Le secteur financier pèse aujourd’hui plus de 26% de l’indice Stoxx Europe 600. Entre janvier 2023 et mai 2026, ses trois grandes composantes ont fortement progressé, avec des hausses de 182% pour les banques, 85% pour l’assurance et 72% pour les services financiers. Malgré ce parcours déjà marqué, les valeurs financières européennes conservent des arguments solides pour justifier une exposition.
Des valorisations qui ne reflètent pas pleinement la rentabilité
Les banques européennes se négocient aujourd’hui entre 9 et 10 fois les bénéfices attendus pour 2027, pour un rendement des fonds propres estimé à 13,8%. Ces niveaux restent prudents au regard des fondamentaux: avec une rentabilité de cet ordre, les multiples devraient plutôt se situer entre 11 et 12 fois les bénéfices.
Après un regain d’intérêt porté fin 2025 par la croissance du crédit, le marché se concentre désormais davantage sur les activités de banque de détail. Les incertitudes géopolitiques, les perspectives d’inflation et de croissance, ainsi qu’un possible changement de cap de la BCE, ont toutefois pesé sur les valeurs bancaires.
Le marché du crédit envoie un signal plus constructif. Les obligations bancaires se traitent toujours à des spreads nettement plus serrés que par le passé, notamment les titres AT1, autour de 250 à 260 points de base, soit des niveaux historiquement bas.
Une qualité de crédit en amélioration
La compression des spreads s’explique aussi par une amélioration claire des notations des émetteurs. Comparé aux niveaux de spreads actuels, le rapport entre rémunération du risque et qualité de crédit apparaît aujourd’hui plus solide qu’il ne l’était il y a un, deux ou trois ans.
Dans le secteur financier, et plus particulièrement bancaire, les tendances observées suggèrent davantage de révisions positives que négatives de la qualité de crédit. Les spreads sont certes bas, mais la qualité des expositions auxquelles les investisseurs accèdent est également plus élevée.
L’amélioration des notations concerne l’ensemble du marché du crédit. Elle mérite toutefois d’être particulièrement soulignée pour les banques, qui ont longtemps dû faire face à des difficultés importantes. Elles constituent aujourd’hui l’un des secteurs présentant les dynamiques les plus solides en matière de fondamentaux et de relèvement de notation.
Les banques italiennes se distinguent
Elles ont bénéficié de deux transformations majeures au cours de la dernière décennie: l’amélioration de la qualité de leurs actifs et une discipline accrue sur les coûts. À l’issue du premier trimestre 2026, les banques italiennes affichaient ainsi le meilleur coût du risque en Europe, entre 17 et 30 points de base, contre 35 à 40 points de base pour le reste du secteur bancaire européen.
Cette solidité s’appuie sur l’assainissement progressif des bilans, des provisions encore prudentes et une efficacité opérationnelle nettement supérieure à la moyenne. Leur ratio coûts/revenus se situe autour de 33% à 35%, contre plus de 50% pour de nombreuses banques européennes, grâce à la maîtrise des coûts et à la progression des marges.
La hausse des taux a également davantage soutenu leur rentabilité, en raison d’un bêta des dépôts inférieur à la moyenne européenne. En cas de baisse des taux liée à un ralentissement économique, la marge nette d’intérêt serait affectée, mais cette pression pourrait être partiellement compensée par de nouvelles synergies de coûts, la consolidation du secteur et l’usage de l’intelligence artificielle. Le risque d’une forte détérioration de la qualité des bilans paraît, à ce stade, limité.
L’assurance conserve un profil attractif
Au-delà des banques, les autres segments du secteur financier présentent également des opportunités. Les compagnies d’assurance ont publié de bons résultats, avec des perspectives en amélioration. Le secteur offre encore des valorisations attractives, ce qui justifie une exposition sélective à certaines valeurs.
L’assurance non-vie présente notamment de l’intérêt. Les revenus issus des primes et la qualité des résultats techniques contribuent régulièrement à l’amélioration des ratios de couverture de la dette. Le service de cette dette est soutenu par des flux de trésorerie fiables, ce qui confère à cette exposition un caractère défensif, y compris en cas de dégradation de l’environnement économique.
Les réassureurs offrent également une exposition intéressante, capable de traverser différents cycles économiques sans difficultés particulières.
Des opportunités dans les services financiers
Dans les services financiers diversifiés, certaines valeurs semblent avoir été excessivement pénalisées par le marché. C’est notamment le cas du London Stock Exchange Group, affecté par les craintes liées au lancement du plug-in juridique Claude et à la possible réplicabilité de certaines activités de données par les grands modèles de langage.
Cette réaction paraît toutefois excessive. Les cours ne reflètent pas encore le potentiel du Model Context Protocol, développé avec Anthropic pour connecter les modèles d’intelligence artificielle à des données et systèmes externes. Les résultats du premier trimestre ont par ailleurs été solides, soutenus par la volatilité des marchés.
Cette volatilité pourrait aussi profiter aux courtiers, dont les perspectives bénéficiaires ont été relevées après les résultats trimestriels. À court terme, les sociétés de gestion d’actifs et de fortune présentent également un intérêt.
La fintech progresse à des rythmes différents selon les marchés
La montée en puissance de la fintech peut transformer certains segments du secteur financier, mais son impact varie fortement selon les pays. En Italie, Fineco constitue un véritable champion dans l’application des technologies numériques et de l’innovation au secteur financier. L’entreprise a connu une forte croissance.
Son équivalent allemand, Flatex, progresse toutefois deux fois plus vite, car il opère dans un marché plus ouvert que le marché italien. Cet environnement facilite la mise en œuvre de nouveaux modèles économiques dans les services financiers.
Un potentiel de revalorisation encore important
Les valeurs financières européennes conservent un profil très attractif. En matière de croissance et de surprises positives sur les résultats, le secteur figure parmi les mieux positionnés, tandis que les valorisations actuelles laissent encore entrevoir un potentiel d’appréciation.
Les banques australiennes pourraient à cet égard servir de référence. Elles partagent avec les banques européennes une exposition au risque limitée et un modèle d’affaires défensif, dans un marché toutefois beaucoup plus consolidé. Si les similitudes entre les deux régions se renforçaient, les multiples des banques européennes pourraient progressivement converger vers ceux de leurs homologues australiennes.
Un tel scénario porterait le ratio cours/bénéfice de 9 à 10 aujourd’hui à une fourchette de 14 à 15. Malgré leur forte progression récente, la revalorisation des financières européennes pourrait donc être loin d’être achevée.