Depuis quelques temps Wall Street me fait penser à la chambre de mon numéro deux, actuellement adolescent de profession. À première vue la chambre est impeccable, en revanche si on se penche un peu et que l’on jette un œil sous le lit cela se gâte considérablement. C’est à quelques détails près le même constat que l’on peut tirer si l’on s’attarde un instant sur le S&P500 (SPX), j’y reviens.
Mais d’abord la séance d’hier, avec un marché qui se réjouit de signaux manifestes de désescalade entre les Etats-Unis et l’Iran. Qu’importe le fait que tout cela peut s’évaporer en quelques minutes, le marché semble de moins en moins impacté par les annonces à ce sujet, manifestement considérées comme des perturbations temporaires plutôt qu’un risque durable pour les actions, tant que la dynamique de l’IA reste en place bien entendu. À ce sujet, Micron Tech remet une énième pièce dans le jukebox de l’intelligence artificielle hier, la firme de Boise prévoit d'augmenter ses dépenses en nouvelles usines aux États-Unis à 250 milliards de dollars afin de répondre à la demande pour ses puces mémoire. Selon Micron cet investissement permettra de créer 90'000 emplois. Convenez que ce n’est pas là une nouvelle susceptible de mettre le joyeux royaume des actions au tapis, ce d’autant que le pétrole y met du sien en reculant, entrainant avec lui quelques-unes des craintes inflationnistes ambiantes, du moins dans les esprits des traders en actions, le marché obligataire, nettement plus prudent et factuel, ne cille guère et reste tendu. On recherche activement les firmes de puces, les titres d’AMD, Marvell et ON Semiconductor se portent bien, tout comme la majorité des sept magnifiques, Nvidia et Alphabet mises à part, qui égarent quelques miettes au passage.
Les investisseurs semblent désormais privilégier les fournisseurs d'infrastructures et de mémoire, considérés comme les principaux bénéficiaires de la vague d'investissements dans l'IA, plutôt que les méga-capitalisations technologiques traditionnelles. À ce propos, les sept magnifiques (Apple, Microsoft, Alphabet, Amazon, Nvidia, Meta Platforms et Tesla) se négocient aujourd’hui avec une prime de valorisation extrêmement faible par rapport au SPX, proche de ses plus bas historiques, alors qu’ils bénéficient traditionnellement d’une forte surcote grâce à leur croissance supérieure, leurs marges élevées, la solidité de leurs bilans et leur importante génération de trésorerie. Cette compression de l’écart pourrait signaler qu’elles sont redevenues attractives en relatif et ouvrir la voie à un retour de leadership boursier, sans pour autant signifier qu’elles sont bon marché dans l’absolu, car le phénomène peut aussi s’expliquer par le renchérissement du reste du marché. En résumé, les Mag 7 ne paraissent plus surévaluées face au S&P493, toute la question est désormais de savoir si elles sont réellement devenues bon marché ou si c’est simplement le reste de l’indice qui est devenu trop cher.
On obtient toujours la réponse à ce genre de question, bien souvent a posteriori ce qui nous fait une bien jolie jambe je sais. Dans ce contexte il est souvent judicieux de donner la parole à l’analyse technique, notamment en période estivale où les volumes d’échanges diminuent considérablement et le marché est abandonné aux mains des traders. Or ces temps le marché joue avec ses moyennes mobiles à 50 jours. Prenez le SPX, qui rebondit pile sur la sienne mercredi, elle devient de facto un support, à 7424 points contre 7543 pts hier à la cloche. Même constat sur le NDX et le SOX (semi-conducteurs), dans un calme apparemment absolu, le VIX (volatilité du SPX) recule à 15,84, un niveau proche de son support théoriquement incompressible. Un calme apparent oui, prenez une minute pour vous pencher sur l’indice VIXEQ, qui reflète la volatilité implicite attendue des actions individuelles composant le SPX. Et bien le VIXEQ évolue à 50, un niveau record si l’on fait abstraction de la courte période de débâcle financière due au covid. Hier le podium du SPX se compose de la tech, de la consommation discrétionnaire et des financières. Les volumes chutent d’une trentaine de pourcents jour après jour mais tout semble aller pour le mieux, les indices flirtent avec leurs niveaux records, retournons sous la surface, on y trouve plein d’informations utiles.
Le breadth, c’est-à-dire la participation du plus grand nombre d’actions à la hausse, continue de se dégrader alors même que le SPX reste proche de ses records, principalement porté par les semi-conducteurs et les valeurs liées à l’IA. Le phénomène devient plus inquiétant car ces signaux de faiblesse se répètent et semblent désormais s’installer dans la durée. SentimentTrader déclenche notamment une alerte lorsque le SPX évolue à moins de 2% de son plus haut sur un an, tandis que le nombre de nouveaux sommets diminue, que celui des nouveaux plus bas augmente et que moins de 66% des actions restent au-dessus de leurs moyennes mobiles à 50 et 200 jours. Depuis 1998, 30 situations comparables ont été observées: elles ont généralement débouché sur des performances difficiles au cours des trois mois suivants, avant une amélioration progressive, avec un marché en hausse un an plus tard dans environ 80% des cas. En revanche, sur un horizon allant jusqu’à six mois, les baisses ont historiquement été plus marquées que les rebonds. Le message n’est donc pas qu’un marché baissier est imminent, mais plutôt que le rapport rendement risque à court terme se détériore et que le marché devient de plus en plus fragile sous la surface malgré des indices toujours proches de leurs sommets.
Côté monnaies, le dollar recule un chouia, la paire EUR/USD cote 1,1438 ce matin, le niveau de 1,1411 – 1,1400 reste ceci dit dans le viseur du billet vert. Quant au marché obligataire il semble rester de marbre ces jours, le rendement du 2 ans US cote 4,16%, le 10 ans 4,53% et le 30 ans 5,05%.
L’or traite à 4111 dollars. L’once se bat pour se maintenir dans son canal haussier entamé début 2024. Les métaux précieux traversent une phase agitée, mais sans véritable tendance durable. Les cours restent tiraillés entre l’évolution des anticipations de taux américains et les nouvelles liées au conflit iranien, ce qui génère beaucoup de volatilité mais peu de progression nette. Mercredi, l’annonce par Donald Trump de la fin effective du cessez-le-feu a brièvement fait chuter l’or vers le support des 4000 dollars et pesé sur l’argent, avant que le mouvement ne s’essouffle rapidement, les investisseurs semblant de plus en plus habitués à ces tensions géopolitiques répétées. Depuis, l’or a repris les 4100 dollars et l’argent est revenu vers 60 dollars, signe que les acheteurs se manifestent aux niveaux bas récents. Les minutes de la Fed, légèrement plus restrictives qu’attendu, ont eu peu d’impact, le marché se concentrant davantage sur les prochaines données économiques et les développements géopolitiques.
L’attention va désormais se tourner vers l’inflation américaine, qui sera publiée mardi prochain et devrait éclaircir la situation après plusieurs statistiques décevantes sur l’emploi. Les marchés suivront aussi les déclarations du patron de la Fed Kevin Warsh, dont les prises de parole récentes ont déjà fait bouger les taux.
Rien de bien consistant à se mettre sous la dent au menu macro-économique de ce vendredi.
Aujourd’hui, la séance sera marquée par le début de la cotation de SK Hynix à Wall Street. L’entreprise sud-coréenne a levé 26,5 milliards de dollars, soit la plus importante vente d'actions aux États-Unis par un émetteur étranger. Surtout, l’IPO a été plus de 7 fois sursouscrite. Cela signifie qu’il y avait au moins 185 milliards de dollars de demande de la part des investisseurs. Un signe que l’engouement autour des puces mémoire est loin d’être retombé, malgré de belles corrections depuis le début du mois.
AstraZeneca obtient gain de cause aux États-Unis dans un différend relatif à des brevets l’opposant à une entité du groupe Pfizer. Volkswagen prévoit de simplifier son catalogue de véhicules et de diminuer ses capacités industrielles, au risque d’attiser les tensions sociales, tandis que la réunion de son conseil de surveillance se termine sans détail concret sur les économies envisagées. Emirates Telecom Group Co vend sa participation dans Vodafone à Xavier Niel pour un montant proche de 6 milliards de dollars. Goldman Sachs limite fortement l’accès de ses salariés aux plateformes de marchés prédictifs. Tencent négocie une prise de contrôle majoritaire de la jeune pousse d’intelligence artificielle Manus, d’après le Financial Times. Xiaomi prépare enfin le lancement d’une nouvelle famille de SUV électriques.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en hausse à part Shanghai qui perd 1%. Tokyo progresse de 1,2% à la cloche, Hong Kong avance de 0,82%, Séoul prend 2,52% et le Nifty50 gagne 0,95%. Le future SPX et son compère NDX égarent 0,1% respectivement 0,4%, l’Europe ouvre autour de l’équilibre.