Les cours de l’or noir montent lundi avec la reprise des hostilités entre les Etats-Unis et l’Iran, pesant sur les marchés boursiers mondiaux et ravivant les inquiétudes d’un choc inflationniste, ce qui pousse les taux d’emprunt à la hausse.
Vers 17h45, le baril de Brent de la mer du Nord prenait 2,55% à 90,35 dollars. Son équivalent américain, le WTI, grimpait de 2,31% à 85,33 dollars.
Après un mois d’accalmie, les affrontements ont repris entre l’Iran et les Etats-Unis, Donald Trump menaçant lundi de «frapper fort» le camp adverse.
Pour la première fois depuis fin juillet, les forces américaines ont annoncé des bombardements contre «deux lanceurs iraniens (de roquettes) sur l’île de Larak», située dans le stratégique détroit d’Ormuz.
Alors que le conflit est entré dans son septième mois et que les négociations sont au point mort, ces attaques tranchent avec les récentes déclarations de l’administration américaine qui disait vouloir privilégier la pression économique contre Téhéran.
Jusqu’ici, les «récentes discussions impliquant l’Iran et Oman avaient maintenu l’espoir d’un arrangement viable pour Ormuz, tandis que l’amélioration des flux maritimes commençait à alimenter l’idée que le brut pouvait progressivement perdre une partie de sa prime géopolitique», rappelle Stephen Innes, gérant de SPI AM.
La reprise des hostilités entre les Etats-Unis et l’Iran et la remontée des cours du brut pèsent sur les marchés d’actions, les investisseurs restant sur la défensive.
Vers 17h45, à New York, le Dow Jones cédait 0,59%, l’indice Nasdaq perdait 0,38% et l’indice élargi S&P 500 reculait de 0,45%.
En Europe, la Bourse de Paris a perdu 0,79% comme Zurich, Francfort 1,17% et Milan est restée à l’équilibre (-0,01%). Londres restait fermée en raison d’un jour férié.
L’inflation au coeur des inquiétudes
«Le moment ne pouvait guère être pire pour les marchés», estime Stephen Innes.
Le Brent, considéré comme la référence mondiale du pétrole, coûte à nouveau environ 90 dollars le baril «alors même que le message de Kevin Warsh (le président de la Réserve fédérale américaine, Fed, ndlr) à Jackson Hole continue de faire des vagues sur le marché obligataire», poursuit-il.
Le gaz n’est pas en reste, le contrat à terme du TTF néerlandais, considéré comme la référence européenne du gaz naturel, flambant de 4,44% à 69,95 euros le mégawattheure. Il avait dépassé les 70 euros le mégawattheure plus tôt dans la séance, une première depuis mars.
La hausse des prix de l’énergie alimente les risques d’inflation, face auxquels Kevin Warsh s’était montré très ferme dans son discours vendredi. Il a rappelé qu’il maintiendrait son objectif d’une inflation à 2%, contre 3,7% actuellement aux Etats-Unis, laissant entrevoir également un relèvement des taux d’intérêt dès le mois de septembre et non plus en fin d’année.
«Les anticipations (du marché, NDLR) d’une hausse de taux de 25 points de base en septembre ont bondi de moins de 40% à plus de 60%», rappelle Ipek Ozkardeskaya dans sa note aux clients de Swissquote.
«Le pétrole n’a pas besoin de revenir à des niveaux de crise» pour rester une source d’inquiétudes, explique Stephen Innes. «Il lui suffit de rester suffisamment cher pour empêcher l’inflation d’évoluer aussi docilement que la Fed le souhaiterait».
Portée par une nette hausse du prix de l’énergie, l’inflation s’est d’ailleurs accélérée en Allemagne en août à 2,9% sur un an, après 2,8% en juillet, confortant l’hypothèse d’un relèvement des taux d’intérêt par la Banque centrale européenne (BCE) en septembre, hypothèse déjà anticipée par les marchés.
Des taux élevés
Les taux d’intérêt sur le marché obligataire de la dette des Etats et des entreprises se maintiennent à leurs plus hauts niveaux depuis la crise financière de 2008-2009.
Le rendement du Bund allemand à 10 ans affichait 3,32% contre moins de 3,28% vendredi en clôture.
Son équivalent français promettait un rendement de quasiment 4,18%, un plus haut niveau depuis 2008, contre 4,12% à la clôture vendredi, alors que le gouvernement français se réunit en séminaire pour préparer un budget sur fond de dette à 117% du PIB.
Aux Etats-Unis, le rendement de l’emprunt à échéance 10 ans s’affichait à 4,76%, contre 4,72% vendredi.