Allianz Global Investors, basée à Zurich, fait partie du Top 10 des gérants d’actifs étrangers en Suisse avec quelque 24 milliards de francs sous gestion. Michael Schütze, responsable pour la Suisse d’Allianz Global Investors, répond aux questions d’Allnews:
Comment Allianz Global Investors s’est-elle développé en Suisse en 2025?
Allianz Global Investors Switzerland est à l’image d’un avion qui a décollé mais vise une autre altitude de croisière. Nous avons engagé une équipe d’experts multi-actifs de Credit Suisse en 2024 et l’avons intégrée cette année. Récemment, elle a obtenu quatre premiers mandats multi-assets de la part de caisses de pension et d’ investisseurs professionnels. Comme d’habitude, le premier client est le plus difficile à gagner. L’équipe est basée ici en Suisse et est responsable des caisses de pension suisses, avec une allocation d’actifs suisse et un biais suisse. Pour nous, c’est nouveau.
D’autres projets s’apprêtent-ils à décoller?
Oui, nous avons lancé une fondation de placement suisse, Allianz Global Investors Anlagestiftung, avec un premier produit sur les actions d’infrastructures et ainsi qu’un premier mandat d’une caisse de pension suisse.
Quel est l’avantage d’une fondation de placement aujourd’hui?
La fondation de placement est un véhicule de placement suisse. Nous l’utiliserons à terme aussi bien pour les marchés cotés que pour les marchés privés, mais initialement pour ces derniers. L’instrument habituel pour cette classe d’actifs est un véhicule de droit luxembourgeois, mais une structure de fondation de placement comporte des avantages pratiques très convaincants. Quand une caisse de pension entend acheter un fonds d’infrastructures ou de private equity, s’il choisit le véhicule luxembourgeois (ou irlandais ou des Caymans), la documentation est en anglais et s’étend sur 300 pages, l’ordre de souscription sur 40 pages. Avec la fondation de placement, le document se limite à 20 pages en allemand ou en français et la souscription à une seule page.
«Notre croissance atteint 25% depuis juin 2024 avec 20 collaborateurs actuellement au bureau en Suisse.»
Par ailleurs la fondation de placement se place entre la caisse de pension et les actifs placés à l’étranger. C’est avantageux pour le remboursement de l’impôt à la source. Si la caisse de pension investit dans le véhicule luxembourgeois qui investit dans des actifs internationaux imposés à la source, la caisse de pension, libre de cette taxation, cherchera à être remboursée. Le fonds luxembourgeois s’adressera à la caisse de pension et lui demandera de remplir des formulaires, par exemple américains. C’est non seulement coûteux mais le nom de la caisse de pension apparaîtra à l’étranger.
Avec une fondation de placement, c’est cette dernière qui accomplit tout ce travail de recouvrement de l’impôt. L’atout pratique de la fondation est significatif.
Certains préfèrent la modernité d’un instrument tel que le L-QIF, mais les caisses de pension suisses préfèrent les instruments conservateurs qu’ils connaissent bien.
Le marché des fondations de placement n’est-il pas très calme?
Il existe quelques grandes fondations qui continuent de croître à un rythme tout à fait satisfaisant et qui disposent de groupes de placement par exemple sur les marchés privés. Je pense que c’est l’outil le mieux adapté pour les petites et moyennes caisses de pension. Les grandes institutions disposent de l’expertise nécessaire à l’interne.
Comment se développent vos ressources et vos actifs sous gestion?
Notre croissance atteint 25% depuis juin 2024 avec 20 collaborateurs actuellement au bureau en Suisse. Ce n’est pas dérisoire pour le marché suisse. Le nombre de portfolio managers est passé de 3 à 6 et sera bientôt de 7. Nous gérerons à partir de la Suisse les obligations suisses, les actions suisses et les fonds multi-assets suisses. Pour nous, c’est un «game changer» et cela souligne notre caractère suisse, d’autant que tous les employés parlent le suisse allemand. Afin de renforcer encore davantage l'importance de la Suisse, nous avons engagé un nouveau responsable expérimenté pour Wholesale afin de consolider nos efforts dans le domaine B2B dans toutes les régions de Suisse. L'objectif est d'améliorer les relations avec les clients existants et d'ajouter des partenaires stratégiques afin de relever les défis actuels dans le domaine de la gestion d'actifs.
Nos actifs sous gestion s’élèvent à environ 24 milliards de francs, porté par une croissance satisfaisante auprès des clients institutionnels. Ainsi, nous appartenons aisément au sein du Top 10 des gérants d’actifs étrangers en Suisse.
En ces temps d’incertitude, quelle est la réelle importance de la place financière suisse à vos yeux?
Elle est incroyablement importante. Comparé à la taille du pays, l'étendue et la profondeur de la gestion des actifs institutionnels et wholesale, ainsi que son interconnexion au sein de l'Europe et du monde, sont sans égal en Europe.C’est vrai des investisseurs institutionnels et de leurs environ 1300 caisses de pension, un marché important, large et profond. Le marché Wholesale suisse, avec ses 85 banques privées et quelque 300 gérants de fortune et MFOs, se compare très bien aux autres pays européens.
La Suisse est le site parfait pour une activité de gestion de fortune. Avec sa stabilité politique, c’est aussi un pays de choix pour un très grand et croissant nombre de single Family offices.
Allianz Global Investors ne sera jamais en concurrence avec un gérant de fortune pur, mais dû au fait d’avoir une palette de produits complète, sur les marchés liquides et privés, l’entreprise est dans une bonne position pour répondre aux besoins du wealth management.
«Avec la fondation de placement, le document se limite à 20 pages en allemand ou en français et la souscription à une seule page.»
Quels sont les principaux besoins des institutionnels en ce moment?
Deux thèmes sont prioritaires auprès des clients institutionnels. Le premier est la politique économique de Donald Trump et ses effets potentiellement profonds et structurels sur l’économie mondiale et bien sûr sur sur l’allocation de portefeuille. Le deuxième est l’intelligence artificielle (IA),avec l’impact sur la concentration des indices sur une poignée de valeurs et la crainte d'une bulle.
Que conseillez-vous pour répondre à ces défis?
La première étape consiste à réfléchir à ces défis, mais je n’ai pas encore rencontré quelqu’un susceptible d’apporter des réponses définitives. Pour l’instant, tout le monde veut participer au mouvement haussier de l’IA.
Personnellement, je me rappelle avoir, il y a 30 ans, analysé la question des indices pondérés dans l'allocation stratégique des actifs en fonction du PIB. Actuellement, cela conduit à réduire sensiblement la part des Etats-Unis dans le portefeuille au profit de la Chine. Cette piste peut être prometteuse à un moment où le président américain mène son pays à sa guise et où une bulle se développe dans un secteur. Pour l’instant, les indices basés sur la capitalisation sont les seuls à être acceptés par les investisseurs institutionnels. Mais d’ici un ou quelques années, les discussions devraient être plus animées à ce sujet.
Le défaut d’un indice basé sur le PIB n’est-il pas d’ignorer les entreprises non cotées?
Effectivement ces indices actions s’adressent aux marchés liquides, niant ainsi, par conception, l'importance croissante des marchés privés. Concernant les marchés privés, ces dernières années, beaucoup de caisses de pension suisses ont investi dans les actions d’infrastructures. Mais en termes d’allocation moyenne dans l'ensemble des caisses de pension suisses, la classe d’actifs ne représente qu’une petite part de l'allocation globale, environ 1%-2%, respectivement, alors que la limite réglementaire est fixée à 10%.
Le potentiel d’augmentation est significatif, même si l’objectif n’est pas nécessairement d’atteindre le maximum réglementaire. Je suis convaincu que ce segment va poursuivre sa croissance. C’est une classe d’actifs qui convient bien aux caisses de pension, conservatrices, régulées et au bénéfice d’un rendement stable et prévisible à long terme. Il existe également d'autres classes d'actifs du marché privé qui présentent un potentiel, par exemple la dette privée mondiale.
Quelle est votre taille dans les infrastructures?
Allianz est l’un des plus grand investisseurs mondiaux dans les infrastructures et investit principalement par l'intermédiaire d'Allianz Global Investors.
Quels sont les plus grands risques de placement en cette fin d’année?
A côté de Donald Trump agitant les marchés financiers, l’IA est le plus grand risque parce que son fonctionnement et ses conséquences ne sont pas encore très clairs.
Est-ce que la dette souveraine n’est pas problématique?
Personnellement, c’est un sujet de préoccupation majeur, en particulier aux Etats-Unis. La situation n’est pas soutenable à long terme, mais peu de gens s’en inquiètent vraiment. Pour l’instant, on préfère le laisser sous le tapis. Les taux d’intérêt sont bas. Les banques centrales restent accommodantes. Mais si le dollar a été le socle du système financier depuis 80 ans, rien ne dit que si Donald Trump poursuit sa politique, de plus en plus de pays se distancent du billet vert. Un tel phénomène compliquera forcément le financement de la dette américaine. D’autant plus que si, dans le sillage de la crise financière, la dette non déclarée des Etats, par exemple les engagements de retraites de la fonction publique, a fait débat, le sujet n’est plus abordé aujourd’hui.
Et ce problème ne concerne pas uniquement les États-Unis. Le ratio dette publique/PIB est malsain dans plusieurs pays à travers le monde, notamment en Europe.
On parle beaucoup de l’IA, mais la numérisation du monde financier, par exemple des caisses de pension, n’est-elle pas en retard?
Le fossé entre la modernité de certains logiciels et la réalité financière est surprenante. En finance, le traitement et l’enregistrement des ordres de bourse devrait être simple et pourtant c’est parfois un cauchemar. Il en va de même de la blockchain, qui est une réalité dans les cryptos, mais qui n’est pas encore employée pour la gestion et l’administration des titres.
Je pense que l’IA permettra une accélération des processus, une plus grande efficacité du back-office, au prix de nombreux emplois. Par contre, le contact avec le client restera indispensable aussi bien dans la banque de détail que dans la gestion de fortune ou la gestion active institutionnelle. Je ne crois pas à une finance entièrement digitale et sans contact personnel.
Pour 2026, êtes-vous optimiste pour les marchés?
L’avenir promet d’être brillant. En Suisse aussi, nos affaires continueront de bien se développer.
Et pour l'économie, je suppose qu'au moins à court terme, les effets d'un changement radical de politique mondiale ne se reflètent que lentement dans les chiffres. Ayant travaillé pendant des décennies avec des entreprises européennes, par exemple, je continue de croire en leur capacité d'adaptation à un environnement en mutation. Les effets à long terme pourraient être différents, mais ce n'est pas le sujet d'aujourd'hui.