Gonet: l'actualité des marchés au 13 juillet

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

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Dow +0,28%, S&P 500 +0,42%, Nasdaq +0,29%, Russell -0,49%, SOX +0,06%, Eurostoxx -0,23%, SMI +0,14%.

 

La semaine qui vient de s’achever accouche d’un bilan pour le moins disparate sur les marchés actions. Wall Street parvient globalement à sauver les meubles et termine la période dans le vert, tandis que l’Europe courbe nettement l’échine. En Corée du Sud, véritable épicentre boursier de l’exubérance l’enthousiasme entourant l’intelligence artificielle, l’ambiance est nettement moins festive. L’indice KOSPI abandonne 7,6% et enchaîne une troisième semaine consécutive de franche correction. Les aficionados de la cote coréenne pourront toujours se rassurer en constatant que, malgré une purge de 17,5% en trois semaines, l’indice conserve encore une avance spectaculaire de 61% depuis le début de l’année. Ce matin, Séoul est à nouveau sous pression et chute de près de 9%, les investisseurs commencent peut-être à se demander si l’introduction fracassante de SK Hynix aux États-Unis vendredi n’a pas marqué le point culminant de la frénésie autour des puces mémoire. Comme d’accoutumé, c’est l’avenir qui répondra à cette question.

SK Hynix a donc levé 26,5 milliards de dollars lors de sa première cotation à Wall Street, via l’émission de 177,9 millions d’ADS à 149 dollars pièce, une opération sursouscrite plus de sept fois. Principal fournisseur de Nvidia, le groupe sud-coréen atteint désormais une valorisation de 1000 milliards de dollars, ce qui le place au 16e rang mondial. En parallèle, il participe avec Samsung à un vaste programme d’investissement de 400 milliards de dollars en Corée du Sud, notamment destiné au développement des semi-conducteurs. La valorisation de 1000 milliards de dollars est à vérifier, ce matin le titre chute de 16% à Séoul, dans une ambiance de digestion manifestement compliquée.

La séance de vendredi confirme que Wall Street prête actuellement une attention particulière aux moyennes mobiles à 50 jours. En milieu de semaine passée le SPX a rebondi de la sienne, qui tient bon depuis le 9 juin, même constat sur le NDX. Le podium du jour du SPX se compose des materials, des services de communication et des biens de consommation de base, seul secteur à reculer vendredi la santé. Les volumes d’échanges fondent chaque jour un peu plus, ce marché est livré aux mains des traders, dans un tel contexte l’analyse technique prend souvent un peu plus de place que d’habitude. La volatilité du marché recule encore vendredi, le VIX perd 5% à 15,03 et atteint un niveau de support solide, pendant que le VIXEQ (volatilité des actions individuelles) ne rend quasiment pas de terrain et évolue à 49.

Retour en salle de marchés ce matin avec une réapparition du côté obscur dans les esprits boursiers. Je m’abstiens de toute digression footballistique, des enfants pourraient nous lire sur un malentendu. Début de semaine dans un climat marqué par l’aversion au risque donc après de nouvelles frappes militaires américaines contre l’Iran durant le week-end. Les déclarations contradictoires de Washington et de Téhéran sur la situation dans le détroit d’Ormuz alimentent l’incertitude, provoquent une nette hausse du pétrole et soutiennent le dollar. Les Bourses asiatiques reculent, tandis que les futures européens annoncent une ouverture en baisse. Le principal risque macroéconomique réside désormais dans un cercle vicieux: la hausse du pétrole alimente les anticipations d’inflation, renforce la perspective d’un durcissement de la Fed, pousse le dollar à la hausse et pèse sur les actions.

Le dollar est recherché, la paire EUR/USD se bat en pleine de zone de support de 1,1411 – 1,1400, actuellement à 1,1408, si elle traverse ce niveau ensuite elle regardera le bas en séance du 24 juin à 1,1325. La courbe des taux US est elle aussi en mouvement, le 2 ans remonte fortement à 4,22%, le 10 ans grimpe à 4,58% et le 30 ans à 5,08%. Dans un tel contexte, l’or recule logiquement, à 4058 dollars et tente à nouveau de casser le bas de son canal haussier entamé début 2024. Enfin le pétrole bondit à 74,03 dollars le baril de WTI Light Crude. Sa moyenne mobile à 200 jours l’attend de pied ferme à 74,50 dollars, si ça casse ensuite il y a un gap à combler à 83,20 dollars, ouvert le 15 juin.

Résumons:  Wall Street boucle une semaine chaotique, marquée par des swings rares sur l’indice des semi-conducteurs (SOX) mais aussi en Corée du Sud où le KOSPI traverse des turbulences rares. Les deux indices restent fermement en hausse depuis le premier janvier mais on constate aisément une absence quasi-totale de sérénité, à témoin les débuts de SK Hynix sur le marché boursier américain, qui le voit décoller de 13%, pour en perdre 15 ce matin à Séoul. Le retour des tensions autour du détroit d’Ormuz n’arrange rien, qui provoque une nouvelle hausse des cours du pétrole avec la réaction en chaine que cela implique, or un dollar fort pénalise les actions américaines dans leur ensemble, tandis que la courbe des taux US se joint au camp des inquiets. C’est dans ce contexte que la saison des résultats d’entreprises prend son réel envol dès demain aux Etats-Unis, avec les grandes banques (JP Morgan, Goldman Sachs, Morgan Stanley, Bank of America, Wells Fargo). 28 membres du S&P500 sont attendus dans le confessionnal cette semaine, dont notamment Netflix, Johnson & Johnson et United Health. Notez que les attentes de croissance des bénéfices sont élevées, à 23% d’année en année. Demain nous aurons aussi droit à la publication du toujours très attendu indice des prix à la consommation aux Etats-Unis, mais aussi à la première audition de Kevin Warsh devant une commission du Congrès.

Résumé du résumé: cette semaine les marchés surveilleront surtout l’inflation américaine, les résultats d’entreprises, les tensions autour d’Ormuz et les discours de la Fed. Pour l’heure, la hausse du pétrole renforce le dollar et pénalise l’or ainsi que les devises émergentes.

En observant les indicateurs internes de marché, on constate que le tableau reste favorable aux actions américaines à moyen et long terme, mais plus fragile à court terme. Le retournement positif des indicateurs avancés et un ISM manufacturier en expansion soutiennent le scénario d’une économie encore solide. Les modèles suivis par SentimenTrader restent majoritairement haussiers, avec un environnement sain, un régime «risk-on», une volatilité contenue et des spreads de crédit favorables. La prudence vient surtout des valorisations, le ratio de Shiller dépassant 40, un niveau comparable à celui de la bulle internet. Les récents retournements haussiers du SPX et du NDX sont historiquement positifs à six mois, mais peuvent s’accompagner de fortes corrections à court terme. La rotation vers la value, les financières, les industrielles, la santé et les petites capitalisations est constructive et élargit la hausse. En revanche, le breadth se dégrade: moins de titres participent à la progression, ce qui a historiquement précédé plusieurs mois difficiles avant une reprise. Les semi-conducteurs restent également bien orientés à moyen terme, mais leur correction récente et leur positionnement très encombré annoncent une forte volatilité. Conclusion: le scénario central demeure haussier à moyen et long terme grâce à une économie encore solide, des conditions financières favorables et un élargissement de la hausse vers la value, les petites capitalisations et les secteurs cycliques. À court terme, en revanche, les valorisations extrêmes, l’affaiblissement répété de la breadth et les tensions sur les semi-conducteurs suggèrent un marché probablement limité, irrégulier et exposé à une correction tactique. Il paraît donc préférable de rester investi tout en réduisant les prises de risque excessives, en privilégiant les entreprises rentables et de qualité, et en se préparant à une évolution beaucoup moins linéaire des indices américains.

La séance macro de ce lundi sera notamment rythmée par les interventions de deux membres de la Fed, Michelle W. Bowman à 11h25 puis Christopher J. Waller à 18h30, dont les propos seront scrutés pour évaluer l’évolution de la politique monétaire américaine. Entre les deux, les ventes de logements anciens aux États-Unis pour le mois de juin seront publiées à 16h00 et permettront de prendre le pouls du marché immobilier.

Novo Nordisk publie des résultats de long terme encourageants pour son traitement expérimental contre l’hémophilie A. Standard Chartered choisit la solution Aladdin Wealth de BlackRock afin de muscler son offre de conseil patrimonial. Moody’s améliore la perspective de Bayer tout en maintenant sa notation, à la suite d’une décision judiciaire favorable au groupe. Apple engage une procédure contre OpenAI pour un vol présumé de secrets commerciaux, rapporte le Wall Street Journal. Meta renonce à son projet de rachat de Manus, valorisé à 2 milliards de dollars. Delta Air Lines retrouve le chemin des profits en dépit d’une facture de carburant historiquement élevée. TSMC prévoit la construction de deux unités dédiées au conditionnement avancé de puces à Chiayi, selon les autorités taïwanaises. Samsung Electronics avance à 2029 la mise en service de son site de production de semi-conducteurs à Yongin.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en baisse. Tokyo perd 1,92% à la cloche, Hong Kong traite autour de l’équilibre, Shanghai rend 2,09%, Séoul chute de 8,95% et le Nifty50 égare 0,11%. Le future SPX perd 0,5%, son alter ego du NDX recule de 1,3% et l’Europe ouvre en repli de 0,7%.

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