BCE: une position désormais inconfortable

Nicolas Forest, Candriam

1 minute de lecture

L’escalade des tensions au Moyen-Orient, conjointement aux perturbations de l’approvisionnement énergétique, assombrissent à nouveau les perspectives d’inflation en zone euro.

La BCE se trouve dans une position de plus en plus délicate. L’escalade des tensions au Moyen-Orient, conjointement aux perturbations de l’approvisionnement énergétique, assombrissent à nouveau les perspectives d’inflation en zone euro. Après plusieurs réunions marquées par une dynamique clairement désinflationniste, le récent rebond des prix du pétrole et la persistance des risques géopolitiques font désormais peser des risques haussiers tangibles sur l’inflation pour la BCE. Ces pressions devraient se matérialiser non seulement via les coûts directs de l’énergie, mais également à travers des effets de second tour sur les salaires et les services. Dans le même temps, la croissance de la zone euro demeure atone, laissant l’économie vulnérable à de nouveaux chocs.

En réponse, la BCE a révisé sa prévision d’inflation à 2,6% pour cette année, contre 1,9% précédemment, et anticipe désormais une inflation supérieure à 2% jusqu’en 2028. Parallèlement, la croissance a été revue à la baisse à 0,9% cette année (contre 1,2% auparavant). La banque centrale est ainsi confrontée à un arbitrage entre deux risques concurrents. D’un côté, sa crédibilité : après avoir été largement perçue comme trop lente à normaliser sa politique en 2022, la BCE devrait difficilement tolérer un nouveau dépassement de sa cible d’inflation sans réagir. De l’autre, la stabilité financière: l’expérience passée – notamment les hausses de taux de 2008 sous Jean-Claude Trichet – montre qu’un resserrement monétaire dans un environnement macroéconomique dégradé peut accentuer les tensions de marché et les risques baissiers.

Dans ce contexte, la fonction de réaction de la BCE devrait rester fortement dépendante des données, sans indication future explicite dans un environnement de plus en plus incertain. Toutefois, une asymétrie croissante apparaît : le seuil pour envisager des baisses de taux s’élève, tandis que celui d’un nouveau resserrement – bien que toujours élevé – n’est plus négligeable. Dans le même esprit, la Banque d’Angleterre a indiqué se tenir prête à relever à nouveau ses taux afin de contrer tout regain inflationniste lié au conflit au Moyen-Orient.

Cette analyse sera également influencée par les divergences au sein du Conseil des gouverneurs, ainsi que par le prochain changement de gouvernance. Les marchés anticipent désormais un peu plus de deux hausses de taux d’ici la fin de l’année, avec un ajustement corrélatif des rendements allemands. Néanmoins, beaucoup dépendra de la tolérance du futur Conseil vis-à-vis des écarts à la cible d’inflation, de l’évaluation des effets de second tour et de sa volonté de mobiliser les instruments de politique monétaire.

En l’absence d’une hausse durable du prix du pétrole au-delà de 100 dollars le baril et d’un blocage prolongé du détroit d’Ormuz, la BCE devrait maintenir le statu quo d’ici la fin de l’année. Dans ce cadre, un rendement du Bund proche de 3% pourrait renforcer l’attractivité relative des actifs de duration longue.

A lire aussi...