Petites et moyennes capitalisations: en quête d’alpha

Pierre Pincemaille, DNCA

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Le M&A repart en Europe, stimulé par la consolidation bancaire et un rebond des annonces à 900 milliards de dollars.

 

Alors que les grands indices boursiers – MSCI Europe et S&P 500 – évoluent à proximité de leurs plus hauts historiques et dans la partie supérieure de leurs fourchettes de valorisation, l’attention des investisseurs se tourne logiquement vers le segment des petites et moyennes capitalisations. Celui-ci affiche en effet des multiples de valorisation nettement décotés (ratio cours/bénéfice 12 mois forward de 12,4x 2026 pour le MSCI EMU Small Cap, contre 15,3x pour le MSCI EMU Large Cap).

Mais les investisseurs les plus chevronnés le savent: si l’argument du prix constitue un point d’entrée nécessaire, il ne suffit pas. Des catalyseurs tangibles doivent se matérialiser pour combler l’écart.

Croissance européenne: un premier catalyseur attendu

Le segment des petites et moyennes capitalisations (Small & Mid Caps, SMID) reste fortement corrélé à la dynamique macroéconomique de la zone euro, dont un indicateur avancé pertinent est l’indice des directeurs d’achats, le PMI (à 52,4 en octobre). À ce titre, la trajectoire de l’Allemagne sera déterminante. Les dernières semaines ont été marquées par une série d’annonces négatives – suppressions de postes chez Bosch, Siemens, etc. – mais le pire pourrait être derrière nous.

Le budget adopté mi-septembre devrait permettre un déploiement plus marqué des dépenses au quatrième trimestre et en 2026, avec un soutien ciblé à la demande domestique via des mesures en faveur du marché du travail et des entreprises. Par ailleurs, le niveau actuel d’excès de capacité (taux d’utilisation des capacités de production sous les 80%) laisse entrevoir un multiplicateur budgétaire plus élevé, renforçant l’efficacité potentielle de ces mesures.

Moins exposées aux aléas douaniers américains

Avec 65% de leurs débouchés en Europe et seulement 13% en Amérique du Nord, les sociétés SMID sont structurellement moins exposées aux turbulences liées à la politique tarifaire américaine.

L’accord bilatéral récemment annoncé entre les États-Unis et la zone euro, fixant les droits de douane à 15%, aurait pu constituer un véritable «clearing event». Pourtant, fidèle à son imprévisibilité, le président américain a rapidement dévoilé de nouvelles taxes ciblant l’industrie pharmaceutique, les poids lourds et même les meubles de cuisine.

Si cette créativité tarifaire alimente les recettes du Trésor américain, elle réintroduit une incertitude importante quant à la capacité des entreprises européennes concernées à répercuter ces coûts sur leurs clients. Dans une logique relative, ce cadre commercial instable tend néanmoins à favoriser mécaniquement les petites et moyennes capitalisations.

Conditions monétaires: un vent favorable

La baisse des taux directeurs de la BCE a réduit le coût du capital et soutient l’investissement. Même si les communications récentes du Conseil des gouverneurs suggèrent une pause, les conditions financières continuent de s’assouplir: resserrement des spreads de crédit, recul des prix du baril.

Du côté du financement bancaire, aucune rupture n’est visible: les dernières données de la BCE indiquent une croissance toujours solide du crédit (+2,7% sur un an en septembre), malgré l’environnement incertain.

M&A: le grand retour?

Le thème des fusions-acquisitions, particulièrement prisé des investisseurs, refait surface. Les secteurs bancaires italien et espagnol ont alimenté les spéculations au cours des six derniers mois, en raison de leur fragmentation historique.

Plus largement, après deux années 2023–2024 marquées par l’activité M&A la plus faible depuis une décennie en Europe, la tendance montre des signes d’inflexion: sur douze mois glissants, le total des opérations annoncées atteint 900 milliards de dollars, soit une hausse de 10% par rapport à la période précédente.

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