Guerre en Iran: même choc, dégâts différents

Théodore Crouslé, SILEX

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Le conflit au Moyen-Orient s’apaise mais les séquelles divergent: inflation aux États-Unis, croissance fragilisée en Europe.

 

Les réunions des grandes banques centrales du mois de juin ont coïncidé avec des avancées importantes dans les négociations entre les Etats-Unis et l’Iran. A la différence des marchés, toujours prompts à «jouer le coup d’après», la Fed comme la BCE ont dû tempérer les ardeurs des investisseurs, rappelant en substance que l’apaisement géopolitique ne devait pas être un prétexte pour baisser la garde. Si le message d’ensemble est resté prudent, les défis qui s’annoncent pour les prochains mois ne sont pas les mêmes de part et d’autre de l’Atlantique.

Aux Etats-Unis, l’inflation est le problème du moment. Rappelons d’abord le contexte avec une simple observation: l’inflation américaine PCE est au-dessus de 2% depuis 2021. Elle atteignait 2,8% sur un an en février, avant le début de la guerre dans le Golfe. L’envolée des cours du baril entre début mars et début juin devrait l’amener à culminer à un peu plus de 4% dans le rapport de mai avant une décrue progressive. Cependant, il est loin d’être certain que le déclin se fera assez rapidement pour un Kevin Warsh qui a sérieusement haussé le ton à l’occasion de sa grande première. En effet, c’est à une accumulation de foyers inflationnistes que la banque centrale est confrontée. En plus de l’énergie, la Fed ne doit pas perdre de vue une inflation douanière qui devrait continuer à se répercuter dans les prix à la consommation jusqu’au dernier trimestre 2026 ainsi qu’une désinflation des loyers bien moins favorable qu’en 2024 et 2025. De surcroît, le redressement inattendu du marché du travail ces derniers mois pourrait laisser craindre un regain de l’inflation des services.

Les deux plus grandes banques centrales n’auront pas la même fonction de réaction ces prochains mois.

En zone euro, la situation est tout autre. Si les prix à la consommation ont accéléré pour dépasser les 3% en mai sous l’effet de la hausse du cours du pétrole, le point de départ était bien différent: la BCE avait réussi à stabiliser l’inflation à 2% dès la mi-2025. Il est vrai que certaines poches d’inflation restent suivies de près par la BCE, en particulier l’inflation des services, remontée à +3,5% sur un an en mai, ce qui, aux yeux de la banque centrale, a justifié un relèvement de taux de 25 points de base en juin. Mais ni les données salariales, ni les anticipations d’inflation de marché à long terme ne laissent entrevoir une déviation durable et excessive des 2%. D’autant que la croissance envoie des signaux inquiétants.

En fait, c’est clairement sur le plan de l’activité que le conflit au Moyen-Orient risque de laisser son empreinte sur le bloc européen. Après un premier trimestre de contraction, les indicateurs PMI suggèrent qu’il risque d’en être de même pour la période d’avril à juin, ce qui serait synonyme de basculement en récession technique pour la première fois depuis la pandémie de Covid. Un élément n’avait pas été anticipé et s’est révélé particulièrement déterminant dans ce décrochage européen: la très forte élasticité de la demande européenne à l’augmentation des prix des carburants. Un exemple particulièrement frappant: début mai, Sébastien Lecornu évoquait un effondrement de 30% de la consommation de carburants sur les dix premiers jours de mai par rapport à la même période en 2025.

Côté américain, la croissance n’a pas dévié de sa trajectoire du début de l’année. Les données de ventes au détail récentes suggèrent que le consommateur réussit à résister au choc. Tout n’est pas rose, dans la mesure où les remboursements d’impôts liés aux mesures fiscales de 2025/2026 devraient cesser à partir de cet été et, déjà, l’inflation commence à sérieusement amputer le pouvoir d’achat des ménages. Mais, au niveau macroéconomique, le plus important est ailleurs en ce moment. La composition de la croissance américaine s’est récemment déformée. Elle est de plus en plus tirée par l’investissement privé, qui a représenté 1,4 point de contribution sur une croissance de 1,6% en rythme trimestriel annualisé sur les trois premiers mois de 2026. De ce côté-là, rien ne laisse présager un ralentissement, tant les projets des «hyperscalers» sont pharaoniques: leurs investissements en 2026 sont estimés à 600 milliards de dollars, soit 2% du PIB. Cet appétit insatiable n’est pas sans conséquence sur les prix des composantes nécessaires pour les data centers, comme les semi-conducteurs, générant d’autant plus d’inflation dès l’amont des chaînes de valeur américaines.

Par conséquent, les deux plus grandes banques centrales n’auront pas la même fonction de réaction ces prochains mois. Au deuxième semestre, la Fed devra maintenir un biais restrictif tandis que la BCE devra se garder de relever les taux une seconde fois, tant la croissance européenne est bousculée.

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