcer.
On fait un point banques centrales. Ces dernières restent confrontées à la hausse des coûts de l’énergie et au risque d’inflation. La RBA (Reserve Bank of Australia) a relevé cette nuit son taux de 25 points de base à 4,6%, son plus haut niveau depuis quinze ans, et n’exclut pas d’autres hausses; le dollar australien réagit peu, les marchés anticipant déjà un taux proche de 5% d’ici mi-2027. Pour sa part Christine Lagarde estime que la remontée des rendements à long terme freinera la croissance et limitera la répercussion des coûts énergétiques, sans voir pour l’instant de signes d’une inflation durablement installée; la BCE privilégie donc une réponse mesurée. Au Japon, une hausse des taux dès octobre est jugée possible par un ancien responsable de la Banque du Japon (le marché ne lui donne en l’état que 36% de probabilités de se produire), tandis que la faiblesse du yen reste surveillée. Au Royaume-Uni, Andrew Bailey et deux vice-gouverneures laissent entrevoir une hausse des taux en novembre si les prix du pétrole et du gaz restent élevés. Aux Etats-Unis, une responsable de la Fed évoque encore un léger resserrement.
Au programme macro-économique aujourd’hui: le sentiment économique en zone euro à 11h, suivi d’un discours de Christine Lagarde à 13h. Aux Etats-Unis, l’indice Case-Shiller des prix immobiliers sera publié à 15h, puis les offres d’emploi JOLTS et la confiance des consommateurs du Conference Board à 16h. La soirée sera consacrée aux interventions de trois responsables de la Fed: Goolsbee à 19h, Musalem à 19h30 et Williams à 20h.
UniCredit envisagerait d’accélérer son projet de rachat de Commerzbank dans les prochains mois, tandis que BASF a essuyé un premier refus d’Evonik. Lindt a abaissé ses prévisions pour 2026 et AstraZeneca investit 2 milliards de dollars dans Summit Therapeutics pour développer de nouveaux traitements. Nestlé retire du marché les capsules Nespresso compostables en papier, et BP envisagerait de céder ses activités de biocarburants au Brésil. Aux Etats-Unis, AMD rachète le laboratoire d’intelligence artificielle World Labs pour 8,2 milliards de dollars en actions; Nvidia présente un nouveau système de sécurité pour l’IA et Meta s’associe à Firmus pour accroître ses capacités de calcul en Asie du Sud-Est. La certification du Boeing 737 MAX 10 prend du retard à cause d’un problème informatique, tandis qu’OpenAI suspend la sortie de GPT-6.1 Astra pour des raisons de sécurité. Enfin, LG Electronics se rapproche de Nvidia dans l’alimentation électrique et le refroidissement, Samsung investit dans les infrastructures d’IA et Sony renonce au salon CES 2027 pour se recentrer sur le divertissement. Nvidia a autorisé 150 milliards de dollars supplémentaires de rachats d’actions, portant l’enveloppe encore disponible à 235 milliards, un montant record aux Etats-Unis. Le programme, prévu jusqu’à l’exercice 2028, illustre sa capacité financière et devrait faire de Nvidia le premier émetteur de rachats d’actions du SPX, devant Apple.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en baisse hormis Shanghai qui grappille 0,18%. Tokyo recule de 0,60% à la cloche, Hong Kong abandonne 0,37%, Séoul perd 0,27% et le Nifty50 rend 0,52%. Les futures SPX et NDX traitent autour de l’équilibre pendant que l’Europe progresse de 0,4% dans les premiers échanges.