En 2026 sera célébré le 250e anniversaire de l’ouvrage «An Inquiry into the Nature and Causes of the Wealth of Nations». Lorsque Adam Smith le publia en 1776, le monde était en pleine transition, passant d’une société essentiellement agricole à la modernité industrielle. Les États-Unis déclaraient leur indépendance, l’Europe entamait une phase de profonde transformation économique et le début de la fin de l’Ancien Régime se profilait en Suisse. L’analyse de Smith sur les causes de la prospérité est devenue l’un des textes les plus puissants de l’histoire économique et sociale moderne. Bon nombre de ses idées restent étonnamment d’actualité en 2026.
Au cœur de l’œuvre d’Adam Smith, il y a l’observation selon laquelle la prospérité ne découle pas principalement de l’or, de la terre ou du pouvoir étatique, mais de la productivité du travail humain. L’une de ses illustrations les plus connues est celle de la fabrique d’épingles: grâce à la division du travail, la production gagne énormément en efficacité. Alors qu’un seul ouvrier ne pourrait fabriquer que quelques épingles par jour, une chaîne de production organisée selon la division du travail en produit des milliers.
Les marchés ouverts stimulent l’innovation
Ce qui était vrai à l’époque l’est encore plus aujourd’hui: les chaînes d’approvisionnement mondiales, les entreprises spécialisées et les plateformes numériques fonctionnent selon le même principe. Des secteurs comme la chimie, la pharmacie et les sciences de la vie montrent à quel point l’innovation est redevable à la division internationale du travail: de la recherche fondamentale aux fournisseurs spécialisés, en passant par la production industrielle.
La conception du marché comme mécanisme de coordination qui est celle d’Adam Smith est étroitement liée à cette réalité. Les individus poursuivent leurs propres intérêts, mais les prix et la concurrence créent un ordre qui répartit efficacement les ressources. Cette idée est aujourd’hui connue sous le nom de «main invisible».
Le fait qu’un ouvrage datant de 1776 nourrisse aujourd’hui encore l’analyse de l’économie mondiale de 2026 témoigne brillamment de sa pertinence.
Au XXIe siècle, ce principe reste central: les marchés coordonnent quotidiennement des milliards de décisions, des prix de l’énergie aux services numériques. Même des technologies très complexes telles que l’intelligence artificielle ou l’informatique en nuage sont diffusées et se déploient à grande échelle grâce aux mécanismes du marché.
Fixer des cadres plutôt que contrôler les marchés
En même temps, Adam Smith ne considérait pas l’État comme superflu. Il identifiait clairement les missions que le marché est incapable de remplir efficacement. Parmi celles-ci: le maintien de l’ordre intérieur, la défense contre les menaces extérieures, la garantie du droit et de la propriété, ainsi que la construction et l’entretien d’infrastructures publiques telles que routes, ponts ou ports. Aujourd’hui, ces missions correspondent aux réseaux numériques, aux infrastructures électriques ou aux systèmes de recherche – des domaines où les conditions-cadres fixées par l’État restent déterminantes.
L’économiste était toutefois sceptique aux interventions étatiques susceptibles de fausser la concurrence. Il rejetait des mesures comme les monopoles, les subventions ou les droits de douane protectionnistes, estimant qu’elles entravent le libre marché. L’État doit réglementer pour garantir l’équité, non pour contrôler l’économie.
Cette vision est plus actuelle que jamais, elle aussi. Comme à l’époque du mercantilisme, certains gouvernements ont aujourd’hui l’impression de devoir corriger le marché par des droits de douane et d’autres interventions. Le risque est grand qu’ils causent ainsi plus de tort que de bien à leur propre pays, sans parler des conséquences pour les autres nations. Quiconque bride le marché et gêne la division internationale du travail nuit en fin de compte à sa propre prospérité.
Adam Smith est plus actuel que jamais
250 ans après sa parution, «La richesse des nations» reste donc bien plus qu’un document historique. C’est un point d’ancrage intellectuel pour aborder les questions centrales de notre époque: Comment naissent la prospérité et l’innovation? Comment garantir la concurrence? Quel rôle joue l’État dans une économie complexe? Et surtout, comment concilier dynamisme économique et stabilité sociale?
Le fait qu’un ouvrage datant de 1776 nourrisse aujourd’hui encore l’analyse de l’économie mondiale de 2026 témoigne brillamment de sa pertinence. Smith a écrit à une époque où l’industrialisation naissait à peine, mais ses questions fondamentales demeurent celles auxquelles se confrontent aujourd’hui encore les économistes, les responsables politiques et les entreprises.
Ses sages conclusions restent donc pleinement d'actualité et il serait heureux que les responsables politiques d'aujourd'hui les prennent à cœur. C'est précisément à notre époque, si lourde de nouveaux conflits commerciaux, qu'il vaut la peine de se tourner vers Adam Smith. Son principal enseignement reste tout à fait pertinent: les marchés ouverts, la concurrence et la division du travail ne sont pas une idéologie. Ils sont le fondement même de la prospérité.