Depuis le début de l’année et la répression sanglante des manifestations contre le régime iranien, qui a fait plusieurs milliers de morts, la pression diplomatique et militaire sur l’Iran n’a cessé d’augmenter. Cette pression a atteint son paroxysme ce week-end puisque les forces militaires israéliennes et américaines ont attaqué l’Iran et tué nombre de responsables iraniens, dont le guide suprême Ali Khamenei. L’Iran a riposté à ces attaques en bombardant les intérêts américains dans la région, faisant au passage de nombreux dégâts collatéraux et victimes civiles dans les pays du Golfe, et en interdisant le passage dans le détroit d’Ormuz, point de passage stratégique pour les exportations de gaz et de pétrole de la région, ce qui ne s’est jamais produit, même au plus fort de la guerre Iran-Irak dans les années 1980!
Si la durée de cette intervention est encore incertaine, on peut néanmoins supposer qu’elle s’inscrira dans la durée. En effet, en juin 2025, les 12 jours de bombardements israéliens et américains intensifs ne leur avaient, semble-t-il, pas permis d’atteindre leurs objectifs. En outre, c’est aujourd’hui l’option maximaliste d’un changement de régime en Iran qui semble poursuivie par les Etats-Unis, ce qui, de toute évidence, prendra davantage de temps que de freiner les ambitions nucléaires du pays. Dans ce contexte, le décès d’Ali Khamenei n’est sans doute qu’une première étape dans un difficile processus de transition politique dans un pays comptant près de 90 millions d’habitants et dirigé depuis 1979 par un régime théocratique, qui contrôle tous les niveaux de pouvoir et les secteurs économiques.
Chaque embrasement du Moyen-Orient nous rappelle bien entendu les crises pétrolières des années 1970, qui ont eu un impact majeur sur l’économie mondiale et les marchés financiers. Cependant, la situation est aujourd’hui fondamentalement différente!
Impact sur l’économie mondiale et les marchés pétroliers
L’économie mondiale aborde, en effet, cette crise dans une situation relativement robuste malgré les différents points de tension commerciaux et géopolitiques. Le FMI table en effet sur une croissance de 3,3% pour l’économie mondiale, ce qui est en ligne avec son potentiel de croissance. Dans le même temps, l’inflation, qui était fortement remontée dans le sillage de l’invasion de l’Ukraine en 2022, se normalise en Occident puisque l’inflation s’établit actuellement à respectivement 2,4% aux Etats-Unis et 1,7% en Europe, soit des niveaux proches ou inférieurs aux 2% visés par la Réserve fédérale américaine (Fed) et la Banque centrale européenne (BCE). L’inflation est donc pour l’instant contenue et la Fed devrait baisser son taux directeur à deux reprises cette année, tandis que la BCE devrait maintenir une politique monétaire accommodante.
La crainte de voir le conflit s’étendre dans une région où se concentre près de 20 à 25% du commerce mondial de gaz naturel liquéfié et de pétrole, et le blocage du détroit d’Ormuz, a toutefois fait violemment réagir les cours du pétrole. Alors que le baril de Brent se négociait encore à 59 dollars mi-décembre, il a augmenté progressivement, au gré de l’intensification des pressions américaines, jusqu’à plus de 70 dollars la semaine dernière. Avec le déclenchement des hostilités, il pointe désormais à plus de 77 dollars.
Si les Iraniens parviennent à empêcher durablement la circulation des pétroliers dans le détroit d’Ormuz — par lequel transitent près de 20 millions de barils de brut par jour — et/ou à endommager des sites de production dans les autres pays du Golfe, on pourrait imaginer que le cours du pétrole dépasse temporairement les 100 dollars.
Cependant, compte tenu du rapport de forces dans la région, il est difficile d’imaginer, à ce stade, une fermeture durable du détroit d’Ormuz puisque l’armée américaine et ses alliés forceraient sans aucun doute le passage. Cependant, même dans ce cas, le transit maritime y demeurerait sans doute moins fluide et plus onéreux, notamment en raison de l’augmentation des primes d’assurances, ce qui maintiendrait une prime de risque (elle avoisine actuellement les 15 dollars) plus élevée dans les cours du brut.
Néanmoins, la poussée de fièvre des cours pétroliers pourrait, comme en juin dernier, n’être que passagère. Rappelons que les cours du pétrole étaient engagés, jusqu’il y a peu, dans une tendance baissière, le marché étant très bien, voire trop bien, approvisionné. Il pourrait en effet connaître cette année un surplus de production de plus de 3,5 millions de barils par jour.
La situation actuelle est en outre fondamentalement différente de celle des années 1970. A l’époque, le pétrole était la principale source d’énergie primaire au niveau mondial (près de 50% du total) et le Moyen-Orient en était le principal producteur. Aujourd’hui, notre mix énergétique est beaucoup plus diversifié, grâce notamment au nucléaire et aux énergies renouvelables. Le pétrole représente désormais moins de 30% de la production d’énergie primaire, et sa production est en outre beaucoup plus diversifiée puisque les Etats-Unis sont passés du statut de premier consommateur mondial à celui de premier producteur.
Les conséquences économiques du conflit actuel devraient par conséquent être plus limitées que durant les années 1970. Le prix du pétrole avait alors augmenté de 1500% en une décennie, entraînant une profonde récession et un choc inflationniste auquel les autorités monétaires, à l’instar de Paul Volcker aux Etats-Unis, avaient répondu par de fortes hausses des taux au début des années 1980.
Impact sur les marchés financiers
Nous sommes au-devant d’une période d’incertitude qui devrait alimenter la volatilité sur les marchés pétroliers et financiers pendant un certain temps, et ce d’autant plus que ces tensions géopolitiques s’ajoutent à un contexte déjà fébrile en raison des questions existentielles de ces dernières semaines autour de l’impact de l’intelligence artificielle sur nos économies et nos entreprises.
Les marchés d’actions devraient, dans ce contexte, rester sous pression, alors que les marchés obligataires et l’or devraient apporter une diversification bienvenue. Il convient donc de rester prudent à court terme tout en demeurant investi, diversifié et attentif aux opportunités qui pourraient s’ouvrir au moment où la situation se calmera.
Dans ce contexte, rester investi de manière diversifiée s’est toujours révélé préférable aux liquidités. A titre d’exemple, après les deux guerres du Golfe, un portefeuille diversifié affichait une surperformance moyenne, par rapport aux liquidités, de 13,5% après un an et de 28,6% après trois ans.