Europe: et si 2025 n'était qu'un avant-goût?

Arnaud Masset, BCGE

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Portées par les financières, les utilities et les industrielles, les actions européennes signent leur deuxième meilleure année depuis 2020.

L'année 2025 s'est révélée être un excellent cru pour les actions européennes. Avec une progression de plus de 17%, le MSCI Europe signe sa deuxième meilleure performance depuis 2020, largement tirée par un secteur financier en état de grâce (+36%), sa meilleure année en deux décennies. Les utilities (+16%) et les industrielles ont également contribué à ce rebond, traduisant un repositionnement des investisseurs sur des thématiques bien identifiées: souveraineté européenne, énergie et plan de relance allemand. Reste à savoir si ces moteurs conserveront leur puissance en 2026 ou si le marché devra trouver de nouveaux relais.

Financières: une dynamique qui ne faiblit pas

Le secteur bancaire européen a bénéficié d'une conjonction de facteurs favorables. Une courbe des taux avantageuse, couplée à une gestion rigoureuse des bilans et un contrôle des coûts draconien, a permis d'afficher des rentabilités en nette progression. Les établissements du Sud de l'Europe, notamment italiens et espagnols, tirent particulièrement leur épingle du jeu. Au Royaume-Uni, la pentification de la courbe laisse présager des revenus d'intérêts nets attractifs pour les trimestres à venir. Les programmes de rachat d'actions annoncés et le potentiel de croissance du crédit soutiennent des perspectives constructives pour 2026.

Énergie: entre pragmatisme et contraintes structurelles

L'annonce par Bruxelles de l'assouplissement de l'interdiction des véhicules thermiques en 2035 illustre le virage pragmatique opéré par l'Europe. Face à une industrie automobile «en danger de mort» et une concurrence chinoise écrasante sur l'électrique, la Commission a choisi de desserrer l'étau réglementaire, abaissant l'objectif de réduction des émissions de 100% à 90%. Du côté allemand, l'équation énergétique demeure complexe. Avec un prix de l'électricité supérieur de plus de 30% à la moyenne européenne, la compétitivité industrielle reste sous pression. Depuis la sortie définitive du nucléaire en avril 2023, un éventuel redémarrage des centrales se heurte à des obstacles politiques, juridiques et économiques considérables – les opérateurs comme E.ON et RWE ayant d'ores et déjà écarté cette option sans soutien étatique. Dans ce contexte, les utilities européennes devraient intensifier leurs investissements pour répondre à une demande électrique croissante, notamment stimulée par le développement des datacenters.

Allemagne et défense: les catalyseurs de 2026

Le plan de relance allemand devrait constituer le principal moteur de croissance du marché européen pour les prochaines années. Les sociétés exposées au marché domestique allemand, qu'elles soient locales ou étrangères, devraient en recueillir les fruits. Une éventuelle résolution du conflit ukrainien et les perspectives de reconstruction qui s'ensuivraient donneraient une impulsion supplémentaire. Du côté de la défense, les valorisations reflètent en grande partie le virage vers la souveraineté européenne. Toutefois, le marché n'intègre pour l'instant qu'une contribution de 3 à 3,5% du PIB aux budgets militaires, contre un objectif de 5% évoqué par le traité de La Haye, ce qui permet de maintenir un certain optimisme, quoique mesuré, pour les valeurs du secteur.

Valorisations: un rattrapage à confirmer

Si le rebond de 2025 a permis de réduire la décote historique face au marché américain, il s'est principalement matérialisé par une expansion des multiples de valorisation plutôt que par une croissance effective des bénéfices; particulièrement pour les valeurs non-financières. Cette dynamique, si elle venait à se prolonger sans amélioration des bénéfices, ne serait pas soutenable. Dans ce contexte, une approche sélective s'impose, privilégiant les secteurs où les fondamentaux soutiennent réellement les valorisations. Dans cet environnement, nous maintenons une vue constructive sur les actions européennes, avec une préférence marquée pour les financières, en particulier les établissements du Sud de l'Europe et ceux du Royaume-Uni, les utilities exposées à la croissance de la demande électrique, ainsi que les industrielles positionnées sur les thématiques de défense et de reconstruction. L'Allemagne, portée par son plan de relance, devrait rester le principal catalyseur de performance en 2026. Une sélectivité accrue demeure toutefois de mise face à des valorisations qui attendent désormais leur validation par les bénéfices.

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