Le facteur humain: investir dans les dirigeants

Kurt von Storch, Flossbach von Storch

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Un actionnaire ne devrait pas seulement examiner les bilans des entreprises dont il détient des actions, mais aussi leurs dirigeants.

 

Sélectionner de bonnes actions est un travail exigeant. Pour évaluer avec la plus grande précision possible les perspectives à long terme d’une entreprise et apprécier de manière rigoureuse l’équilibre entre opportunités et risques, il est indispensable de comprendre en profondeur son modèle économique.

Mais le facteur humain est tout aussi essentiel. En effet, ce sont les dirigeants qui portent la responsabilité du développement durable et du succès à long terme de l’entreprise. Les actionnaires n’ont donc d’autre choix que de suivre de près les dirigeants des sociétés dans lesquelles ils investissent. Reste à savoir comment procéder et quels éléments méritent une attention particulière.

Le management détermine le succès de l’entreprise

La direction définit la stratégie à long terme de l’entreprise et façonne sa culture. Elle doit réagir aux ruptures de tendance et aux crises, faire évoluer le modèle économique et l’adapter aux nouvelles réalités. C’est pourquoi des exigences particulièrement élevées s’imposent à l’égard des personnes qui occupent ces fonctions.

Le président du directoire, tout comme ses collègues dirigeants, devrait se considérer comme un propriétaire de l’entreprise. Ils devraient — mieux encore, ils doivent — penser comme des entrepreneurs. L’intégrité et le sens des responsabilités envers les clients, l’entreprise, ses collaborateurs et, bien sûr, ses actionnaires sont des qualités indispensables. Penser et agir dans une perspective de long terme: c’est ainsi que se construit une réussite durable. À l’inverse, le facteur humain détermine dans quelle mesure une entreprise est véritablement durable et responsable dans son fonctionnement.

La durabilité, résumée par l’acronyme ESG, est l’un des grands enjeux de notre époque. Pourtant, la gouvernance — le «G» — devrait probablement être citée en premier. Les dimensions environnementales et sociales découlent en grande partie d’une bonne gouvernance.

Une direction compétente et visionnaire veillera naturellement à agir avec responsabilité à l’égard de son environnement social et écologique. Agir autrement reviendrait à compromettre inutilement l’avenir de l’entreprise.

La gouvernance ne se limite donc pas à des sujets isolés, certes médiatiques, tels que la corruption. Elle reflète l’orientation stratégique de long terme de l’entreprise ainsi que son système de valeurs fondamental.

La prudence est de mise face aux dirigeants qui se comportent avant tout comme des salariés très bien rémunérés, focalisés sur les résultats trimestriels et donc sur le court terme, davantage préoccupés par leur réussite personnelle et leur rémunération que par l’intérêt de l’entreprise. Des dirigeants qui ne se sentent responsables qu’envers eux-mêmes.

Personne n’a besoin de vedettes des talk-shows

La manière dont les dirigeants sont rémunérés revêt une importance capitale. Les mécanismes d’incitation doivent récompenser la création de valeur durable à long terme, et non la prise de risques excessifs au détriment de l’entreprise dans le seul but de maximiser un avantage personnel.

La méfiance est également de mise face aux dirigeants qui se sentent plus à l’aise sur le plateau d’une émission de télévision que lors de l’assemblée générale de leur propre entreprise. De ceux pour qui la prochaine apparition médiatique semble plus importante qu’une réunion stratégique interne, parce qu’elle renforce leur notoriété personnelle.

La même vigilance s’impose face à l’hubris qui conduit parfois à des acquisitions coûteuses destinées davantage à bâtir un monument à la gloire du dirigeant qu’à faire progresser l’entreprise. Ces opérations alourdissent souvent l’endettement et finissent par peser durablement sur la société. L’histoire économique regorge de monuments érigés à la démesure et progressivement tombés en ruine.

Plus la relation avec le management est étroite, plus il est possible de se faire une idée précise des personnes qui dirigent l’entreprise: quelles sont leurs motivations, leurs forces et leurs faiblesses. Cette compréhension permet d’affiner l’analyse des opportunités et des risques du point de vue de l’investisseur.

L’Allemagne a connu, il y a quelques années, un exemple particulièrement marquant démontrant l’importance de la gouvernance et de l’intégrité dans l’évaluation d’une entreprise: l’affaire Wirecard. Cette affaire a également illustré combien il est difficile d’évaluer les dirigeants.

Une compréhension approfondie réduit les risques

La fraude délibérée n’est pas toujours détectable. Une analyse approfondie des entreprises et de leurs dirigeants permet toutefois de mieux cerner les risques, même si aucune garantie absolue n’existe.

Le cas Wirecard montre qu’un manque de transparence ou une compréhension insuffisante de certains moteurs de croissance doivent inciter à la prudence. L’histoire a démontré que cette prudence était justifiée.

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