Suisse: l’illusion d’une accalmie et ses défis

Brewen Latimier, Colombus Consulting

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Un risque de stagflation désormais bien réel pour la Suisse.

©Keystone

 

En ce début d’avril 2026, un calme précaire semble s’installer au Moyen-Orient. Accueilli avec soulagement par les marchés, le cessez-le-feu porte néanmoins les marques d’une instabilité persistante: les tensions structurelles demeurent, et la situation actuelle ressemble moins à une paix durable qu’à une simple pause tactique. Pour la Suisse, cette phase constitue un moment de vérité, appelant une réaction rapide, en particulier de la part des entreprises et des institutions financières.

Le quotidien de la population suisse reste marqué par les semaines de conflit. Certes, les prix des carburants se sont légèrement détendus après l’annonce de la trêve, mais le litre de sans-plomb 95 demeure à des niveaux historiquement élevés, soutenu par une prime de risque qui ne se résorbe pas. L’agriculture est également sous pression: la forte hausse du coût des engrais, étroitement liée aux prix du gaz naturel, menace à la fois la sécurité alimentaire et la stabilité des prix des denrées de base. Parallèlement, les conditions de financement se durcissent. Les hypothèques à taux fixe intègrent de plus en plus des anticipations d’inflation durable, contraignant propriétaires et acquéreurs à recalibrer leurs budgets dans un environnement incertain.

PME: profiter de la fenêtre pour sécuriser les approvisionnements

Dans ce contexte, et face à une accalmie largement perçue comme temporaire, une recommandation stratégique s’impose aux PME suisses: profiter de cette phase pour reconstituer leurs stocks. Le franc fort, bien qu’il pèse sur la compétitivité des exportations, notamment face à un euro évoluant autour de 0,92 francs, offre des avantages significatifs du côté des achats. Les entreprises peuvent tirer parti de ce pouvoir d’achat accru afin de sécuriser leurs approvisionnements en matières premières et en composants électroniques, avant un nouveau resserrement des chaînes d’approvisionnement mondiales. Le contournement de l’Afrique pour éviter la mer Rouge est désormais devenu la norme, ce qui allonge les délais de livraison et renchérit les coûts de transport. Anticiper aujourd’hui revient à utiliser la solidité du franc comme une protection contre de futures ruptures.

Un secteur bancaire sous tension accrue

Le secteur bancaire évolue lui aussi dans un environnement complexe. La Banque nationale suisse reste particulièrement vigilante et intervient ponctuellement sur le marché des changes afin de contenir une appréciation excessive du franc. Dans le même temps, les banques privées continuent d’enregistrer des afflux de capitaux, portés par la recherche mondiale de valeurs refuges. Cette dynamique s’accompagne toutefois d’une pression accrue sur les exigences de conformité et les contrôles réglementaires.

L’or tessinois, valeur refuge sous contrainte

Même l’industrie de l’or, pilier souvent sous-estimé de l’économie tessinoise, fonctionne à plein régime pour répondre à la demande mondiale d’actifs sûrs, malgré des perturbations persistantes dans les circuits logistiques.

Le risque d’un scénario de stagflation

Si le conflit devait s’enliser après la fin prévisible de cette trêve, la Suisse pourrait être confrontée à un scénario de stagflation : une hausse des coûts énergétiques conjuguée à une croissance atone, aggravée par un franc surévalué. Face à cette perspective, l’attentisme n’est pas une option. Cette accalmie n’est qu’un répit technique; pour les décideurs comme pour les entreprises, le moment est venu d’anticiper le prochain choc et de se préparer aux turbulences à venir.

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