L’économie britannique a progressé moins qu’espéré à la fin de l’an dernier, selon de nouveaux chiffres publiés jeudi, qui mettent un coup de pression supplémentaire sur le gouvernement travailliste de Keir Starmer, déjà empêtré dans une crise politique.
Le produit intérieur brut (PIB) a progressé de 0,1% sur les trois derniers mois de 2025, selon une première estimation de l’Office national des statistiques (ONS). Les économistes interrogés par Bloomberg s’attendaient à une progression un peu plus forte de 0,2%.
Sur l’ensemble de 2025, année marquée aussi par les menaces de droits de douane venues des Etats-Unis, le PIB a progressé de 1,3%, a indiqué l’institut statistique, après une croissance de 1,1% en 2024.
«L’économie britannique a tout juste gardé la tête hors de l’eau au dernier trimestre» et les chiffres publiés jeudi montrent que celle-ci «est très fragile», a estimé Lindsay James, analyste chez Quilter.
La Banque d’Angleterre (BoE) a abaissé la semaine dernière ses prévisions de croissance pour le Royaume-Uni en 2026, à 0,9% contre 1,25% précédemment, et en 2027, à 1,5% contre 1,6%.
A titre de comparaison, le PIB a progressé de 1,5% l’an dernier dans la zone euro, et de 0,9% en France.
Services à la peine
«Le secteur des services, souvent dominant, n’a affiché aucune croissance, la principale impulsion venant plutôt de l’industrie manufacturière» sur les derniers mois de l’année, a relevé Liz McKeown, directrice des statistiques économiques de l’ONS.
«Le secteur de la construction, quant à lui, a enregistré sa pire performance en plus de quatre ans», a-t-elle ajouté.
L’exécutif de Keir Starmer peine depuis son arrivée au pouvoir en juillet 2024 à tenir sa promesse de relance de la croissance.
Le Premier ministre britannique, déjà fragilisé par l’affaire Epstein-Mandelson, a dû en outre se défendre mercredi au Parlement à propos de l’amitié entre un ancien de ses collaborateurs et un ex-élu condamné pour possession d’images indécentes d’enfants.
«Le gouvernement a le plan qu’il faut pour bâtir une économie plus forte et plus sûre», a assuré la ministre des Finances Rachel Reeves, jeudi dans un communiqué, mettant en avant notamment «une inflation qui recule plus vite que prévu» et une économie qui «croît plus rapidement» que celles des autres pays européens du G7.
Mme Reeves avait par ailleurs déclaré mercredi qu’en dépit des négociations tous azimuts de son pays pour nouer des accords commerciaux depuis le Brexit, une intégration plus étroite avec l’Europe était «le principal enjeu» pour le Royaume-Uni.
Mais l’impact des choix du gouvernement sur l’économie a été très critiqué, notamment par le patronat, les entreprises ayant été affectées l’an dernier par de fortes hausses des cotisations patronales. La date tardive de la présentation du dernier budget, en novembre, a aussi été accusée d’alimenter un climat d’incertitudes pour les entreprises.
Droits de douane
L’activité britannique a aussi été impactée l’an dernier par les droits de douane de Donald Trump, qui ont ébranlé les échanges commerciaux mondiaux, même si le Royaume-Uni est parvenu à conclure un accord avec les Etats-Unis pour limiter ces taxes américaines.
Selon d’autres données publiées jeudi par l’ONS, les exportations de biens du Royaume-Uni vers les Etats-Unis ont baissé de 10% l’an dernier, à 59 milliards de livres (68 milliards d’euros).
L’institut statistique précise qu’il publiera le 24 février des données spécifiques sur les échanges avec les Etats-Unis «dans le contexte des droits de douane».
Si les chiffres publiés jeudi «ne feront rien pour atténuer la pression sur un gouvernement travailliste très impopulaire, il pourrait y avoir une faible lueur d’espoir au bout du tunnel», selon Matthew Ryan, analyste d’Ebury.
«L’inflation au Royaume-Uni devrait reculer», a-t-il ajouté, et les récentes baisses de taux d’intérêt de la BoE n’ont pas encore fini de produire leurs effets et «devraient contribuer à réduire les coûts d’emprunt et à stimuler les dépenses des ménages».