Worldline, qui a connu de nombreux déboires ces dernières années, a annoncé mercredi avoir essuyé une perte nette de 4,2 milliards d’euros 1er semestre. Le débours subi par le spécialiste français des paiements électroniques, dont l’opérateur de la Bourse suisse SIX détient 10,5%, reflète une dépréciation d’actifs.
«Compte tenu de la sous-performance récente et des défis rencontrés, ainsi que de l’évolution de l’environnement européen et du marché des paiements, le groupe a comptabilisé des dépréciations d’écart d’acquisition d’un montant de 4,1 milliards d’euros», indique Worldline dans un communiqué. La dépréciation d’actifs consiste pour une entreprise à ajuster la valeur d’un actif dans ses comptes par rapport à celle qu’elle lui accordait jusqu’alors.
Worldline, maillon essentiel de la chaîne des paiements qui se rémunère en commissions sur ceux de ses clients, des marchands physiques et en ligne, a par ailleurs vu son chiffre d’affaires reculer de 3,4% à 2,2 milliards d’euros au premier semestre, dans «un contexte de faible consommation». «Les arrêts continus de marchands au sein du portefeuille à haut risque (HBR)», Worldline souhaitant rompre les contrats avec des clients particulièrement exposés au risque de fraude et de blanchiment, «ainsi que les défis liés aux terminaux, ont eu un impact négatif sur la performance», selon le communiqué.
Le groupe, anticipe pour 2025 «une baisse organique de ses ventes» dans la fourchette basse entre un et dix, avec toutefois «une amélioration au deuxième semestre par rapport au premier, tirée par la réduction progressive des éléments non récurrents». Ancienne filiale d’Atos, indépendante depuis 2019, Worldline a connu ces dernières années une série de pannes spectaculaires, des révisions régulières à la baisse de ses objectifs financiers, et la baisse de sa valeur entraînant sa sortie du CAC 40, le principal indice de la Bourse de Paris.
Transactions dans des secteurs à risques
Fin juin, une enquête publiée par un consortium de journalistes a accusé Worldline d’avoir traité des milliards d’euros de transactions frauduleuses dans des secteurs dits risqués, faisant de nouveau chuter le titre. Ce travail a conduit à l’ouverture par le parquet de Bruxelles d’une enquête sur la filiale belge du groupe, soupçonnée de blanchiment d’argent.
Les dirigeants de Worldline ont alors demandé le lancement d’audits externes concernant son portefeuille d’activités les plus risquées. Le directeur général de Worldline, Pierre-Antoine Vacheron, a indiqué lors d’une conférence téléphonique que selon les premiers retours de ces audits, «nous avons aujourd’hui une situation qui est très saine sur l’ensemble de nos activités régulées».
«D’après les conclusions préliminaires d’Accuracy, qui poursuivra son audit au cours des prochaines semaines, il semble qu’aucune résiliation significative de clients ne soit à prévoir au sein des entités réglementées, au-delà des celles déjà effectuées depuis 2023», indique le communiqué.
L’opérateur de la Bourse suisse SIX avait lui annoncé lundi avoir subi une nouvelle déconvenue avec sa participation dans le français Worldline au cours des six premiers mois de l’année. Malgré la chute de près de deux tiers de son bénéfice, il a indiqué vouloir tenir à son engagement.
«Worldline est un partenaire important de SIX dans le domaine des paiements pour les banques suisses et leurs clients, et particulièrement en Suisse», a assuré un porte-parole du groupe zurichois lundi auprès de l’agence AWP, dans la foulée des chiffres semestriels.
L’opérateur boursier a pourtant subi un nouveau correctif de valeur sur sa participation de 10,5% dans le spécialiste hexagonal des moyens de paiements et des transactions Worldline, à hauteur de 69,3 millions de francs. Son bénéfice net a été sabré de 64% à 42,2 millions. Hors ajustements sur participations, SIX se calcule un bénéfice net de 111,5 millions (-4%).