FMI: circulez, il n'y a rien à voir!

François Savary, Genvil SA

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Le message du FMI peut se résumer simplement: les risques s'accumulent, les inquiétudes persistent, mais l'économie mondiale continue de résister.

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Le Fonds monétaire international a légèrement relevé sa prévision de croissance mondiale pour 2026 à 3,1% et table sur une accélération à 3,4% l’an prochain. Une révision de 0,1 point  pour l’année en cours. Rien de spectaculaire, d’autant plus que cette évolution ne fait qu’annuler la détérioration conjoncturelle que l’institution de Washington prévoyait il y a seulement quelque mois. C’est finalement la thèse du rythme de croisière pour l’activité qui semble s’imposer à Washington!

À l'image du comportement parfois erratique des marchés depuis la mi-août, le message du FMI peut se résumer simplement: les risques s'accumulent, les inquiétudes persistent, mais l'économie mondiale continue de résister.

Les investisseurs semblent d'ailleurs avoir adopté ce diagnostic depuis longtemps. S'ils ont parfois été gagnés par le doute au cours des 18 derniers mois, cela n'a jamais réellement remis en question leur propension à acheter les replis de marché. A priori, le paysage dressé par le FMI ne devrait pas remettre en cause ce phénomène; l’institution «valide» l’idée de base que, nonobstant les risques existants, ceux-ci ne déboucheront vraisemblablement pas sur une récession.

Messieurs Dupont, Smith et Watanabe en sont convaincus. Le monde n'est pas sans problème, mais il conserve une remarquable capacité d'absorption des chocs. Au fond, ils ne sont pas si éloignés de la vision défendue par Kristalina Georgieva et ses équipes.

Dans leur dernier rapport, ces derniers mettent cependant l’accent sur une inconnue importante: l’intelligence artificielle. Cette dernière est au cœur de la résilience économique envisagée – en raison des investissements massifs induits dans certaines régions du monde – mais elle est également un risque important, si les gains de productivité se révèlent moins élevés et/ou moins rapides qu’escompté. C'est sans doute le point le plus intéressant du rapport.

Au fond, l'enjeu principal du rapport du FMI n'est probablement pas de savoir si la croissance mondiale sera de 3,0% ou de 3,1% en 2026. L’ajustement est trop minime pour avoir la moindre signification. 

Pour la première fois depuis longtemps, une part significative des valorisations boursières repose moins sur le cycle économique actuel que sur l'anticipation d'un choc de productivité futur. Les marchés ne paient pas uniquement les bénéfices d'aujourd'hui, tout de même attendus à près de 30% pour le troisième trimestre 2026. Ils paient déjà ceux de demain. Parfois même ceux d’après-demain.

L'histoire financière invite naturellement à la prudence. Les révolutions technologiques créent toujours davantage d’espoirs que de résultats tangibles durant leurs premières années. Les chemins de fer, l'électricité, Internet et désormais l'intelligence artificielle ont tous suscité des attentes parfois démesurées avant de démontrer leur véritable impact économique.

Nous savons tous qu’une part croissante de la performance des marchés mondiaux est captée par un nombre limité de grandes entreprises technologiques directement associées au thème de l'IA. Cette concentration rappelle que derrière la bonne tenue apparente des indices se cache une réalité plus contrastée: les investisseurs ont identifié leurs gagnants – à leur péril si l’on en croit les propos récents du CEO de Broadcom –, mais les bénéfices macroéconomiques doivent encore se matérialiser.

Les plus pessimistes, à l'image de Ray Dalio, y voient même les caractéristiques d'une bulle spéculative approchant de sa phase de maturité.
Si l’explosion des bulles technologiques ne détruit pas la technologie sous-jacente, les excès de valorisation construits autour d'elle s’évapore néanmoins de manière significative.

Plus grave encore, de telles purges finissent souvent par contaminer l'économie réelle. Les épisodes d'euphorie financière se transforment alors en phases de désendettement, d'investissements reportés, de pertes de richesse qui pèsent sur le consommateur et en fin de compte en récession. Les prévisions les plus optimistes sont alors les premières victimes de l'excès d'euphorie qui les avait nourries.

Au fond, l'enjeu principal du rapport du FMI n'est probablement pas de savoir si la croissance mondiale sera de 3,0% ou de 3,1% en 2026. L’ajustement est trop minime pour avoir la moindre signification. 

La véritable question est de savoir si les gains de productivité promis par l'intelligence artificielle seront suffisamment puissants pour compenser les trois grands vents contraires de la décennie: le vieillissement démographique, l'endettement croissant des États et la fragmentation géopolitique du monde. 

Nous avons récemment assisté à quelques séances boursières plus chahutées pour le thème de l’IA. Cependant une appréciation de la tendance des derniers trimestres permet de dire que les marchés continuent à répondre par l’affirmative à la question susmentionnée. Le FMI semble également avoir choisi la sienne, car au-delà de la variation de 0.1% de la prévision sur le PIB mondial, c’est bien la capacité de l’économie mondiale à échapper à la récession qui se dessine. 

Circulez y a rien à voir! Résumer ainsi les dernière perspectives économiques du FMI semble a priori totalement légitime. Cependant, le diable se cache dans le détail. L’accent mis par l’institution sur le rôle de l’intelligence artificielle doit forcément nous inciter à être encore plus vigilant sur la capacité de cette dernière à répondre aux attentes qu’elle suscite. La saison des bénéfices qui s’est ouverte nous donnera des informations pour nous faire une idée plus précise. En d’autres termes, la question de l’IA mérite davantage d'analyse que d'enthousiasme débridé.

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