Quand Allnews m’a proposé de publier un billet d’humeur, j’ai spontanément répondu par l’affirmative. Plus par curiosité que par raison. Ce n’est qu’ensuite que j’ai réfléchi à ce que je pourrais bien raconter tant les sujets et les opinions prolifèrent, la mienne n’apportant a priori rien au débat. J’ai donc choisi un biais, celui de traiter de l’actualité, des tendances qui nous influencent ou encore partager des observations personnelles au travers du prisme du chef d’entreprise ou de ce que l’on appelle parfois de manière dévoyée l’économie réelle. Cela avec un ton libre et assumé.
Pour ce premier exercice – et quelques suivants – l’envie m’a pris de traiter d’un sujet dont se saisissent les technophiles, les économistes, les analystes, les sociologues, ou encore les philosophes: l’intelligence artificielle, IA ou AI selon les préférences. Loin de moi l’idée que mes réflexions puissent apporter une pierre à l’édifice immatériel de l’IA, mais parce que «l’IA fait certes gagner du temps aux individus, mais sans modifier ce que l’entreprise produit». Cette citation tirée d’un article de Robin Rivaton publié le 19 mai, illustre un paradoxe qui m’interpelle depuis bientôt 3 années.
On peut supposer que chacun d’entre nous fait appel plusieurs fois par semaine, si ce n’est pas par jour, à une IA générative. Nous avons tous pu prendre la pleine mesure, parfois avec sidération, des capacités des LLM dans leurs versions les plus récentes. Chacun peut ainsi s’imaginer les prodigieux gains de productivité à portée de main. Personne ne contestera d’ailleurs la profonde transformation des méthodes de travail qui nous attend. Anticipation de ces phénomènes, et avec une certaine exubération, les valorisations des entreprises associées à l’IA dépassent chaque semaine de nouveaux sommets. Conséquence possible, chacun peut enfin se représenter les vertigineux effets de l’IA sur le marché de l’emploi et le travail.
Peu de chefs d’entreprise sont en mesure de citer des solutions natives et de mesurer le résultat réel de ces technologies qu’ils ont appliquées au sein des sociétés qu’ils dirigent.
Une majorité d’entre nous abondera dans le sens de ces lapalissades. En revanche, peu de chefs d’entreprise sont en mesure de citer des solutions natives et de mesurer le résultat réel de ces technologies qu’ils ont appliquées au sein des sociétés qu’ils dirigent. Il nous est tous arrivé de nous gausser, lors de déclarations publiques, de présentations, ou de cocktails, en recourant à des formules creuses telles que «nous utilisons l’IA au quotidien», ou mieux «l’IA est au cœur de notre stratégie». Ces formules sont souvent un vernis qui recouvre notre propre incurie à faire évoluer les méthodes de travail de sociétés que nous représentons. Cela m’est arrivé, comme tous mes pairs.
Au-delà de quelques requêtes dans ChatGPT, quand elles ne sont pas proscrites par les règles de sécurité informatique, quels sont les cas d’usage concrets au sein des entreprises? Quels sont les véritables gains de productivité? Quel impact sur l’emploi des employés et quelle transformation de l’emploi?
Mes échanges et mes propres expériences, au cours des trois dernières années, m’ont permis d’observer que si les questions existent, les réponses souvent divisent. Une observation des plus saisissantes est d’étudier comment ces sujets sont saisis au plus haut niveau de la gouvernance d’une entreprise souvent avec résultats équivalent(e)s – plus exactement une absence de résultat. Une dynamique top-down viendra d’un éminent membre du Conseil d’administration, parfois son président, qui verra dans l’IA une panacée, une solution à tous les problèmes qui réglera toutes les inefficiences internes. Une dynamique bottom-up sera le fait d’un informaticien, d’un ingénieur, un geek qui aura développé une solution digitale réglant une inefficience interne également. Les deux démarches se heurteront aux mêmes défis, ceux des enjeux parfois divergents d’une entreprise, ceux de la difficulté des dirigeants à prendre les décisions qui sont attendues d’eux, ou ceux de l’incapacité des entreprises à adopter le changement.
Ce sont ces sujets que j’aborderai au travers d’une série de chroniques, non pas avec l’œil de l’expert – je n’en suis pas un – mais comme un observateur, parfois un apprenti investigateur, et simplement comme un humain qui s’interroge sur ce que ces bouleversements technologiques changeront réellement dans les entreprises. Afin, peut-être, de soulever un peu le voile de la frénésie et du vernis.