A huit mois de l’élection présidentielle française, les actifs français sont déjà sous pression, dans un contexte budgétaire et politique difficile. La dette publique dépasse 110% du PIB et le déficit budgétaire annuel, supérieur à 5%, reste parmi les plus élevés de la zone euro. La hausse des charges d’intérêt, le vieillissement de la population et le coût élevé des retraites, des soins de santé et des prestations sociales exercent une pression croissante sur les finances publiques. Parallèlement, le gouvernement doit financer des priorités stratégiques telles que la défense, la transition énergétique et la compétitivité industrielle.
Sur le plan politique, la fragmentation du Parlement complique l’adoption des budgets et des réformes structurelles. Les responsables politiques doivent dès lors arbitrer entre discipline budgétaire, croissance et stabilité sociale, ce qui rend particulièrement difficile l’assainissement des finances publiques. Le premier ministre Sébastien Lecornu cherche à obtenir l’approbation du Parlement pour un budget 2027 comprenant 54 milliards d’euros de réductions de dépenses, mais la tâche s’annonce particulièrement complexe.
Cette situation délicate incite les investisseurs à se détourner des actifs français. Le CAC 40, qui avait atteint un niveau record début août, affiche une performance annuelle de -0,5%, nettement inférieure à celle du Stoxx Europe 600 (+8%). L’indice de référence de la Bourse de Paris pourrait ainsi continuer à sous-performer ses homologues européens dans les mois à venir.
La performance relative du CAC 40 est en effet étroitement corrélée à l’écart de rendement, ou spread, entre les emprunts d’Etat français et allemands à dix ans. Ce dernier s’est fortement élargi ces dernières semaines pour atteindre son plus haut niveau depuis quatorze ans, à près de 1%, contre 0,55% fin février. Cette évolution tend à réduire l’attrait des actions françaises en renchérissant les conditions de financement de l’économie et en pesant sur les perspectives des entreprises les plus exposées au marché domestique.
Les sociétés composant le CAC 40 réalisent toutefois moins de 20% de leur chiffre d’affaires en France, ce qui protège en partie l’indice boursier des difficultés domestiques. En revanche, les secteurs principalement tournés vers le marché intérieur, comme les banques, les services aux collectivités, les télécommunications ou encore la construction, sont plus à risques.
Pour preuve, l’indice de Goldman Sachs regroupant les entreprises cotées réalisant l’essentiel de leur chiffre d’affaires en France, telles que BNP Paribas, Orange, Engie ou Vinci, a reculé de plus de 8% depuis le 3 août sous l’effet de la montée de l’incertitude politique. Sur la même période, le Stoxx Europe 600 n’a perdu que 2%.
Sur le terrain obligataire, les investisseurs exigent une prime de risque accrue pour détenir de la dette publique française depuis l’annonce par le président Emmanuel Macron d’élections législatives anticipées en juin 2024. A l’époque, le rendement des obligations assimilables du Trésor (OAT) à dix ans avoisinait 3%. Il atteint désormais près de 4,5%, un niveau comparable à celui observé lors de la crise financière.
Même si une grande partie de l’incertitude politique semble déjà intégrée dans les cours, une nouvelle hausse de la prime de risque souverain ne peut être exclue, au risque d’accentuer encore la sous-performance des emprunts d’Etat français. L’écart de rendement entre la France et l’Allemagne a récemment atteint 1%, soit son plus haut niveau depuis 2012, lors de la crise de la dette souveraine européenne.
Il est toutefois intéressant de constater que la contagion aux marchés du crédit reste jusqu’ici relativement limitée. Certaines entreprises se financent même désormais à un coût inférieur à celui de l’Etat français, ce qui est suffisamment rare pour être souligné.
Dans ce contexte, les investisseurs devraient probablement rester en retrait jusqu’à ce que l’issue de l’élection présidentielle se précise. Une récente enquête de Bank of America indique que 56% (nets) des gérants de fonds internationaux considèrent la France comme le marché d’actions le moins attractif d’Europe, un niveau de pessimisme inédit.
La principale interrogation porte sur la manière dont le successeur d’Emmanuel Macron, dont l’approche économique est perçue comme favorable aux entreprises, s’attaquera aux défis structurels du pays: un déficit budgétaire supérieur à 5% du PIB, une envolée du coût de la dette et une croissance économique atone.
Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon proposent des orientations économiques radicalement différentes. Parmi les mesures évoquées figurent une relance par davantage de dépenses publiques, un abaissement de l’âge de la retraite, l’annulation d’une partie de la dette publique ou encore une réduction des contributions à l’Union européenne. Autant de propositions qui pourraient susciter des inquiétudes sur les marchés financiers.
Dans ce contexte, nous conservons une approche prudente vis-à-vis des actions européennes au sein de notre stratégie d’investissement.