Au cours de son second mandat, Donald Trump a profondément impliqué le gouvernement fédéral dans les marchés privés et a sapé l’indépendance des agences et institutions gouvernementales. Il a notamment exercé à plusieurs reprises et publiquement des pressions sur la Réserve fédérale pour qu’elle abaisse ses taux d’intérêt. S’écartant radicalement du modèle américain traditionnel et du modèle de gouvernance économique qui prévaut aux Etats-Unis depuis des siècles, l’administration Trump a acquis des participations dans plus de 30 entreprises américaines et a même pris le contrôle de vastes pans de l’économie vénézuélienne.
Jusqu’au XIXe siècle, le mercantilisme de type trumpien était largement considéré comme une politique économique saine. Cela a changé après que la puissante réfutation du mercantilisme par Adam Smith eut révolutionné la pensée économique. Lorsque les producteurs du secteur privé se font concurrence, affirmait Smith, une «main invisible» génère des avantages que personne n’avait prévus, ce qui se traduit par la production de biens et de services constituant la véritable «richesse des nations».
Une fois que Smith eut établi que la richesse des nations résidait dans les biens et services qu’elles produisaient plutôt que dans leurs réserves d’or, les arguments en faveur du commerce international devinrent beaucoup plus clairs. Le commerce permettait aux pays de consommer une gamme de biens et de services plus large que celle dont ils auraient pu disposer si tout avait dû être produit sur leur propre territoire.
La Grande-Bretagne a été le premier grand pays à adopter les idées de Smith, en combinant marchés privés et libre-échange et en laissant la concurrence s’épanouir. Elle est devenue la puissance économique dominante du XIXe siècle, et d’autres pays ont rapidement suivi son exemple.
Après la Seconde Guerre mondiale, la plupart des économies avancées se sont appuyées sur les marchés privés pour la production, tandis que les gouvernements protégeaient la concurrence et mettaient en place des filets de sécurité sociale. Les marchés fonctionnaient au sein d’un cadre juridique qui garantissait le respect des obligations contractuelles et fixait des règles en matière de sécurité et de conduite des affaires.
Les Etats-Unis ont pris l’initiative de mettre en place un système de commerce international fondé sur des règles, par le biais de l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) et de l’organisation qui lui a succédé, l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Les pays se sont engagés à ne pas exercer de discrimination à l’égard des opérateurs étrangers, à rendre leurs politiques commerciales transparentes, à fixer des taux tarifaires contraignants et à supprimer les barrières commerciales par le biais de négociations réciproques. La combinaison de marchés concurrentiels et d’un commerce ouvert a contribué à l’expansion la plus rapide de la production et des échanges mondiaux de l’histoire de l’humanité.
Au cours de la dernière décennie, à partir du premier mandat de Trump, les fondements de cette croissance extraordinaire ont été gravement remis en cause, les Etats-Unis ayant abandonné leur rôle de leader au sein de l’OMC et renoncé aux principes qui permettaient aux marchés privés de générer de la prospérité.
Les gouvernements qui souhaitent soutenir les producteurs nationaux sans engager de coûts budgétaires ont souvent recours aux droits de douane et à d’autres formes de protection. Trump, dont les budgets fédéraux ont été criblés de déficits tout au long de ses deux mandats présidentiels, en est un exemple typique.
Après avoir rebaptisé l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) «Accord Etats-Unis-Mexique-Canada» et déclenché une guerre commerciale avec la Chine au cours de son premier mandat, Trump a mis la barre encore plus haut lors de son second mandat. Peu après son retour à la Maison Blanche, il a imposé des droits de douane de grande envergure à des dizaines de pays, y compris des alliés comme le Canada. La réaction était prévisible: des barrières accrues pour certains exportateurs américains et une hausse des coûts pour les producteurs qui dépendent des marchandises importées. Ces coûts ont été aggravés par l’incertitude quant à la brusquerie avec laquelle les politiques de Trump pourraient changer et à la manière dont les gouvernements et les entreprises étrangers y réagiraient.
Nippon Steel, par exemple, a cherché à acquérir US Steel, promettant des investissements majeurs dans ses usines américaines et s’engageant à respecter les contrats de travail existants. L’accord final a permis à Nippon de racheter l’entreprise en échange de l’octroi au gouvernement américain d’une «action d’or» lui conférant un droit de veto sur certaines décisions de l’entreprise.
Les entreprises américaines nationales tombent elles aussi sous l’emprise de Trump. Intel était autrefois un leader mondial de la production de semi-conducteurs, mais avait perdu des parts de marché et des milliards de dollars ces dernières années. Après avoir reçu d’importantes subventions publiques, l’entreprise a accepté de céder au gouvernement américain une participation de 10% dans son capital. Sa situation s’est depuis améliorée grâce à l’augmentation des commandes, même si certaines d’entre elles proviendraient, selon certaines sources, d’entreprises soumises à des pressions pour acheter davantage de puces Intel.
Et les participations ne sont qu’une partie de l’histoire. L’administration s’est également associée à North American Blue Energy Partners, une société pétrolière privée à laquelle a été accordé le contrôle de 17 gisements pétroliers vénézuéliens, et a investi des milliards de dollars dans des entreprises spécialisées dans les minéraux stratégiques. Le Pentagone aurait mené des discussions en vue d’accorder un prêt de 5 milliards de dollars à une start-up spécialisée dans l’IA, Fluidstack. Trump a même évoqué l’idée que le gouvernement «achète tout simplement» Spirit Airlines.
Trump a justifié ces politiques par des raisons de sécurité nationale, et il existe certainement des secteurs dans lesquels des considérations de défense justifient une intervention du gouvernement. Mais l’administration Trump est allée bien au-delà de ce que ces préoccupations peuvent raisonnablement justifier. Et même dans de tels cas, il est loin d’être évident que le maintien d’entreprises déficitaires sous contrôle gouvernemental soit la solution. La sécurité nationale dépend d’un secteur privé fort, et non d’un secteur soutenu artificiellement par les politiciens.
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