Montée en puissance de l’IA physique

Emmanuel Garessus

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L’IA physique, dont la production d’humanoïdes, est un thème en forte croissance, ainsi que le Quantum Computing, selon Mobeen Tahir, de WisdomTree.

 

Le thème de l’IA éclipse tous les autres. Il représente 45% de l’indice S&P 500 et 25% de l’indice MSCI Monde. Mais d’autres thèmes émergent qui pourraient être aussi prometteurs. Mobeen Tahir, directeur de la recherche macroéconomique et thématique auprès de WisdomTree Europe, répond aux questions d’Allnews:

Quel est votre objectif en tant que responsable de la recherche thématique?

Notre but vise à offrir aux investisseurs des outils innovants afin d’accéder à des megatrends. Ces derniers se définissent comme des transformations structurelles créatrices d’opportunités d’investissement prometteuses parce que ces transformations sont les moteurs du marché. Le but de WisdomTree consiste à offrir différents accès à ces opportunités. Nous nous y attachons à travers une gamme étendue de thèmes d’investissements innovants.

Qu’en est-il si le marché ne se préoccupe plus que d’un thème, à savoir l’IA?

Il existe des thématiques qui représentent des bases d’investissement, comme l’IA, et de nombreux autres thèmes issus de ce fondement. Chez WisdomTree, nous suivons et cartographions les évolutions de l’univers thématique, qui comprend plus de 40 thématiques réparties dans différentes catégories. Nous ne classons pas l’IA de la même façon que le quantum computing, laquelle est une innovation distincte et crée ses propres opportunités. Des chevauchements peuvent se produire, mais il existe aussi des récits uniques.

«La valorisation ne suffit pas à donner la perspective du futur d’un thème.»

Comment classez-vous les 40 thèmes entre les investissements stratégiques et les choix tactiques?

Un investissement thématique peut être aussi bien tactique que stratégique, mais le choix porte toujours sur une tendance à long terme. Par exemple, l’industrie de la défense en Europe s’est imposée ces derniers mois au sein des investissements. Malgré le récent ralentissement intervenu ces derniers mois, nous continuons de penser que le trend perdurera durant des années. Nous n’offrons pas de solutions d’investissements simplement parce qu’elle répond à une mode. Mais un megatrend peut être l’objet de cycles. Les premiers mois de cette année ont par exemple été difficiles pour la thématique de la cybersécurité avant le rebond intervenu en mai.

Si l’économie mondiale traverse un boom inflationniste, quels seraient les thèmes les plus intéressants pour en profiter?

Parmi les thèmes récemment les plus porteurs, on trouve ceux qui investissent dans les matières premières et les métaux stratégiques. Ils sont clairement liés aux énergies et finalement à l’IA, puisque cette dernière est une industrie gourmande en énergie. Les centres de données, par exemple, nécessitent d’importantes quantités de métaux stratégiques, tels que le cuivre, le lithium et les terres rares, tant pour leur construction que pour leur alimentation en énergie.

L’hypothèse d’inflation est fonction de ses origines. Provient-elle d’un excès de demande de métaux et d’énergie? Ce qui renvoie à un vaste panier énergétique en tant que hedge à l’inflation et d’instruments pour participer à ce megatrend.

Est-ce qu’une thématique est forcément liée à des titres de croissance ou peut-elle faire référence à des actions Value?

Il s’agit toujours d’un investissement dans les titres de croissance. Cela ne signifie toutefois pas que les multiples de valorisation resteront toujours élevés. L’univers thématique couvre tout un éventail d’entreprises, allant de jeunes sociétés encore en phase de développement à des acteurs bien établis et rentables. Les investisseurs peuvent considérer qu’une entreprise ou une thématique donnée se négocie à un niveau de valorisation attractif, mais, en fin de compte, ils misent avant tout sur son potentiel de croissance à long terme.

A partir de quel moment mettez-vous un terme à une thématique? Si un thème tel que l’IA devient surévalué, quand en sortez-vous? Combien en avez-vous arrêté ces 12 derniers mois?

La question d’une bulle spéculative dans l’IA accompagne les marchés depuis quelque temps. Pourtant depuis le début de l’année, c’est l’un des plus performants parmi nos 40 thématiques. Cela signifie que la valorisation ne suffit pas à donner la perspective du futur d’un thème. Il peut aussi être impossible d’évaluer des multiples pour certaines thématiques mais cela ne l’empêche pas de continuer à bien se comporter. Par exemple dans l’énergie nucléaire, il existe des entreprises de petite taille à la pointe de la technologie mais qui ne génèrent pas encore de revenus. Il est toutefois possible de les inclure dans un panier de titres parce que ces entreprises peuvent transformer toute une industrie. C’est pourquoi nous cherchons à exposer le portefeuille à ce type de nouvelles sociétés autant qu’à des sociétés plus conventionnelles et liées à l’uranium. 

Il est donc important de reconnaître les nuances propres aux valorisations dans l’investissement thématique. C’est pourquoi, chez WisdomTree, nous adoptons une approche spécifique à chaque thématique lorsqu’il s’agit de la sélection des titres.

«La réflexion thématique consiste à se projeter dans l’avenir et à se demander quel sera le prochain moment ChatGPT».

Comment l’investisseur peut-il participer à un thème tel que l’IA et investir dans un autre thème qui hedge le risque lié à l’exposition à l’IA?

L’idée du hedge dans une conversation sur l’investissement thématique est intéressante. Nous y réfléchissons également dans la mesure où nous ne voulons pas rater une opportunité susceptible de disrupter une industrie. Je pense à l’arrivée de ChatGPT en 2022. La réflexion thématique consiste à se projeter dans l’avenir et à se demander quel sera le prochain moment ChatGPT. Un candidat potentiel pourrait être le quantum computing. Le CEO d’IBM, tout récemment, s’est exprimé sur les avantages du quantum computing, y compris par rapport aux superordinateurs les plus performants. Et à la question de savoir si les promesses du quantum computing seront satisfaites dans 10 ou 20 ans, il a répondu qu’elles le seront déjà en 2026. De formidables développements devraient survenir dans ce domaine à très court terme. Dans une allocation diversifiée de thématiques, le quantum computing est une niche qui a donc toute sa place, même si sa taille est encore petite. C’est un hedge en cas de disruption.

Quelle est sa taille?

Il est difficile d’estimer précisément la taille du marché, étant donné que de grandes entreprises technologiques réalisent des avancées significatives dans ce domaine, même si le quantum computing ne représente encore qu’une faible part de leurs activités. Le gouvernement américain a récemment décidé 2 milliards de dollars dans neuf sociétés du Quantum computing, dont cinq dans des sociétés cotées. Il est rare qu’un gouvernement procède à une participation au capital de sociétés. Pour des sociétés comme Rigetti Computing ou D-Wave Quantum, nous parlons de centaines de millions de dollars, soit des montants significatifs. Rigetti est l’un des «pure plays» de ce domaine, avec 6 milliards de capitalisation. Les montants sont d’un autre ordre que celui de Nvidia. Des grands groupes tech y sont aussi présents, comme Google, Microsoft ou IBM, mais leurs activités de quantum computing sont modestes. C’est pourquoi les «pure plays» sont de petite taille avec une capitalisation allant au maximum jusqu’à 20 milliards, ce qui souligne leur important potentiel de croissance.

Est-il préférable d’y investir avec un ETF ou un fonds actif?

Poursuivons avec l’exemple du quantum computing. Le gouvernement a ciblé neuf entreprises, sans doute pour soutenir l’ensemble de ce secteur américain mais aussi dans la perspective de la course mondiale à la commercialisation du premier quantum computing et de la technologie qui sera employée. L’investisseur a donc intérêt à répartir ses investissements dans ce domaine dans l’attente de savoir qui en sortira vainqueur. Au sein de WisdomTree, nous nous appuyons sur des experts pour obtenir une exposition intelligente à cette thématique. Nous le faisons nous-mêmes dans le cas de la défense. Le but est de prendre une décision sur une base structurée qui satisfasse les règles de diversification, donc de faire un choix passif afin de participer à un «événement chatGPT» lorsqu’il se produit.

Est-ce qu’un ETF sur l’IA physique ou le quantum computing est plus intéressant qu’un ETF sur l’IA?

L’intérêt est de plus en plus manifeste pour l’IA physique. Il est issu des innovations croissantes survenues dans la robotique. En Chine, les pionniers de la production d’humanoïdes comme UBTECH fabriquent 5000 robots humanoïdes cette année et devraient en produire 10'000 l’année prochaine. Ce sont des chiffres remarquables. Il ne s’agit plus de science fiction, mais de dizaines de milliers par an pour différents objectifs, davantage pour l’automation industrielle que pour les ménages des particuliers, mais à l’avenir la demande des ménages pourrait être significative. 

A Shenzhen, récemment une de mes collègues a commandé un Bubble tea qui a été délivré par un drone autonome, ce qui est un segment de l’IA physique. Il en résultera d’intéressantes opportunités dans la logistique et la production industrielle. Un portefeuille centré sur l’IA physique diffère grandement d’un fonds centré sur l’IA. 

WisdomTree offre un ETF sur l’IA physique, les humanoïdes et les drones, un autre sur l’IA et un ETF sur l’infrastructure IA.

«Parmi les thèmes récemment les plus porteurs, on trouve ceux qui investissent dans les matières premières et les métaux stratégiques.»

Quelle est la pondération de la Chine dans l’IA physique?

Notamment du fait de leur présence importante dans les humanoïdes, la part de la Chine dans l’IA physique est plus grande que dans l’IA générale et plus grande que celle des Etats-Unis, mais les Etats-Unis sont plus forts dans les semi-conducteurs et les logiciels.

Comment mesurez-vous la qualité et la pureté de l’exposition à ces thématiques?

Nous voulons offrir un «pure pay» à l’investisseur. S’il désire une exposition à l’énergie renouvelable, il doit la retrouver dans son placement. S’il veut de la défense européenne, il ne veut pas que d’autres thèmes polluent son idée. Nous appliquons la même approche à tous les thèmes. Mais la façon dont vous construisez un portefeuille dans la cybersécurité est très différente de celle pour l’énergie renouvelable. Les analyses de pureté du thème sont différentes. Les règles et l’approche sont différents. Nous employons des contraintes de revenu (50% du chiffre d’affaires dans la cybersécurité) si bien que nous ne pouvons y trouver Microsoft. Dans le quantum computing, une telle contrainte est impossible, sous peine d’exclure IBM, Google et Microsoft, lesquelles pourraient être leaders de ce thème. 

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