L’exercice boursier 2018, le pire depuis 2011

François Meylan, Meylan Finance

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Nous avons eu la confirmation d’une phase de décélération de la croissance nominale à partir du mois de septembre.


© Keystone

Après les années positives 2016 et 2017, la sanction est tombée l’an dernier. De la bourse suisse aux matières premières, en passant par les marchés boursiers occidentaux et asiatiques, tous les indices ont terminé dans le rouge. On dénote des baisses jusqu’à 30% pour certains marchés. On peut résumer l’exercice de la manière suivante: nous avons assisté à une forte euphorie généralisée en janvier. Engouement que nous ne partagions pas. Je l’avais exprimé dans nos lignes.

En février, le soufflet est retombé brusquement. Manifestement, c’est lui qui allait donner le ton à l’année sous-revue. En mai, ce fut la douche froide avec l’arrivée au pouvoir en Italie du «Mouvement 5 étoiles» – force d’extrême droite – et le spectre d’une désunion de l’Union européenne (UE), notamment sur les dossiers liés au budget et à l’immigration. Ce qui n’a pas manqué d’affecter les cours boursiers des obligations subordonnées d’assurances, en particulier. A la canicule de l’été, a succédée une érosion de tous les marchés boursiers à partir de l’automne et jusqu’au dernier jour ouvrable de l’année.

 On peut aisément expliquer la chute de l’or noir
par la surproduction de l’Iran.

Impossible de faire des moyennes ni même d’opter pour une gestion dite opportuniste puisque nous nous trouvions sur un toboggan dont nul n’aurait pu décrire la chute. Même le pétrole – grand perdant des années précédentes à qui prêtait une grande année – a fortement baissé. On peut aisément expliquer la chute de l’or noir par la surproduction de l’Iran à destination principalement de l’Asie, l’ouverture des robinets de la part de l’OPEP et à un ralentissement du taux de croissance de la Chine.

L’environnement de l’investissement s’est d’avantage crispé avec la «Guerre commerciale» initiée par le président Trump à l’encontre de l’Empire du milieu et les incertitudes sur l’issue du Brexit. On pense en particulier à la guerre de l’acier. Contexte qui n’a pas manqué d’affecter quelques entreprises que nous suivons de près telle que le leader de l’énergie photovoltaïque Meyer Burger, sis à Thoune (BE). Avec qui nous nous sommes entretenus au mois mai, lors de l’assemblée générale, et nous sommes restés en contact mensuellement. Allant jusqu’à solliciter, le 20 juin, la convocation d’une assemblée générale extraordinaire.

A partir de septembre, nous avons eu la confirmation d’une phase de décélération de la croissance nominale. Les Etats-Unis et l’Europe ont franchi leur pic d’inflation. Nous avions déjà stoppé l’ensemble des réinvestissements au cours de l’été (juillet – août) et nous sommes restés à l’écart des banques européennes notamment. La glissade amorcée à l’automne s’est ponctuée avec un très mauvais mois de décembre et un Xe «shutdown» aux Etats-Unis. Soit un arrêt partiel du fonctionnement du gouvernement fédéral qui durera jusqu’à la conclusion d’un accord sur le budget entre la Maison Blanche et le Congrès. Le sujet de mésentente étant principalement la construction d’un mur de sécurité sur sa frontière avec le Mexique voulu par Donald Trump. Autant dire, une situation surréaliste.

Au moment où ces lignes s’écrivent, quelques 800'000 fonctionnaires américains ne perçoivent plus leur salaire. Par exemple, la majorité du personnel de la Nasa. On jongle avec le chômage technique d’un côté et le maintien de l’activité jugée essentielle de l’autre mais avec des rémunérations qui ne seront pas versées avant la fin du gel budgétaire. Cependant, ce n’est pas une première. L’ex-président Clinton avait accumulé 26 jours de blocage entre 1995 et 1996. Plus près de nous, Barack Obama a lui-même subi 16 jours de blocage, pour un coût estimé entre 2 et 6 milliards de dollars. L’inquiétant avec le locataire actuel du bureau ovale est qu’il bat tous les records. Statistiquement, cette annus horribilis nous rappelle l’année 1994 où là aussi le mois de février avait donné le ton pour un exercice boursier très négatif, dans le cadre d’une remontée successive des taux d’intérêt aux Etats-Unis. La prochaine récession est anticipée.

Les politiques qui font le déni de ces deux constantes
ne font qu’encourager l’expression du suffrage populaire dans les extrêmes.
Enseignements de cet exercice boursier 2018…

Les contraintes et adversités de l’économie réelle ont rappelé les marchés boursiers à l’ordre. Le projet de mur à cinq milliards de Trump pour la frontière mexicaine, la révolte des gilets jaunes, le Brexit, l’arrivée du Mouvement cinq étoiles en Italie et la résurgence du nationalisme et du suprémacisme en Pologne, en Hongrie et dans l’autonomie catalane, en Espagne, ont comme catalyseurs l’appauvrissement des classes moyennes et les problématiques liées à l’immigration. Les politiques qui font le déni de ces deux constantes ne font qu’encourager l’expression du suffrage populaire dans les extrêmes. Déstabilisant la sécurité du droit et à terme l’environnement des marchés. Trop longtemps, on a voulu nous faire croire que l’économie de marché et un libéralisme exacerbé pouvaient se passer du politique. C’est faux. Après l’orage le beau temps, c’est tout ce que l’on souhaite en 2019.

Et maintenant que faire?

Penser que le plus fréquemment les investissements qui ont particulièrement souffert une année sont les mêmes qui afficheront les plus fortes performances l’année suivante. En raison d’une exagération à la baisse. Mais aussi en raison de difficultés qui ont dû être gérées. D’un effet de rattrapage et de réajustements souvent douloureux qui ont été entrepris et qui ne sont plus à appréhender. Aussi, parce que les entreprises dont le cours des actions a chuté sont déjà entrées dans le nouveau paradigme. A savoir celui d’une récession. Les marchés boursiers étant un indicateur avancé sur les cycles conjoncturels.

Le mois de décembre est presque toujours un bon mois. Là, ce fut tout le contraire. Statistiquement, c’est plutôt de bon augure pour 2019. Jusqu’à la fin du mois de janvier, les rapports et les analyses sur les perspectives économiques se déversent sur nos bureaux. De meeting en meeting, il s’agira de compiler et de digérer toutes les données disponibles afin de visiter au mieux les stratégies de portefeuille, le tout couplé d’un point de situation. On appréhende un suivi plus fréquent tout au long de ce nouvel exercice. Soit pour sécuriser davantage les dossiers soit pour être à l’heure lors du redressement boursier. Toutefois, le monde tourne. Les gens consomment. Des besoins sont bien réels et des secteurs tels que le traitement de l’eau pour les collectivités, la transition énergétique, les services dédiés au vieillissement de la population, la sécurité informatique, le travail à distance et la rénovation des infrastructures sont portés par des tendances lourdes et durables.

Recommandations de sécurité relatives à l’usage d’internet

Nous ne le rappellerons jamais assez, on ne demande pas un mot de passe ni même sa confirmation par email ni par le biais d’autre moyen de communication moderne. Ne jamais payer non plus par avance sur internet afin de permettre à l’acheteur de libérer l’ensemble des fonds et ainsi de les envoyer. Changer régulièrement de mot de passe et ne pas utiliser le même pour accéder à ses différents comptes bancaires ou réseaux sociaux (Facebook, Twitter etc). Mieux vaut se renseigner une fois de plus que pas assez. Et nous appeler!