Les investisseurs ont privilégié les actions européennes «value» l’an dernier, au détriment des sociétés de croissance. La sous performance de 2025 offre aujourd’hui un point d’entrée. Le fonds Echiquier Major SRI Growth Europe, lancé en 2012, de plus de 1,4 milliard d’euros d’actifs sous gestion (30 décembre) est axé sur les facteurs «qualité» et croissance. Adrien Bommelaer, gérant du fonds depuis fin 2017, répond aux questions d’Allnews, sur les décisions prises en 2025 et sa réponse aux changements de l’environnement économique et financier:
Les premiers résultats d’entreprises trimestriels sont publiés en ce moment. Que déduisez-vous de la réaction du marché et de la qualité des résultats?
Peu de résultats européens ont été publiés jusqu’ici, par rapport aux Etats-Unis, où jusqu’ici les résultats sont très bons. En Europe, les résultats de Richemont sont excellents. Partners Group a publié ses actifs sous gestion, lesquels ont dépassé les attentes. Des résultats encourageants pour ce début de saison de publications.
Votre fonds privilégie notamment la qualité. Comment la définissez-vous?
Le fonds privilégie effectivement la qualité et la croissance avec un accent particulier sur la qualité, un puissant facteur de performance sur long terme. Nous investissons dans des leaders de leur secteur, figurant dans le Top 3. Ce leadership, qui s’accompagne de barrières à l’entrée élevées, doit générer une performance financière et opérationnelle supérieure, notamment à travers des marges et des free cash flows élevés et la capacité à les maintenir à ce niveau. Le marché reconnaît la croissance des bénéfices qui en résulte et la rentabilité (ROCE) élevée.
«ASML prévoit bien les tendances et a augmenté ses capacités à fabriquer des machines pour le haut de gamme (EUV).»
Le facteur qualité a bien délivré ces dernières années, et la performance a été plus compliquée en 2025, le facteur qualité ayant souffert du rallye de la «value» notamment. Le moteur de ce mouvement s’est produit avec le plan de relance allemand pro-cyclique mis en place après les élections. Ce renversement en 2025 offre ainsi à présent des opportunités intéressantes pour 2026 et au-delà.
Pourquoi votre première position, ASML, s’inscrit-elle dans cette définition?
Nous détenons ASML depuis de nombreuses années. Le leader mondial de la lithographie, point de départ des puces de semi-conducteurs, est en position de monopole de fait. Tous les grands fondeurs, tels TSMC, Intel, Samsung, qui représentent la moitié des investissements en semi-conducteurs, ont standardisé leur process sur les procédés d’ASML. Les investissements dans l’IA et les data centers ont notamment généré une hausse des dépenses de capex pour la mémoire et la puissance de calcul, et donc pour la construction d’usines.
Le titre bénéficie de son statut de facilitateur de l’intelligence artificielle. L’IA nécessite de plus en plus de puissance de calcul et la mémoire (puces Nvidia et Broadcom). Les investissements massifs pour l’IA entraînent une accélération des dépenses pour la puissance de calcul et la mémoire.
La pénurie de mémoires entraine une hausse des prix. Il en est résulté une hausse des investissements dans de nouvelles usines dans le monde. Les machines ASML représentent le point de départ de ces investissements. Les estimations de bénéfices ont d’ailleurs été revues à la hausse pour 2026 et 2027.
Qu’en est-il des plans d’investissements d’ASML?
ASML prévoit bien les tendances et a augmenté ses capacités à fabriquer des machines pour le haut de gamme (EUV) si bien qu’il est prêt à répondre à la demande. ASML a tissé des relations très étroites avec ses grands clients (Samsung, TSMC, Intel) et développent ensemble leurs plans de développement. Son carnet de commandes robuste offre une belle visibilité. Les facilitateurs de l’IA, les AI Enablers, constituent selon nous des opportunités de performance sur long terme.
Vous privilégiez aussi actuellement les bancaires. Est-ce dans l’attente d’un marché des capitaux européen unifié ou d’un mouvement sur les taux?
Le fonds se positionne sur des thématiques longues, comme la santé ou la transition énergétique, qui offrent des opportunités de croissance. Depuis 2025, deux nouvelles thématiques ont été définies, la résilience du secteur bancaire et le secteur de la défense.
Commençons par les bancaires?
Le fonds n’investissait pas dans le secteur bancaire parce qu’on n’y trouvait pas les attributs recherchés, à savoir une forte position et une rentabilité élevée (RCI). C’était un secteur «value trap» depuis la crise financière de 2009 et la prédominance d’une courbe des taux plate en réponse à l’assouplissement quantitatif. De plus, la structure de coûts n’était pas favorable et des charges extraordinaires ont dû être constituées pour le fonds de stabilisation des banques (80 milliards). Avec la restructuration du secteur amorcée il y a 10 ans, sa digitalisation et l’augmentation des activités hors-bilan (gestion de fortune et asset management) notamment, le secteur a renoué avec une rentabilité accrue et durable, tant qu’un retour au QE ne se produira pas, et retrouvé des conditions de marché favorable, avec des taux d’intérêt élevés et une pentification de la courbe des taux, favorable à une croissance des BPA notamment.
«La défense est devenue un secteur de croissance et de qualité, avec de grandes barrières à l’entrée.»
Nous investissons dans le secteur bancaire depuis l’installation de ce changement de paradigme. Nous y sommes sous-pondérés (avec plus de 9% du fonds actuellement contre 13% pour l’indice) avec Banco Santander en Espagne et Intesa San Paolo en Italie, lesquels présentent des rendements élevés (ROTE) et se traitent à des niveaux attractifs (PER 2026 d’environ 10 fois).
Quel est votre raisonnement à l’égard de la défense? Les perspectives vont-elles encore s’améliorer?
Depuis 1989, les budgets de défense étaient une variable d’ajustement en Europe. Le secteur présentait une croissance bénéficiaire assez faible. Le changement est survenu après l’invasion russe en Ukraine. La pression des Etats-Unis sur les Européens pour dépenser plus pour leur sécurité a conduit à une forte hausse des investissements, en France par exemple, avec la loi de programmation militaire qui a doublé les budgets, mais aussi en Allemagne.
La défense est devenue un secteur de croissance et de qualité, avec de grandes barrières à l’entrée. L’accélération profite aux entreprises de façon différenciée. Si des entreprises comme Rheinmetall ont bondi, leur cycle étant court, des groupes tels que Thales, acteur de la défense et de la cybersécurité, ou Safran, deuxième position du fonds à date, connaissent une croissance graduelle.
Pourquoi êtes-vous surpondérés dans l’industrie européenne, malgré la concurrence d’une Chine très compétitive?
L’indice industriel est un peu trompeur dans la mesure où il comprend les services aux entreprises B2B, un secteur représenté par deux sociétés britanniques, Experian et Relx, en portefeuille. Nous investissons dans des acteurs industriels de qualité capables d’affronter la concurrence chinoise grâce à leur technologie, à l’image de Legrand, et Schneider Electric, dont le chiffre d’affaires est tiré leurs investissements dans les data centers notamment et qui disposent d’avantages concurrentiels.
Autre exemple avec le groupe suédois Atlas Copco, leader mondial des compresseurs industriels et pompes à vide, une activité incontournable pour les machines lithographes des grands fondeurs et d’ASML notamment. Les plans d’investissement industriels devraient s’améliorer en 2026 et conduire à une accélération de l’activité sur le marché des compresseurs, qui représentent environ 90% du total.
Vous investissez également dans des titres suisses, à savoir Givaudan, Partners Group et Straumann, lesquels ont peu performé en 2025. Prévoyez-vous un rebond en 2026?
Nous sommes des investisseurs de long terme, patients. Nous sommes investis de longue date, dans ces valeurs de croissance, qui résistent bien y compris dans un contexte difficile. Nous sommes investis depuis 2018 dans Straumann. Ce leader mondial des implants dentaires a réussi une fantastique mutation dans le haut de gamme tout en sachant s’adresser aux marchés émergents, et gagne des parts de marché. Le groupe est selon nous très bien géré par un CEO visionnaire. Et si le titre a un peu souffert en bourse, le groupe continue de se distinguer par sa qualité d’exécution et sa grande efficacité opérationnelle.
Autre valeur dotée d’un management de qualité, Partners Group, l’un des leaders mondiaux de l’investissement dans les marchés privés, dans lequel nous sommes investis depuis 2021. Malgré un environnement plus difficile, le groupe réussit des levées conséquentes, 30 milliards en 2025. Nous sommes convaincus que le groupe, devenu une référence sur le mid market européen, saura devenir un consolidateur d’une industrie devenue mature.
Et Givaudan?
La croissance organique de Givaudan est bonne, avec des marges élevées et des gains de parts de marché dans le parfum. Si le titre a souffert en bourse en 2025 comme les autres sociétés de qualité, ce groupe très bien géré selon nous devrait continuer à délivrer, avec des niveaux de valorisation aujourd’hui attractif.
La qualité est un facteur attractif dans un monde incertain. Nous en sommes convaincus. Notre positionnement est défini pour affronter 2026, avec un portefeuille investi à 100% sur des actions de qualité capables de capter la création de valeur sur long terme.