Des décisions marquantes de l’administration Trump depuis un an ont perturbé le comportement traditionnel du dollar comme valeur refuge, permettant à l’euro de jouer ce rôle lors de tensions sur les marchés, a affirmé mardi la Banque centrale européenne (BCE).
«Des signes ont montré que l’euro s’est comporté comme une valeur refuge lors de plusieurs épisodes d’aversion au risque en 2025 et début 2026», souligne la présidente de la BCE, Christine Lagarde, en préambule du rapport annuel de l’institution sur le rôle international de la monnaie unique.
Le document cite parmi ces épisodes la guerre commerciale lancée par Donald Trump en avril 2025 contre une longue liste de pays alliés, son soutien à une enquête judiciaire visant le président de la Réserve fédérale, ainsi qu’une nouvelle menace début 2026 de droits de douane sur les importations européennes dans un contexte de tensions autour du Groenland.
A chaque fois, le dollar s’est affaibli face aux principales devises, dont l’euro, rompant temporairement avec son comportement habituel de monnaie refuge.
La BCE note toutefois que cette évolution n’a pas remis en cause la domination mondiale du billet vert, du fait de la profondeur des marchés financiers et de l’attrait continu des actifs américains.
L’euro reste la deuxième monnaie la plus utilisée dans le monde pour le commerce, les émissions de dette et les réserves de change, précise le rapport.
Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le taux de change de l’euro s’est néanmoins déprécié, sous l’effet de la hausse des prix du pétrole.
Et la fermeture du détroit d’Ormuz a entraîné une utilisation accrue du système chinois de paiement transfrontalier (CIPS), de quoi favoriser un renforcement du rôle international du renminbi.
Christine Lagarde met par ailleurs en garde contre des «forces de fragmentation (qui) deviennent plus marquées», faisant que l’euro pourrait perdre en importance: les tensions géopolitiques dopent la demande d’or, tandis que les paiements alternatifs et cryptomonnaies, comme les stablecoins adossés au dollar, gagnent du terrain.
Mais selon elle, l’euro pourrait aussi tirer parti de ces évolutions, à condition que «les responsables européens (...) passent des paroles aux actes» pour achever l’union des marchés de capitaux, en vue d’attirer durablement les investissements, y compris en période d’incertitude.