Après avoir sous-performé 13 années de suite, les actions émergentes bénéficient d’un vif intérêt des investisseurs depuis le début de 2025. Les investisseurs sont donc sous-investis sur cette classe d’actifs. Pour s’y intéresser, la question consiste ici à savoir si une stratégie passive ou active offre les meilleures perspectives, et, au sein de ces dernières, si une stratégie quantitative est appropriée.
PGIM y est très présent. Ce géant de l’asset management avec 1500 milliards de dollars sous gestion, dont 110 milliards dans la gestion quantitative, gère 2 milliards en actions émergentes. Un fonds UCITS de PGIM géré par l’équipe quantitative, PGIM Quant Solutions Emerging Markets, surperforme nettement l’indice MSCI émergents sur 3 ans (25,8% contre 21,5%). Le fonds gère 250 millions de dollars, après un afflux de fonds net de 150 millions en 18 mois. L’équipe quantitative, qui investit sur la base de modèles mathématiques, comprend 14 gérants. Ceux-ci sont attentifs aux facteurs de risques plutôt qu’aux entreprises individuelles. Chris Zani, gérant de stratégies quantitatives sur les actions émergentes pour PGIM, basé à New-York, répond aux questions d’Allnews:
«Cela signifie que nous considérons la situation des actions en fonction de leur cycle de croissance.»
Quelles sont les principales différences entre votre fonds et les autres fonds «quants»?
Notre modèle est unique et flexible, si je peux le comparer à nos pairs. Nous utilisons ce que que nous appelons un «contextual model». Cela signifie que nous considérons la situation des actions en fonction de leur cycle de croissance. Nous augmentons la pondération des signaux de croissance sur les entreprises qui se situent au début de leur cycle et qui s’apprêtent à accélérer, ceci par opposition aux titres «Value». A l’inverse, nous accordons davantage de pondération aux signaux de «valeur» sur les entreprises en fin de cycle de croissance, celles qui croissent lentement, à l’image des «utilities», par opposition aux titres de croissance.
Pourquoi préférer un fonds quant sur les actions émergentes plutôt qu’un ETF?
Plus les inefficiences sont importantes dans le monde, plus grande est la probabilité qu’un gérant actif surperforme. Il est par exemple très difficile de surperformer les grandes capitalisations américaines. Il est donc plus naturel d’utiliser un ETF sur ce segment.
Dans les émergents, plusieurs facteurs révèlent que l’investissement dans un ETF est sub-optimal. Le premier tient aux nombreuses inefficiences de ces marchés, lesquels sont souvent fonction de facteurs idiosyncratiques plutôt que macros. Sur le plan quantitatif, il est plus facile de sélectionner les titres sur ces titres. Et surtout, le coût des transactions est plus élevé dans les émergents, ce qui n’encourage pas l’emploi des ETF, puisque ces derniers sont intéressants quand le coût marginal est modeste. L’ETF est en principe agnostique à l’égard des coûts. Le gérant actif peut comprendre l’importance des coûts de transactions et de la fiscalité dans sa recherche d’Alpha.
Comment intégrez-vous la sélection des pays et vous adaptez-vous, sachant que l’offensive américaine en Iran a modifié les perspectives?
Notre philosophie est basée sur la sélection fondamentale (bottom-up). Pour cette raison, nous nous refusons de faire des paris sur les pays. Nos clients attendent de notre part que nous surperformions par rapport à l’indice MSCI émergents. Dans la construction de notre portefeuille, nous ne nous éloignons pas de plus de 2 points de la pondération d’un pays dans cet indice.
J’observe que les préférences selon les pays varient très vite, notamment dans l’environnement actuel. Nous préférons nous concentrer sur la sélection des entreprises plutôt que sur celle des pays.
Il y a à peine trois ans, la Chine était souvent considérée comme non investissable. Or elle représente un quart de l’indice MSCI émergents. Donc votre approche n’est-elle pas un pari sur la Chine?
Nous ne faisons pas de pari directionnel sur un pays. La Chine représente 27% de cet indice et 25% de notre portefeuille. Nous sommes donc capables d’ajuster la pondération pour l’adapter à nos choix d’entreprises.
«Nous préférons nous concentrer sur la sélection des entreprises plutôt que sur celle des pays.»
Pouvez-vous présenter les caractéristiques des actions que vous sélectionnez?
Dans notre analyse des entreprises, notre approche est holistique. Nous voulons considérer leurs caractéristiques Value ou Croissance, leur valorisation élevée ou non sur le base de leurs résultats et de leur bilan, par rapport à leurs concurrents, leur potentiel de croissance, le signal du marché à leur égard en fonction des informations sur leurs résultats, le lien entre ces entreprises et le reste du monde (facteur «Linkages»).
Est-ce qu’un lien fort avec le reste du monde est positif, selon votre approche?
Cela dépend de l’actualité. Prenons un exemple: Si Apple vend beaucoup d’iPhones et si son titre grimpe, il y a de bonnes chances de prévoir que l’entreprise Hon Hai Precision à Taïwan, qui assemble 30% des appareils, devrait réagir à la hausse.
Est-ce que vous cherchez les actions dites de Qualité?
La Qualité est notre quatrième critère utilisé. Nous avons 4 groupes de facteurs: Valorisation, croissance, «Linkages» et Qualité. La définition du facteur de Qualité diffère d’un gérant à l’autre. Notre approche à ce sujet est celle de l’efficience des fonds propres ( y compris son emploi du levier) et la façon dont les revenus vont du chiffre d’affaires au cash-flow).
Durant la crise en Iran, est-ce que vous avez adopter une attitude d’attentisme ou avez-vous procédé à beaucoup de changements?
Le cas de la crise en Iran est un bon exemple. Nous sommes restés très disciplinés. Mais nous sommes d’abord des investisseurs. Nous nous posons une question fort simple: Est-ce que le modèle reflète le marché et ses signaux? Le marché a pris du temps à intégrer l’information d’une attaque de l’Iran. L’indice coréen, en très forte hausse cette année, a chuté nettement le premier jour (3 mars), avant de rebondir violemment, puis de corriger à nouveau. Il a peiné à trouver un équilibre.
Quand le marché et notre modèle ne sont pas alignés, nous préférons ne pas faire de transactions parce que la façon dont le marché digère les informations n’est pas claire. Dans ces cas de forte volatilité, nous nous abstenons d’investir.
Est-ce que cela signifie que vous n’utilisez pas les facteurs géopolitiques dans vos décisions?
Les risques géopolitiques sont pris en compte lors de la construction du portefeuille. C’est à cet instant-là que nous voulons éviter de prendre des risques géopolitiques excessifs. Il est en effet difficile d’évaluer les aspects temporels des incertitudes géopolitiques. La diversification entre les pays répond à ce défi.
«L’idée de base est précisément d’avoir un portefeuille qui performe bien dans tous les cas de figure.»
Revenons à l’exemple de l’Iran. Il peut y avoir un bon et un mauvais scénario pour les actions. Comment construire un portefeuille qui réponde à ces deux issues?
L’idée de base est précisément d’avoir un portefeuille qui performe bien dans tous les cas de figure. Ce serait fantastique d’avoir un résultat binaire. D’autres issues sont toutefois possibles. Le marché est très compliqué actuellement. Nous avons tout récemment vu comment a réagi le marché à un Tweet du président Trump.
Nous devons aussi reconnaître qu’il est difficile de gagner de l’argent à long terme en investissant sur des scénarios binaires. La réalité est plus complexe.
Cette crise montre que les matières premières ont été longtemps ignorés dans les portefeuilles. Est-ce que vous les intégrez davantage dans votre modèle?
La question consiste à savoir comment le modèle interprète le marché. Considérez les actions pétrolières: elles sont très volatiles et répondent aux variations du cours du brut. Nous avons observé que les signaux «Value» fonctionnaient mieux dans ce type de situation. Mais nous avons aussi vu que beaucoup analystes «sell-side» ont pris en compte un cours du pétrole plus élevé dans leurs prévisions et ont changé leurs objectifs de cours et de ventes des actions de ces entreprises. Nous avons donc accru le poids des signaux de Croissance au sein des titres de l’énergie plutôt que de «Value».
Est-ce que le facteur taille est intégré dans le modèle?
Non. Notre univers de titres est celui des membres de l’indice MSCI émergents. De notre perspective, nous sommes agnostiques sur la taille comme sur le risque géographique. Il est difficile de saisir les cycles favorables aux grandes capitalisations et ceux des small & midcaps.
Est-ce que votre taux de rotation est élevé?
Le taux de rotation est sans doute supérieur à celui d’un gérant dont les choix se fondent sur des critères fondamentaux (environ 25% en général), et probablement plus bas que celui des traders à haute fréquence. Il est au-dessus de 100% par an, pour un portefeuille dont l’horizon est de 6 à 12 mois.
Pourquoi utilisez-vous des dérivés comme des mini Futures?
Nous les utilisons uniquement dans la gestion du cash du fonds. C’est une raison purement opérationnelle.
Pourquoi avez-vous des positions américaines et européennes dans ce fonds émergent?
L’exposition aux Etats-Unis traduit l’exposition des Futures (3,1% aux Etats-Unis). En Europe, il y a 4 pays émergents: la Turquie, la Pologne, la Grèce et la Hongrie.