L’IA, un cadeau empoisonné?

Alexandre Tavazzi, Pictet Wealth Management

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En cas d’essoufflement de la dynamique alimentée par l’intelligence artificielle, l’effet de richesse qui a soutenu les dépenses de consommation et les investissements pourrait s’estomper.

 

L’économie «en K» présente deux caractéristiques: d’une part, la consommation est portée par les américains les plus aisés, qui profitent des plus-values générées par les actions liées à l’IA au sein de leurs portefeuilles, et, d’autre part, les dépenses d’investissement des entreprises se concentrent massivement sur l’IA. Les investissements dans l’IA devraient ainsi contribuer pour 1,6% au PIB en 2030, contre 1% aujourd’hui.

La résilience de l’économie américaine masque néanmoins certaines fragilités comme la «circularité» des géants de la tech qui investissent les uns dans les autres, l’endettement croissant des entreprises du secteur et la nécessité d’un retour sur investissement. En cas d’essoufflement de la dynamique alimentée par l’IA, l’effet de richesse qui a soutenu les dépenses de consommation et les investissements pourrait s’estomper.

Les ménages à hauts revenus, à l’origine de 50% de la consommation américaine, profitent jusqu’à présent de la hausse des salaires et des performances de leurs portefeuilles de titres exposés à l’IA. Cependant, le moindre grain de sable dans les rouages des marchés actions pourrait avoir un impact disproportionné sur cette catégorie de consommateurs et provoquer un ralentissement économique généralisé.

Ce scénario négatif s’accompagnerait d’une baisse des investissements dans l’IA ainsi que des performances boursières des Magnificent Seven, et inciterait les américains les plus riches à réduire leurs dépenses de consommation discrétionnaire. L’économie «en K» ne profiterait plus à ses grands gagnants, ce qui pourrait déclencher une récession.

Une telle hypothèse apparaît très pessimiste. Pourtant, il faut constater que les entreprises mettent plus de temps que les consommateurs à intégrer l’IA et que les revenus générés par l’adoption de cette nouvelle technologie ne sont pas à la hauteur des attentes. En l’absence d’évolution notable, les «vigiles obligataires» pourraient resurgir et mettre un frein aux dépenses d’investissement dans l’IA.

Aujourd’hui, les ménages américains sont de plus en plus exposés aux fluctuations des marchés boursiers. Les actions pèsent plus lourd que l’immobilier dans leur patrimoine et sont concentrées entre les mains des 10% les plus riches, dont les dépenses discrétionnaires varient davantage que celles des catégories moins aisées.

Au cours des 45 dernières années, la volatilité des actions a été bien supérieure à celle de l’immobilier. Une correction boursière pourrait donc entraîner une inversion de l’effet de richesse, qui se répercuterait sur l’ensemble de l’économie. Ce scénario n’est pas celui que nous privilégions, mais des mesures de protection s’imposent.

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