L’indice S&P500 (SPX) réalise sa première semaine de repli depuis la fin juillet, dans des volumes d’échanges estivaux alors que les tensions autour de la dette des Etats-Unis augmentent significativement. Les principaux indices de Wall Street parviennent tout de même à récupérer une petite partie de terrain vendredi mais personne n’est dupe, le grand-frère obligataire a les sourcils froncés au maximum, il regarde de plus en plus mal son (ex?) ami Scott Bessent, qui a manifestement manqué sa tentative de poudre aux yeux d’investisseurs pas si naïfs que cela. L’annonce en milieu de semaine que le Trésor des Etats-Unis allait doubler le montant des rachats d’émissions obligataires à 10, 20 et 30 ans, visant à stopper l’hémorragie haussières des rendements US et, de ce fait, de la charge de la dette américaine, a parfaitement fonctionné… quelques heures, puis le marché s’est souvenu des mots de Mina dans «Parole, parole» et a remis l’église au milieu du village obligataire en colère.
Le repli hebdomadaire de 1,4% du SPX parait anecdotique dans ce contexte, gardons un œil sur le Nasdaq100 (NDX), qui se bat avec sa moyenne mobile à 50 jours depuis trois séances et menace de la casser à la baisse, tout comme le SOX (Semi-conducteurs), qui se bat lui avec sa 100 jours, ces deux-là fragilisent techniquement l’intégralité du secteur de la tech. La volatilité est aux abonnés absents, le VIX se languit à 15,13, tandis que celle des actions individuelles évolue à 37,97 (VIXEQ), un niveau nettement plus bas que les 51,83 observés le 22 juillet. Sur la partie obligataire, la courbe des taux US a rapidement rebondi de son trou d’air post annonce du Trésor, le rendement du 10 ans évolue ce matin à 4,70%, le 30 ans à 5,24%, pendant que le dollar se bat contre plusieurs vents contraires, la paire EUR/UD cote 1,1676, elle a cassé sa 200 jours (@1,1632) mercredi passé, notons que l’euro est désormais suracheté, la paire a tendance à systématiquement réagir à un état extrême de son RSI. Tiens! Le franc suisse semble retrouver des couleurs (la faute à Scott Bessent?), la paire USD/CHF évolue à 0,8008, sa 100 jours passe actuellement par 0,7976, à suivre de près. Le pétrole reste demandé, le baril de WTI Light Crude cote 85,24 dollars, il regarde sa prochaine résistance à 88,16 dollars, c’est par là que passe sa 100 jours.
L’or est la star du moment, lundi passé la relique barbare évoluait à 4415 dollars l’once, elle avait déjà entamé un rebond de son support de 4000 dollars qui avait été testé depuis le 24 juin jusqu’au… 5 août mazette! Ce matin le métal jaune traite à 4649 dollars, vendredi, il a nettement franchi sa moyenne mobile à 200 jours, qu’il testait depuis mercredi, tandis que sa moyenne à 50 jours commence à se retourner à la hausse, deux signaux techniques encourageants. Le métal précieux enregistre désormais trois semaines consécutives de progression, avec un gain de plus de 5% la semaine dernière après l’annonce des rachats d’obligations par le Trésor américain. Sur un mois, sa hausse atteint 14,5%. Au-delà des signaux techniques favorables, sa récente performance s’explique par le retour des inquiétudes concernant les finances publiques américaines: la dette fédérale a franchi 40’000 milliards de dollars et l’augmentation des rachats d’obligations par le Trésor est interprétée comme un signe de tension sur le financement du pays. Cette situation ravive le scénario d’une dépréciation durable du dollar, ce qui renforce l’attrait de l’or comme réserve de valeur. Le métal bénéficie également d’anticipations moins élevées de hausse des taux de la Fed, des tensions entre les États-Unis et l’Iran et d’un regain de demande pour les valeurs refuges. Les achats d’ETF, de contrats à terme et d’options amplifient enfin le mouvement.
Telle une valse, la semaine qui débute se déroulera en trois temps pour un marché qui aura fort à digérer en termes de nouvelles et annonces. On démarre dès ce soir avec Scott Bessent qui montera sur scène à 20h CET, afin de nous baratiner annoncer des efforts en matière d’assainissement budgétaire. L’administration américaine semble préparer un plan visant à réduire le déficit par des économies et de nouvelles recettes (Mark Carney, un petit effort svp). Cela intervient alors que la la charge annuelle d’intérêts approche USD 200 milliards (c’est autant que le budget de la défense des Etats-Unis) et que les rendements obligataires à long terme restent très élevés malgré les rachats du Trésor. Ce n’est pas le signe d’une crise imminente, mais cela montre que le gouvernement prend au sérieux la défiance croissante du marché. Tout dépendra désormais de la crédibilité et de la précision des mesures annoncées.
Le deuxième temps interviendra mercredi à 22h20 CET, moment où la mère de toutes les firmes technologiques, Nvidia, publiera ses trimestriels. Nvidia est le leader mondial des puces destinées à l’intelligence artificielle et première valeur technologique en termes de capitalisation boursière. Les analystes anticipent un bénéfice de 2,08 dollars par action, presque deux fois supérieur à celui de l’année dernière, ainsi qu’un chiffre d’affaires de 92,06 milliards de dollars. L’attention se concentrera surtout sur les perspectives communiquées par son CEO, les investisseurs espérant un chiffre d’affaires annuel proche de 400 milliards de dollars, contre 215 milliards en 2025. Compte tenu du poids de Nvidia dans les indices et de ses performances spectaculaires, des résultats et prévisions supérieurs aux attentes pourraient relancer l’ensemble du secteur technologique et conforter les investissements massifs dans l’IA. À l’inverse, la moindre déception concernant la croissance, les marges ou la demande pour ses nouvelles puces pourrait entraîner une correction de Nvidia et peser fortement sur le Nasdaq et le marché américain dans son ensemble.
Ce second temps sera aussi fait de macro, mercredi nous aurons droit au PIB des Etats-Unis ainsi qu’à l’indice PCE (Personal Consumption Expenditure), l’outil favori de la Fed pour mesurer l’inflation.
Le troisième temps est prévu pour vendredi, jour où Kevin Warsh donnera un discours au symposium de Jackson Hole. Le marché attend surtout patron de la Fed qu’il précise sa position sur l’inflation et la possibilité d’une hausse des taux dès septembre. Ses commentaires sur la réduction du bilan de la Fed, les rachats d’obligations du Trésor et l’indépendance de la banque centrale seront également surveillés. Il devrait toutefois privilégier les enjeux structurels de long terme, notamment la productivité et l’IA, plutôt que donner des indications précises sur les taux. Son discours est prévu vendredi à 16h, heure suisse.
Revenons un instant sur le billet vert, qui semble de plus en plus en danger à court terme avec un retour manifeste du pari sur la dépréciation du dollar. Les investisseurs craignent que l’endettement excessif des États-Unis, les déficits budgétaires, les rachats d’obligations par le Trésor ou une politique monétaire trop souple finissent par réduire la valeur réelle du greenback. Ils diminuent donc leur exposition à la devise américaine et se tournent vers des actifs considérés comme des réserves de valeur, principalement l’or et parfois l’argent, le bitcoin ou certaines devises comme le franc suisse. Il ne s’agit pas nécessairement d’un effondrement imminent du dollar, mais d’une perte progressive de pouvoir d’achat et de confiance dans la monnaie. J’observe que les cambistes deviennent plus optimistes sur l’euro avant les annonces de Scott Bessent. Ils estiment que si les mesures présentées par le secrétaire américain au Trésor pour réduire le déficit budgétaire déçoivent, le dollar pourrait repartir à la baisse et favoriser une nouvelle progression de l’EUR/USD. Les indicateurs du marché des options à une semaine et à un mois montrent que les investisseurs n’ont plus été aussi positifs sur l’euro depuis février. La monnaie unique gagne déjà plus de 2% ce trimestre, mais pourrait encore progresser si les économies annoncées par Bessent apparaissent insuffisantes ou purement symboliques.
Le Canada estime qu’il y a peu d’espoir de reprendre les négociations commerciales avec les États-Unis avant les élections de mi-mandat et se prépare à tenir jusqu’à la fin du mandat de Donald Trump, selon l’agence Bloomberg. Les mesures de rétorsion prises par Mark Carney en réponse aux droits de douane américains de 50% sur certains produits auront toutefois un coût pour l’économie canadienne.
Volkswagen reconnaît que sa situation est devenue critique, tandis que Banco Santander achève un programme de rachat d’actions de 5 milliards d’euros. Nvidia envisagerait d’investir dans Perplexity sur la base d’une valorisation supérieure à 30 milliards de dollars et aurait averti ses clients de hausses de prix de plus de 15% sur certains produits d’intelligence artificielle. ExxonMobil et d’autres groupes s’intéresseraient aux activités chimiques américaines de Shell, valorisées autour de 8 milliards de dollars. Tesla rappelle 4,3 millions de véhicules en Chine en raison d’un problème de sécurité des portes, Eli Lilly lance au Royaume-Uni sa pilule amaigrissante Foundayo et les ingénieurs de Boeing rejettent la nouvelle offre contractuelle de la direction. En Asie, Alibaba prévoit de lever 10,2 milliards de dollars pour financer son développement dans l’IA, provoquant une forte baisse du titre, tandis que Samsung Electronics recule malgré un plan record de rémunération des actionnaires jugé insuffisant. SoftBank baisse également après l’annonce d’un projet d’émission obligataire record de 1000 milliards de yens.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en baisse. Les valeurs technologiques entraînent les marchés avec notamment de lourdes pertes pour Samsung Electronics et Alibaba. Tokyo perd 0,74% à la cloche, Hong Kong recule de 1,79%, Shanghai abandonne 0,62%, Séoul perd 3,12% et le Nifty50 recule de 0,24%. Une tendance similaire se dessine à Wall Street: les contrats à terme sur le Nasdaq 100 reculent de 0,7%, contre seulement 0,2% pour ceux du S&P 500. En Europe, l’ouverture est légèrement négative.