Les investisseurs sont plutôt «risk-on»

Yves Hulmann

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Le crédit liquide, le financement d’actifs réels et les ILS contribuent à diversifier les portefeuilles, souligne Louis Bourrousse, directeur général de Scor IP.

 

Etablie depuis plus de quinze ans, Scor Investment Partners (Scor IP) filiale du groupe Scor , réassureur mondial de premier plan, se distingue en sa qualité de spécialiste de la gestion obligataire alternative. Le groupe Scor est à la fois l’unique actionnaire de Scor IP et son premier client. Le réassureur est aussi co-investisseur de toutes les stratégies proposées par Scor IP pour garantir un alignement d’intérêt avec les investisseurs tiers. 

Scor IP propose ses services exclusivement à des clients institutionnels avec une forte part de clients internationaux. Plus de 60% des encours de Scor IP proviennent de l’international. Scor IP emploie une centaine de collaborateurs principalement à Paris, puis à Zurich et Londres. Avec environ 3 milliards d’euros d’encours sur un total de 28 milliards d’euros (dont 8 milliards provenant d’investisseurs externes), la Suisse est le premier marché hors de France pour la société, précise Louis Bourrousse, directeur général (CEO) de Scor IP, lors d’un passage à Zurich. Le CEO de Scor IP depuis 2023 explique quelles ont été les principales étapes de développement du gérant d’actifs, ses liens avec le groupe Scor et quelles sont ses ambitions sur le marché suisse et à l'international. Entretien.

Comment caractériseriez-vous l’approche d’investissement de Scor IP?

Notre approche d’investissement vise la génération de rendements réguliers et élevés, avec une grande attention accordée à la gestion des risques. Cette philosophie d’investissement est issue de notre ancrage au groupe Scor . Nos expertises s'articulent autour de trois plateformes d’investissement.

Premièrement, il y a le crédit liquide, comprenant les obligations à haut rendement (High Yield) et les stratégies de prêts senior sécurisés (Broadly Syndicated Loans) de premier rang. Nous sommes ici actifs dans le segment liquide du financement de LBO en Europe.

Deuxièmement, il y a le financement d’actifs réels, incluant les stratégies de dette infrastructure et de dette immobilière. La dette d’infrastructure permet de  financer des projets d’infrastructures en Europe aussi bien dans les domaines des transports (mobilité durable), de l’énergie renouvelable que des services liés à la numérisation ou au digital. En dette immobilière, nous avons un positionnement historique  «value-add» pour financer des projets de restructuration par exemple.

«Les Cat Bonds ont l’avantage d’être peu corrélés à l’évolution des marchés. Ce n’est pas parce qu’il y a une récession que le risque de catastrophe naturelle augmente.»

Troisièmement, la plateforme dédiée aux Insurance-Linked Securities (ILS), dont font partie les obligations catastrophes, où nous sommes positionnés dans le top 10 mondial. Ces instruments permettent aux émetteurs de transférer des risques extrêmes vers des investisseurs en échange d’un rendement potentiellement élevé. Ces instruments à taux variable permettent aux investisseurs de s’affranchir du risque de taux. En termes de diversification des risques, les Cat Bonds ont aussi l’avantage d’être peu corrélés à l’évolution des marchés. Ce n’est pas parce qu’il y a une récession que le risque de catastrophe naturelle, par exemple des ouragans ou des tremblements de terre, augmente. Une allocation aux ILS apporte un élément de la stabilité dans les portefeuilles quand la volatilité sur les marchés augmente.

Après la forte correction survenue début avril, les marchés des actions ont très vite rebondi durant le 2ème trimestre et en juillet. Comment évaluez-vous l’attitude des investisseurs actuellement: sont-ils plutôt à la recherche de sécurité («risk-off») ou au contraire davantage enclins à prendre des risques («risk-on»)?

Ils sont plutôt «risk-on» de manière générale. Parmi les solutions de placement que nous offrons, il y a des opportunités dans des segments qui avaient été quelque peu délaissés comme le financement de l’immobilier commercial par exemple. Maintenant, notre approche d’investissement ne consiste pas à dire aux investisseurs si c’est le moment d’augmenter ou de réduire les risques – nous accordons de l’importance à la diversification et à la décorrélation des différentes classes d’actifs au sein d’un portefeuille. Nos solutions d’investissement permettent justement d’apporter de la diversification au sein des portefeuilles.

«Les investisseurs institutionnels suisses ont depuis longtemps été à la pointe dans les placements alternatifs comme le prouve leurs allocations en ILS, alors qu’ils ont commencé plus tardivement à s’intéresser aux actifs privés.»

Quelle est selon vous la spécificité du marché suisse par rapport à d’autres pays et que recherchent les investisseurs?

Nos clients en Suisse sont à 80% des investisseurs institutionnels et à 20% des investisseurs qualifiés. Nous avons quelques relations avec des clients professionnels tels que les family offices ou des banques privées. Il faut préciser que nous avons uniquement une clientèle «B2B» - nous ne nous adressons pas à la clientèle de détail. 

En comparaison à d’autres pays comme le Royaume-Uni ou les Pays-Bas où le système de prévoyance fonctionne différemment, je dirais que le marché suisse est plutôt sophistiqué compte tenu de la grande granularité qui existe parmi les institutions de prévoyance. Chaque collectivité ou entreprise dispose de sa caisse de pension. Dans l’ensemble, les investisseurs institutionnels en Suisse ont une approche d’investissement très orientée sur le long terme. En dehors des placements en actions et obligations, les investisseurs institutionnels suisses ont depuis longtemps été à la pointe dans les placements alternatifs comme le prouve leurs allocations en ILS, alors qu’ils ont commencé plus tardivement à s’intéresser aux actifs privés. Pourtant, ils auraient davantage la possibilité de le faire. 

Quels sont les objectifs de Scor IP en Suisse et de quelles ressources disposez-vous sur le marché helvétique?

La Suisse est un marché stratégique pour Scor IP. C’est d’ailleurs notre premier marché hors de France. Nous disposons actuellement d’une équipe de quatre collaborateurs qui s’occupent du marché suisse. Nous avons ancré notre présence localement il y a deux ans afin d’affirmer notre empreinte, capitaliser sur la présence de longue date du groupe Scor à Zurich et accompagner la clientèle institutionnelle suisse avec une proximité accrue. Nous poursuivons le  développement de nos activités sur le marché helvétique, convaincus de notre capacité à répondre aux attentes de la clientèle institutionnelle, tant en matière d’accompagnement personnalisé qu’en termes de solution d’investissement adaptées. Notre réputation sur ce marché s’est construite sur la qualité de la gestion ILS et les prêts syndiqués. Nos clients historiques apprécient notre approche. Ils s’intéressent d’ailleurs de plus en plus aux autres classes d’actifs que nous offrons, car ils retrouvent la même philosophie de gestion.

Outre le marché suisse proprement dit, nous utilisons notre implantation à Zurich pour servir les marchés germanophones (pays DACH) et l’Europe du Nord.  

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