Le wishful thinking!

John Plassard, Cité Gestion

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Décembre est historiquement un mois porteur. Mais cette année, il le serait davantage parce que les fondations sont là. Immersion dans un wishful thinking… qui ne l’est peut-être pas tant que cela.

 

Aujourd’hui, j’ai décidé d’être positif, volontairement optimiste, presque contrarien dans un environnement saturé de pessimisme: le mois de décembre 2025 pourrait bien être – contrairement à 2024 – un excellent millésime pour les actions. Ce n’est pas un vœu pieux, ni un simple rêve de fin d’année: c’est un scénario argumenté, adossé à des données tangibles, à des dynamiques bénéficiaires solides et à des catalyseurs macro-financiers rarement alignés. Pendant des mois, les marchés ont avancé à reculons, intimidés par les tarifs, le shutdown, la volatilité politique et les peurs de récession. Et pourtant, la réalité économique est bien plus robuste qu’on ne veut le croire. Décembre est historiquement un mois porteur – mais cette année, il le serait encore davantage parce que les fondations sont là: bénéfices en hausse, consommation résiliente, cycle de taux en bascule, inflation en repli, IA qui accélère les marges, obligations stabilisées et Fed plus préventive que réactive. Immersion dans un wishful thinking… qui ne l’est peut-être pas tant que cela.

La première raison d’y croire, c’est la plus simple: les profits. Ce ne sont plus les liquidités ni l’euphorie spéculative qui guident le marché, mais bien les résultats. Selon FactSet, les bénéfices du S&P 500 devraient progresser de +11,8% cette année, largement au-dessus du rythme du PIB américain. Mieux: les marges restent proches des plus hauts historiques alors même que l’économie a encaissé un choc tarifaire majeur – dont près de 70% ont été absorbés par les entreprises grâce à l’automatisation, aux relocalisations et aux gains de productivité générés par l’intelligence artificielle. Résultat: trimestre après trimestre, les publications ont dépassé les attentes. Et 2026 s’annonce encore plus fort avec +14,2% attendus. Lorsque les profits montent et que les multiples restent sages, l’histoire est simple: les indices montent. Nous ne sommes plus dans un marché tiré par l’imaginaire, mais par le cash-flow. Et cela change tout.

Deuxième élément, peut-être le plus sous-estimé: la récession n’est pas venue. On l’attendait en 2023, puis 2024, puis en début 2025… elle n’est jamais arrivée. Le repli du T1, lié au front-loading des importations avant les tarifs, a été effacé dès le T2. La consommation – pilier permanent – tient bon, soutenue par des bilans ménages solides et des salaires réels redevenus positifs. Le shutdown a assombri le moral, mais pas les comportements: les ménages achètent, voyagent, consomment. Les ventes de Thanksgiving ont été historiques, et le National Retail Federation anticipe plus de 1000 milliards de dollars pour les fêtes – du jamais vu. Moins de peur = plus de visibilité. Et plus de visibilité = plus de prise de risque.

Troisième pilier de ce rallye potentiel: l’IA continue de redessiner le cycle. Trois ans après le lancement de ChatGPT, nous avons basculé dans une nouvelle ère d’investissement et de productivité. Contrairement à la bulle 2000, les géants de l’IA sont profitables, génèrent du cash et financent eux-mêmes leurs investissements. Les dépenses en data centers, semi-conducteurs, robotique, cloud, cybersécurité s’accélèreront encore en 2026, soutenant la croissance des marges et la diffusion technologique dans l’économie réelle. L’IA ne gonfle pas une bulle: elle augmente la productivité. Dans un marché qui attend un catalyseur, elle est précisément ce catalyseur.

La Fed joue également un rôle clé. Jerome Powell l’a répété: la banque centrale ne veut pas reproduire les erreurs passées, celles où elle assouplit trop tard. D’où ce pivot préventif, ce preemptive cut qui vise à lisser le cycle plutôt qu’à le réparer en urgence. Les conditions financières se détendent, le taux hypothécaire à 30 ans est passé de 7,1% à 6,3%, les spreads se stabilisent. Le marché n’a plus peur d’un pivot brutal, mais s’habitue à une trajectoire douce de baisse en 2026. Or, l’histoire est claire: 1995, 1998, 2019 – à chaque assouplissement préventif, les marchés ont explosé à la hausse. Si décembre doit partir, ce pourrait être sa mèche d’allumage.

Mais il y a mieux – et presque personne n’en parle: la fin du QT. Le quantitative tightening a officiellement pris fin le 1er décembre. La dernière fois? Septembre 2019. Résultat: +17% sur le S&P 500 en trois semaines. Fin du QT = moins de pression sur les bilans, plus de liquidité marginale, spreads plus serrés, flux plus dynamiques. Dans un marché où la liquidité globale reste rare, cette soupape peut peser autant – voire plus – qu’une baisse de taux.

Sixième soutien: l’inflation se calme. Le pétrole est passé de 72 à 59 dollars. Les chaînes d’approvisionnement se sont adaptées avec une vitesse impressionnante, les salaires réels repassent positifs, le CPI se stabilise. Une inflation maîtrisée + pétrole bas + détente monétaire = le terreau classique d’un Santa Claus Rally. Ce n’est pas de la magie, c’est de la macro.

Septième élément: la reprise obligataire. Avec un 10 ans proche de 4%, les obligations redeviennent rentables. Les institutions se réallouent, les caisses de pension respirent, le fixed income cesse d’être un poids mort. Quand obligations et actions montent ensemble – 1995, 2009, 2019 – le momentum devient presque impossible à arrêter. Pour décembre, cela crée un souffle porteur à double moteur.

Enfin, la saisonnalité. Depuis 30 ans, décembre progresse 70% du temps, avec une performance moyenne de +1,3%. Et les années où Thanksgiving a été fort – comme en 2025 – décembre l’est encore plus. Le marché n’attend qu’un prétexte pour accélérer. Nous venons d’en lister huit.

Alors, décembre 2025 sera-t-il un bon mois? Aucun scénario n’est garanti – mais il est objectivement favorable. Les profits montent, la récession s’éloigne, l’IA diffuse, la Fed anticipe, le QT s’arrête, l’inflation se calme, les obligations respirent, la saisonnalité joue pour nous. Wishful thinking ou réalité? Peut-être les deux. Et parfois, il ne faut qu’un souffle pour transformer l’attente en envol.

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