Trois thèmes redéfinissent aujourd’hui l’investissement responsable dans les marchés privés: l’intelligence artificielle (IA), la défense et la transition énergétique. Chacun introduit des opportunités, mais aussi des risques spécifiques pour les investisseurs.
L’IA peut transformer la productivité et les modèles économiques, mais soulève aussi des questions de protection des données, de biais et de transparence. L’investissement dans la défense soutient la sécurité nationale tout en comportant des risques éthiques et de droits humains. La transition énergétique est essentielle face au changement climatique, mais ses effets restent inégaux selon les régions et les technologies.
Les approches fondées uniquement sur des exclusions sectorielles ne suffisent plus. Les investisseurs doivent adopter des approches tenant compte de la gravité des risques, des cas d’usage, de la qualité de la gouvernance et du contexte géographique.
Investissement responsable dans l’IA
Les applications d’IA présentent des niveaux de risque très différents. Les outils d’efficacité opérationnelle ou énergétique sont généralement moins sensibles, tandis que l’IA générative, l’analyse financière ou les systèmes biométriques soulèvent davantage de questions en matière de biais, de protection des données et de gouvernance. Pour les investisseurs, la qualité de la gouvernance interne et la conformité réglementaire deviennent des indicateurs clés de viabilité.
Différencier les risques de l’IA selon les applications
Une approche spécifique aux cas d’usage permet de distinguer les différents niveaux de risque liés à l’IA.
Les applications à faible risque incluent les outils opérationnels et diagnostiques, tels que la maintenance prédictive, l’optimisation des chaînes d’approvisionnement, les solutions d’efficacité énergétique ou la modélisation climatique. Ces systèmes reposent sur des données non sensibles, complètent la prise de décision humaine et contribuent souvent à des objectifs d’efficacité ou de durabilité.
Les applications à risque modéré incluent l’IA générative et les systèmes utilisés dans des contextes sensibles, comme l’analyse financière, la détection de fraude, les ressources humaines ou l’aide à la décision médicale. Ces usages soulèvent des préoccupations en matière de biais, de transparence, d’explicabilité, de protection des données et de risque réputationnel en cas de mauvaise utilisation.
Les applications à risque élevé incluent l’identification biométrique, les systèmes critiques pour la sécurité et l’IA déployée dans les services essentiels, les forces de l’ordre ou les processus démocratiques. En raison de leur impact potentiel sur les droits fondamentaux et la confiance du public, ces applications nécessitent une gestion des risques robuste, une gouvernance solide et une compréhension claire des risques réglementaires et réputationnels.
Concilier sécurité nationale et risques pour les droits humains
L’investissement dans la défense illustre la complexité de l’investissement responsable. S’il contribue à la sécurité nationale et à la stabilité géopolitique, il comporte aussi des risques importants en matière de droits humains et d’utilisation finale des technologies. Les investisseurs doivent donc évaluer non seulement la conformité réglementaire, mais aussi les risques liés au contexte géographique et aux usages potentiels des produits.
Les droits humains comme enjeu central
Les considérations relatives aux droits humains sont au cœur de l’investissement responsable dans la défense.
Les produits et services de défense peuvent contribuer, directement ou indirectement, à des violations des droits humains ou à des dommages civils, selon leur utilisation finale.
Ces risques ne se limitent pas aux armes interdites: ils peuvent également concerner les armes conventionnelles, les technologies de surveillance et les systèmes à double usage, selon le contexte et l’utilisation finale.
La conformité réglementaire seule ne suffit pas à éliminer ces risques. Les gouvernements peuvent autoriser certaines exportations pour des raisons stratégiques ou économiques malgré des risques prévisibles de mauvaise utilisation. Pour les investisseurs, en particulier les investisseurs minoritaires ou non contrôlants, cela crée une exposition systémique qui ne peut être totalement atténuée par des mécanismes contractuels ou de gouvernance.
Transition énergétique: investir dans un écosystème complexe
Portée par les objectifs climatiques et les préoccupations liées à la sécurité énergétique, la transition énergétique désigne globalement la transformation du système énergétique mondial vers des sources moins carbonées et l’abandon progressif des systèmes fondés sur les combustibles fossiles.
La transition énergétique mobilise déjà des investissements massifs dans les renouvelables, les réseaux électriques, le stockage et l’efficacité énergétique.
Malgré cet élan, les émissions mondiales de gaz à effet de serre restent élevées et la demande énergétique continue d’augmenter.
La demande d’électricité, en particulier, progresse plus rapidement que la consommation énergétique globale, sous l’effet de l’expansion industrielle, de la fabrication avancée, de l’économie numérique, de l’électrification des transports et de l’utilisation accrue de l’électricité pour le chauffage et la climatisation.
Saisir les opportunités tout en maîtrisant les risques
À mesure que l’ampleur et le rythme de la transition énergétique augmentent, les opportunités d’investissement pour le capital privé se multiplient dans l’ensemble de l’écosystème énergétique.
Les investisseurs responsables cherchant à réduire leur exposition aux risques ESG tout en augmentant leur exposition aux solutions bas carbone peuvent notamment s’intéresser:
- aux services énergétiques
- aux solutions numériques favorisant l’efficacité énergétique
- à la production d’électricité renouvelable et décentralisée
- à l’optimisation des réseaux électriques
- aux industries connexes comme les minéraux critiques
Les producteurs d’énergie renouvelable jouent un rôle clé dans la transition, mais font souvent face à des défis ESG importants liés à l’utilisation des terres, aux autorisations réglementaires et aux relations avec les communautés locales.
Implications transversales pour l’investissement responsable
Pris ensemble, les enjeux liés à l’IA, à la défense et à la transition énergétique mettent en évidence plusieurs enseignements pour l’investissement responsable dans les marchés privés:
- La qualité de la gouvernance peut être plus déterminante que la classification sectorielle pour l’exposition globale aux risques ESG;
- La différenciation des risques au sein d’un même secteur, selon le modèle économique, le type de produit ou l’usage final, permet d’aller au-delà d’un simple filtrage sectoriel;
- Le contexte géographique doit toujours être pris en compte dans l’évaluation des risques, certains risques ESG étant systémiques et ne pouvant être entièrement éliminés.