La semaine écoulée s’est terminée par un basculement brutal du régime de risque. Les interrogations sur la soutenabilité de la thématique IA ont ainsi cédé la place à un choc géopolitique majeur.
La mort d’Ali Khamenei, guide suprême depuis 1989 et qui concentrait l’autorité militaire, religieuse et politique, constitue un événement historique. Le régime iranien entre désormais dans une période d’instabilité institutionnelle et potentiellement de lutte de pouvoir entre les élites cléricales et l’armature militaire des Gardiens de la Révolution. La riposte iranienne aux frappes américaines et israéliennes s’est accompagnée de menaces sur la navigation dans le détroit d’Ormuz. Ce passage concentre environ 20% des flux pétroliers mondiaux. Même sans fermeture totale, la hausse des primes d’assurance maritime et les détournements logistiques suffisent à faire bondir les cours du brut et du gaz liquide et à apporter de la volatilité sur le commerce international et l’énergie.
Etats-Unis: droits de douane version 2.0
En début de semaine, la Maison-Blanche avait annoncé de nouveaux droits de douane globaux de 10%, fondés sur une loi commerciale de 1974 permettant de corriger un déséquilibre marqué de la balance des paiements, d’une durée maximale de 150 jours. Cette décision intervient après l’annulation par la Cour suprême d’une large part des précédentes mesures protectionnistes.
Les marchés ont immédiatement intégré un double risque; une pression haussière sur les prix des biens importés et de l’énergie ainsi qu’un frein potentiel à la croissance mondiale. Sur le marché obligataire, le rendement du Treasury à 10 ans a reflué sous les 4% un plus bas depuis fin novembre, traduisant un mouvement défensif marqué.
Les données macroéconomiques ont envoyé un signal mitigé. Si les inscriptions hebdomadaires au chômage indiquent un marché de l’emploi résiliant, l’indice des prix à la production suggère une pression persistante à la hausse de l’inflation. Le risque de transmission au CPI reste crédible, d’autant plus en cas d’activation durable des droits de douane. En conséquence, le marché anticipe une Fed plus patiente. Le scénario central d’une première baisse en juin s’érode au profit d’un calendrier décalé au second semestre.
La publication de Nvidia a cristallisé les tensions. Malgré des résultats au-dessus des attentes (bénéfice +94%), le titre a reculé, effaçant plus de 200 milliards de dollar de capitalisation. Le marché ne sanctionnant pas les résultats, mais la valorisation. La prime IA atteint un niveau où l’excellence ne suffit plus; seule une surprise majeure est récompensée. Cela marque une transition vers une phase de sélection intra-sectorielle.
Europe: désinflation validée, consommation française robuste
En zone euro, les statistiques confirment un environnement plus favorable pour la Banque centrale européenne. L’indice des prix à la consommation harmonisé de la zone euro (IPCH) est sorti à 2,0% a/a, exactement en ligne avec l’objectif de la BCE. Cela conforte le scénario de détente monétaire graduelle au printemps, sauf choc exogène lié au commerce international. En France, la demande domestique montre une résilience supérieure aux anticipations.
Les marchés européens ont mieux absorbé le choc Nvidia que Wall Street, poursuivant une trajectoire proche des sommets historiques. Avant le déclenchement des hostilités au Moyen Orient, les indices principaux avaient déjà terminé la semaine en baisse. Le S&P 500 baissait de 0,44% et le Nasdaq de 0,95%. En Europe, l’Euro Stoxx50 restait stable avec +0,12% tandis que le SMI prenait 1,12%.
L’essentiel en bref
