L'électrification de l’Europe: les infrastructures, moteur d’opportunités au cœur du plan d’action de l’UE

Baoqi Zhu, WisdomTree

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Les ménages et les entreprises européens se retrouvent vulnérables face aux aléas géopolitiques et à la volatilité des prix de l'énergie sur les marchés mondiaux.

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La transition énergétique en Europe est fréquemment présentée comme un enjeu de production: augmenter l’éolien et le solaire, pour ensuite substituer ces sources aux combustibles fossiles importés. Mais il s'agit également d'une stratégie de sécurité énergétique. En 2024, l’Union européenne a assuré 43% de sa production énergétique au sein de son propre territoire, tandis que les 57% restants de sa consommation ont été satisfaits par des importations nettes, essentiellement du pétrole et du gaz naturel. Les ménages et les entreprises européens se retrouvent ainsi vulnérables face aux aléas géopolitiques et à la volatilité des prix de l'énergie sur les marchés mondiaux.

L’électrification constitue une voie pour réduire cette dépendance. Le système électrique européen affiche d’ores et déjà une empreinte nettement plus faible que celle de l’ensemble de son mix énergétique, les énergies renouvelables couvrant près de la moitié de la consommation brute d’électricité. Le plan d’action pour l’électrification de l’UE ambitionne de faire passer la part de l’électricité dans la consommation finale d’énergie, actuellement d’environ 23%, à un niveau indicatif de 46% à l’horizon 2040.

Construire davantage d'infrastructures ne résoudra qu'une partie du problème. Un réseau électrique plus électrifié doit composer avec des flux d’électricité bidirectionnels issus du solaire distribué, des batteries et des véhicules électriques, tout en s’adaptant plus rapidement aux fluctuations de l’offre et de la demande. L’installation de compteurs intelligents, l’emploi de dispositifs de contrôle numériques, ainsi qu’une connectivité plus souple offrent aux opérateurs de nouvelles possibilités pour tirer le meilleur parti de la capacité réseau déjà en place.

L’opportunité s’étend à l’ensemble de la chaîne des infrastructures de réseau

L’investissement vise les sociétés chargées de fournir et de construire les infrastructures essentielles au système électrique. Les câbles sous-marins et haute tension assurent la liaison entre les sites de production en mer et les interconnexions entre pays. Les transformateurs ajustent les niveaux de tension. Les appareillages de commutation assurent la protection des équipements tout en régulant la circulation de l’énergie. Pour garantir la transmission et la gestion fiables de l’électricité, il faut compter à la fois sur des postes électriques, des systèmes haute tension à courant continu (HVDC), de l’électronique de puissance, ainsi que des dispositifs de contrôle numérique.

Les carnets d'ordres actuels indiquent que la demande est déjà soutenue. Prysmian a annoncé disposer, à fin mars 2026, d’un carnet de commandes pour la transmission s’élevant à près de 16,8 milliards d’euros. Nexans a fait état d’un carnet de commandes ajusté dans la transmission, atteignant 7,9 milliards d’euros, une réserve qui assure une visibilité de l’activité jusqu’en 2028. Au deuxième trimestre, le carnet de commandes du groupe Siemens Energy a atteint un niveau inédit de 154 milliards d’euros, porté notamment par la vigueur de la demande dans technologies de réseau (Grid Technologies). 

Préserver une part accrue de la chaîne de valeur de l’électrification en Europe

L’Europe a la possibilité de diminuer sa dépendance aux combustibles fossiles importés; toutefois, elle risque, ce faisant, de s’exposer à de nouvelles formes de dépendance, cette fois à l’égard des technologies électriques venues de l’étranger. Les récentes limitations imposées par l’UE concernant le financement public de projets intégrant des onduleurs issus de «pays à haut risque» témoignent d’une prise de conscience accrue de ce danger par les décideurs.

Les onduleurs modernes sont plus que de simples composants matériels. Ils assurent la connexion des systèmes solaires et des batteries au réseau, peuvent être mis à jour à distance via des logiciels, et disposent de la capacité d’agir sur la circulation de l’électricité. En 2023, les fabricants chinois ont assuré près de 70% de l'approvisionnement en onduleurs en Europe. Une proportion également relevée dans une récente évaluation de la Commission européenne. Des fournisseurs européens comme SMA Solar Technology, installé en Allemagne et troisième fabricant mondial d’onduleurs solaires, offrent une alternative: leur gamme s’étend du solaire à grande échelle au stockage, sans oublier les applications d’intégration au réseau.

Limiter l’accès aux fournisseurs existants peut, à court terme, se traduire par une augmentation des coûts ou ralentir la mise en œuvre. Cependant, cette politique reflète des préoccupations plus vastes liées à la cybersécurité ainsi qu’à la dépendance vis-à-vis de fournisseurs étrangers pour les infrastructures critiques.

Le projet de loi «Industrial Accelerator Act» va encore plus loin. Cette loi intégrerait des critères d’origine européenne et de faible intensité carbone dans certains marchés publics ainsi que dans les dispositifs de soutien ciblant des secteurs stratégiques. Même si la proposition n’a pas encore force de loi, la direction politique, elle, ne fait aucun doute: L’Europe cherche à orienter une part croissante de ses investissements dans les infrastructures vers le renforcement de sa propre capacité de production et de sa chaîne d’approvisionnement.

Conclusion

Le plan d’action pour l’électrification marque le début d’une phase d’investissement majeure. La conversion des politiques en dépenses effectives reposera sur la mise en œuvre concrète des projets et le renforcement des capacités chez les fournisseurs; la direction, elle, ne fait aucun doute. Doubler la part de l’électricité dans la consommation finale d’énergie, la faisant passer d’environ 23% à 46%, exigera bien davantage que la seule construction de nouvelles capacités de production.

L’électricité renouvelable demeure incontournable, mais il en va de même des câbles, transformateurs, postes électriques, appareillages de connexion, composants électroniques de puissance et systèmes numériques indispensables pour l’acheminer, la relier et la piloter. Ainsi, pour les investisseurs, l’opportunité ne réside pas uniquement dans la production d’électricité; elle concerne aussi les sociétés chargées de bâtir les infrastructures physiques nécessaires à l’électrification du continent européen.

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