Les marchés à nouveau sous perfusion

Laurent Denize, ODDO BHF AM

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La balance des risques a définitivement basculé du côté baissier et valide bien l’attitude des investisseurs cherchant à protéger le capital à tout prix.


©Keystone

En précipitant le taux 10 ans américain vers 2%, en dessous des taux monétaires, les investisseurs manifestent avec vigueur leurs inquiétudes face à un risque géopolitique qui reprend de la vigueur, tant les moteurs de la croissance mondiale semblent s’essouffler. Rappelons-nous des fondements de la vue plus constructive du début d’année: la stabilisation des indicateurs avancés (PMI, ISM, etc.), un taux de chômage en baisse, la fin des révisions baissières des bénéfices par action, une trêve dans la guerre commerciale et un assouplissement des politiques monétaires 

Même s’ils montrent une vraie résilience, les indices PMI des services tombent à leurs plus bas niveaux en trois ans et peinent à compenser la chute libre du secteur manufacturier engendrée par la baisse des échanges commerciaux. Au niveau mondial, l'indice PMI manufacturier passe de 50,4 à 49,8 points, un niveau inquiétant très similaire à celui du début 2016 et de la fin 2012. De même, le dernier rapport sur l’emploi acte d’un ralentissement fort des intentions d’embauche aux Etats-Unis. 

La possibilité de voir Boris Johnson accéder au 10 Downing Street
augmente les risques d’un «No Deal» à l’automne prochain.

Côté environnement géopolitique, la situation se dégrade avec les tensions sur l’Iran et la Corée du Nord, sans parler de l’épisode mexicain. Pour ne rien arranger, la possibilité de voir Boris Johnson accéder au 10 Downing Street augmente les risques d’un «No Deal» à l’automne prochain. Bref, la balance des risques a définitivement basculé du côté baissier et valide bien le comportement des investisseurs cherchant à protéger le capital à tout prix. Certes, mais c’est occulter le comportement récent des banques centrales qui cèdent à la pression des marchés en adoptant un ton toujours plus accommodant. Avec pour alibi la stabilité financière, elles injectent une nouvelle fois la drogue dure dont les marchés ne semblent plus aujourd’hui pouvoir se passer. 

Dans ce contexte, quel positionnement adopter aujourd’hui? Au final, nous conservons notre scénario central et continuons de croire qu'une économie mondiale résiliente, des banques centrales à la manoeuvre et un relâchement des tensions commerciales au cours des prochains mois soutiendront l'expansion économique. Suite à la baisse des taux et à la correction des marchés actions, les primes de risque sont quasiment revenues à leur plus haut de décembre. Faut-il en profiter dès maintenant? Pas si simple… 

Les actions mondiales devraient générer des rendements
réels annuels modérés au cours des six prochains mois.

Le marché est ainsi le terrain de forces contraires majeures dont l’équilibre reste pour le moins précaire et n’offre qu’une faible visibilité. Hors événement exogène, les actions mondiales devraient générer des rendements réels annuels modérés au cours des six prochains mois, la majeure partie provenant des dividendes et des rachats d’actions. La croissance des bénéfices après avoir fortement été révisée à la baisse devrait se stabiliser autour de +4% environ sur les marchés développés. Tant que le rendement après impôts du capital investi demeure bien supérieur au coût du capital, il faut rester positionné sur les actions. L’effet d’éviction provoqué par les banques centrales devrait se propager des taux souverains (10 ans français à 0,10%) aux obligations Investment Grade (IG) puis High Yield (HY) et finalement aux actions. 

Dans un premier temps, nous recommandons aux investisseurs de surpondérer les actifs obligataires Investment Grade dont les primes de risque pourraient se resserrer de 30 à 40 bps. S’il est trop tôt pour être plus agressif dans l’allocation (nous sommes neutres sur les actions), a minima ne sous-estimons pas la puissance de feu des banques centrales. Restez investis!