Pourquoi y a-t-il un décalage entre les fondamentaux du bitcoin et son cours?

Dovile Silenskyte, WisdomTree

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Les arguments en faveur du bitcoin ne cessent de se renforcer, mais son cours ne semble pas en tenir compte.

Les arguments en faveur d’un investissement à long terme dans le bitcoin n’ont jamais semblé aussi solides. Cependant, au quotidien, ce sont les taux d’intérêt, le dollar américain et le niveau de nervosité des traders face à tout le reste qui déterminent le cours du bitcoin, et non ses arguments d’investissement.

Aujourd’hui, le bitcoin se négocie comme un actif macroéconomique mondial, et c’est le prix à payer pour sa maturation.

Lorsque les taux d’intérêt réels grimpent, que les conditions de crédit se resserrent ou que les craintes de récession s’installent, les investisseurs ne prennent pas le temps de réévaluer le bitcoin. Ils réduisent simplement leurs risques partout et en même temps. Le bitcoin est emporté par ce mouvement de repli, sans être particulièrement visé. A court terme, les facteurs macroéconomiques ne se contentent pas d’influencer le bitcoin: ils l’éclipsent complètement.

Ce phénomène est particulièrement visible lorsque les anticipations des banques centrales évoluent. La hausse des rendements des bons du Trésor et le renforcement du dollar américain réduisent la liquidité mondiale, et il y a tout simplement moins de liquidités disponibles pour les actifs plus risqués. Dans ces contextes, même les véritables bonnes nouvelles concernant le bitcoin ne parviennent pas à se faire entendre. Le marché est trop occupé à réagir aux actualités macroéconomiques.

La liquidité même du bitcoin joue en sa défaveur

Voici l’ironie: ce qui fait la puissance du bitcoin est aussi ce qui en fait une cible facile lorsque les marchés paniquent.

Le bitcoin se négocie 24 heures sur 24, sept jours sur sept, sur des marchés profonds et liquides. Cela en fait l’un des moyens les plus rapides pour les investisseurs de lever des liquidités ou de prendre une position macroéconomique. Cela signifie qu’il est souvent le premier à être vendu lorsque les difficultés surviennent, qu’il le mérite ou non.

Les investisseurs vendent ce qu’ils peuvent, pas toujours ce qu’ils devraient. La liquidité du bitcoin le transforme en distributeur automatique de billets[1].

Les produits dérivés jettent de l’huile sur le feu. Les contrats à terme, l’effet de levier, les options de couverture et les stratégies de trading automatisées peuvent faire fluctuer les prix de manière totalement indépendante de ce qui se passe réellement sur le réseau. Les cascades de liquidations – une vente forcée en déclenchant une autre – peuvent transformer une légère fluctuation en chute libre, ou un rebond en «melt-up», sans aucun lien avec les fondamentaux.

Pas de résultats financiers, pas de point d’ancrage facile

Evaluer le bitcoin est plus difficile que d’évaluer une entreprise, et cela fait partie du problème. Il n’y a pas de rapport sur les résultats, pas de tableau des flux de trésorerie, rien sur quoi fonder une «juste valeur» comme on peut le faire avec une action.

La valeur du bitcoin provient de sa rareté, de sa crédibilité monétaire, de sa décentralisation et des effets de réseau. Ce sont des qualités qui se construisent lentement au fil des années.

Le sentiment peut basculer du jour au lendemain. La crédibilité met une décennie à s’acquérir. C’est précisément ce décalage qui explique pourquoi le cours du bitcoin ne cesse de s’emballer dans les deux sens.

C’est là qu’un cadre d’évaluation approprié prend toute sa valeur. Le modèle «Bitcoin in Gold» (BiG) de WisdomTree aborde le problème sous un angle totalement différent. Au lieu de deviner où le cours va se diriger, il se demande si le bitcoin est bon marché ou cher par rapport à l’or, une fois pris en compte le contexte macroéconomique actuel.

En modélisant le ratio bitcoin/or en fonction de l’inflation, des rendements réels, du dollar américain, de la liquidité et de la demande des investisseurs, ce cadre offre un point d’ancrage aux investisseurs. Lorsque le cours s’écarte de ce point d’ancrage, cet écart a généralement une explication: un contexte macroéconomique, et non une évolution des fondamentaux.

A la fin du mois de juin 2026, le modèle BiG estime que le bitcoin se situe à environ 9% en dessous de sa juste valeur macroéconomique par rapport à l’or[2].

Le bitcoin n’a rien d’exceptionnel à cet égard, car les marchés surévaluent ou sous-évaluent les actifs depuis toujours.

L’histoire banale qui se cache derrière le bruit

Alors que le cours est ballotté par les traders macroéconomiques, la dynamique structurelle continue de se mettre en place discrètement:

  • L’infrastructure institutionnelle a mûri rapidement.
  • La clarté réglementaire s’est améliorée dans les principales juridictions.
  • Les produits négociés en bourse (ETP) sur bitcoin physique ont ouvert la voie aux investisseurs grand public.

L’histoire montre que les marchés finissent toujours par réconcilier les prix et les fondamentaux, mais jamais selon le calendrier que les investisseurs souhaiteraient. Avec le bitcoin, le schéma tend à être celui d’une accumulation discrète de progrès, suivie d’un rattrapage brutal dès que les conditions macroéconomiques deviennent favorables.

Pour les investisseurs à long terme, ce décalage temporel importe plus que tout autre élément abordé dans cet article.

Les rendements à court terme dépendent de la liquidité, du positionnement et de l’humeur macroéconomique du moment. Les rendements à long terme sont bien plus susceptibles de refléter le renforcement des propriétés monétaires du bitcoin et l’expansion de sa détention par les institutionnels.

Le décalage actuel prouve que les marchés ne valorisent pas les fondamentaux. Ils valorisent les récits.

Au fil des semaines et des mois, c’est le récit qui l’emporte. Au fil des années, ce sont les fondamentaux qui ont le dernier mot.


[1] ATM = distributeur automatique de billets.
[2] Source: WisdomTree. 10 juillet 2026.

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