Au cours du dernier trimestre, les marchés privés ont montré des signes précoces de reprise, l’activité transactionnelle, les sorties et les solutions de liquidité alternatives s’étant améliorées, soutenant de nouveaux engagements et le déploiement de capitaux. Par conséquent, nos perspectives pour le private equity sont devenues positives. La dette privée a également gagné en attractivité grâce à l’amélioration des conditions de financement, tandis que le secteur des infrastructures reste bien positionné compte tenu de la demande à long terme en électricité, en centres de données et en infrastructures numériques.
Les opportunités sont toutefois de plus en plus ciblées, plutôt que généralisées. Les investisseurs ont intérêt à se concentrer sur des actifs de grande qualité, à sélectionner rigoureusement leurs gérants et à privilégier les secteurs soutenus par des tendances de croissance structurelles durables. La prudence reste de mise, en particulier dans les segments du logiciel exposés à des évolutions de modèles économiques induites par l’IA.
Voici un aperçu détaillé des principaux facteurs qui façonnent les marchés privés.
Liquidité et distributions
Les contraintes de liquidité ont été un thème central sur les marchés privés ces dernières années. Les distributions ont considérablement ralenti à la suite de la hausse des taux d’intérêt amorcée en 2022, ce qui a immobilisé les capitaux dans les portefeuilles existants, limité les nouveaux engagements et contribué aux difficultés de levée de fonds. La situation s’améliore, mais cette dynamique persiste.
Les levées de fonds dans le secteur du private equity restent modestes, les volumes sur douze mois glissants affichant une tendance à la baisse.
Du côté de la dette privée, les levées de fonds restent également en deçà de leurs niveaux records, malgré une récente reprise observée dans certaines stratégies. Parallèlement, les capitaux disponibles ont commencé à diminuer en valeur absolue et leur part dans les actifs privés existants est tombée sous la barre des 20%, contre environ 30% au lendemain de la crise de 2008. Cela laisse entrevoir une concurrence moindre pour les actifs.
Évolution des capitaux disponibles
Le volume des transactions a continué de se redresser, même si leur nombre reste inférieur aux niveaux antérieurs, ce qui signifie que les capitaux se concentrent davantage sur un nombre réduit de transactions de plus grande envergure. Les acquéreurs corporate restent des acteurs importants, tandis que les transactions portées par des sponsors représentent moins de 30% de l’activité. La reprise est réelle, mais elle n’est pas généralisée: les capitaux restent concentrés sur les actifs de grande qualité.
Cette amélioration est particulièrement visible dans les sorties des fonds de private equity. Les opérations de M&A classiques ne constituent pas la seule voie d’accès à la liquidité Les véhicules de continuation représentent une part croissante des sorties soutenues par les sponsors et le volume des transactions secondaires «GP-led» a atteint 115 milliards de dollars en 2025, contre 75 milliards en 2024. Les défis liés à la liquidité ne sont pas encore résolus, mais l’éventail de solutions disponibles s’élargit.
Venture Capital
Dans les marchés privés, le venture capital a connu l’une des périodes de pénurie de distributions les plus sévères. Toutefois, un certain nombre de grandes entreprises technologiques pourraient accéder aux marchés publics par le biais d’introductions en bourse. En cas de succès, cela pourrait générer d’importantes distributions. À ce stade, la liquidité reste concentrée, mais les conditions deviennent plus favorables. C’est important, car les distributions permettent de dégager des capacités pour de nouveaux engagements et favorisent la reprise des flux de capitaux sur les marchés privés.
Private Equity
Notre opinion sur le private equity est passée de neutre à positive, sous l’effet d’une offre croissante d’opportunités d’investissement et d’une intensification des opérations de M&A et des sorties. Les fondamentaux se sont légèrement améliorés grâce au regain de confiance des entreprises, tandis que les marges d’exploitation et le niveau d’endettement restent stables. La situation en matière de valorisations est plus nuancée : celles-ci se sont améliorées sur le segment du capital croissance, mais sont restées globalement stables sur les segments du buyout et du venture capital.
Nouveaux défis liés à l’IA
Notre conviction de longue date selon laquelle l’IA doit être considérée avant tout comme une opportunité demeure intacte. L’IA peut stimuler la création de nouvelles entreprises, améliorer la productivité dans les portefeuilles de buyout et soutenir les investissements en infrastructures nécessaires à un déploiement à grande échelle. Mais l’IA est également devenue une source majeure de disruption, notamment dans le secteur des logiciels, où les investisseurs réévaluent les modèles économiques et le positionnement concurrentiel.
L’une des clés pour comprendre cette disruption réside dans le passage d’un modèle «Software-as-a-Service» (logiciel en tant que service) à un modèle «Service-as-Software» (service en tant que logiciel). Jusqu’ici, de nombreuses entreprises de logiciels généraient des revenus en fonction du nombre d’utilisateurs ou de postes. À présent, l’IA permet aux clients d’acheter un résultat plutôt qu’un service. Les revenus basés sur le nombre de postes pourraient diminuer avant que les revenus basés sur les résultats soient pleinement développés, avec à la clé une courbe des revenus en J. Pour les entreprises fortement endettées, cette transition pourrait exercer une pression sur les clauses restrictives financières.
Le secteur des logiciels n’est pas homogène. Les éditeurs de logiciels verticaux disposant de données propriétaires, présentant des coûts de changement élevés ou bénéficiant d’avantages réglementaires, pourraient voir leur position se renforcer, tandis que les logiciels de cybersécurité et d’infrastructure pourraient tirer profit de l’adoption de l’IA. En revanche, les applications horizontales génériques, ne disposant que de peu de données propriétaires et d’un levier limité, pourraient être confrontées à des défis plus importants. Ces nuances sont importantes pour l’évaluation des investissements en private equity et en dette privée.
Dette privée
Notre appréciation de la dette privée s’est améliorée pour se situer dans la partie haute de la zone neutre. Les conditions du direct lending ne laissent pas entrevoir de dislocation systémique; elles s’apparentent plutôt aux phases tardives d’un cycle de crédit. Les prix et conditions des transactions se sont ajustés, rendant les nouveaux investissements plus attractifs qu’il y a un an.
La dispersion reste déterminante. Les logiciels constituent la principale exposition sectorielle dans de nombreux portefeuilles de direct lending, l’endettement élevé et la faible couverture des intérêts créant des vulnérabilités. Le message est clair: il vaut mieux se concentrer sur la prévention des pertes plutôt que de courir après le rendement. La sélection des millésimes est déterminante et il est préférable de constituer des portefeuilles avec des niveaux de valorisation, un levier et des clauses contractuelles attractifs, plutôt que d’hériter d’expositions historiques défavorables. Au-delà du direct lending, des stratégies spécialisées et moins corrélées, telles que le financement des «situations spéciales», peuvent également offrir des opportunités.
Infrastructures
Nos perspectives en matière d’infrastructures restent positives, soutenues par des facteurs structurels favorables très convaincants. La production d’électricité constitue le thème central, car le développement des centres de données, la réindustrialisation et l’électrification accroissent la demande d’électricité. Aujourd’hui, la contrainte ne réside plus tant dans la demande en centres de données que dans l’accès à une alimentation électrique fiable.
Les projets annoncés de centres de données, avec production privée en aval du compteur, représentent environ 90 gigawatts de capacité de production. Si les promoteurs ne parviennent pas à obtenir rapidement une alimentation électrique suffisante, ils doivent rapprocher les sources de production des centres de données, ce qui crée des opportunités dans les domaines de la production, du stockage, du transport et des infrastructures associées. Les énergies renouvelables en bénéficient également, les entreprises technologiques cherchant à répondre à des besoins électriques en expansion et à des objectifs de durabilité.
Nous restons optimistes quant aux flux de trésorerie contractuels de haute qualité dans les secteurs bénéficiant de ces tendances. Si certains actifs liés aux centres de données semblent déjà pleinement valorisés, des opportunités plus intéressantes pourraient se présenter dans des domaines connexes tels que les infrastructures électriques, la fibre noire et certains projets d’énergie renouvelable en phase avancée.
Immobilier
Nos perspectives sur l’immobilier restent très positives, même si elles se sont légèrement modérées. Les marchés des capitaux continuent de s’améliorer à mesure que l’offre de crédit augmente, que les coûts d’emprunt baissent, que les critères d’octroi de crédit s’assouplissent et que les volumes de prêts immobiliers progressent. Les taux de capitalisation se sont globalement stabilisés et ont commencé à baisser dans certains marchés.
Cette approche mesurée reflète l’équilibre entre les valorisations et les fondamentaux. Les opportunités exceptionnelles créées par la revalorisation des prix amorcée en 2022 s’estompent, tandis que l’activité de développement reprend dans certains marchés, rendant les conditions d’offre légèrement moins favorables. Nous restons optimistes, mais nous faisons preuve d’une sélectivité croissante, en nous concentrant sur des actifs traditionnels de grande qualité acquis à des valorisations attractives, sur des opportunités à valeur ajoutée générant des flux de trésorerie solides et présentant une sensibilité limitée au financement, ainsi que sur des secteurs alternatifs bénéficiant de facteurs structurels favorables.
Réflexions
Dans l’ensemble, les marchés privés deviennent plus porteurs, à mesure que l’activité transactionnelle, les sorties et le déploiement de capitaux se redressent. Nos perspectives pour le private equity sont positives, tandis que celles pour la dette privée se sont améliorées pour atteindre la limite supérieure de la neutralité, les conditions de prix devenant plus attractives. Les infrastructures restent porteuses, soutenues par les thématiques liées à l’énergie et au numérique. L’immobilier reste également très porteur, mais notre appréciation est plus nuancée à mesure que de nouvelles offres arrivent sur le marché et que les opportunités de valorisation se resserrent. Sur l’ensemble des marchés privés, la sélection des gérants, une souscription disciplinée et des actifs de grande qualité restent indispensables.
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RO 5934929 Exp 30/09/2027
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