Europe/USA: le retour des banques européennes

David Benamou, Axiom Alternative Investments

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L’Europe devrait lever ses barrières et accélérer les réformes pour mieux gérer les risques et financer l’économie.

 


En somme, le secteur bancaire européen flirte aujourd’hui avec l’excellence: ROE supérieurs, capital excédentaire, profils plus prudents. Après plus d’une décennie sous pression, les banques européennes évoluent à nouveau dans un environnement porteur. Le retour des taux positifs redresse les marges d’intérêt, les ROE s’améliorent sensiblement, les coussins de capital se sont accumulés au fil des contraintes prudentielles, et plusieurs réformes commencent enfin à corriger un cadre réglementaire longtemps désavantageux.

Après avoir nettement décroché face aux banques américaines, soutenues par un environnement macro plus dynamique, une orientation budgétaire plus accommodante et une régulation historiquement plus pragmatique, l’Europe semble désormais engagée dans un véritable rattrapage. Toute la question est de savoir si cette embellie pourra durer ou si elle dépend d’un cycle de taux exceptionnellement favorable.

Macro: résilience américaine et redressement européen

Aux États-Unis, la croissance ralentit mais reste solide (+1,8%), portée par une consommation vigoureuse et les investissements dans l’IA. L’inflation sous-jacente, en repli vers 2%, permet à la Fed d’envisager un assouplissement graduel, avec des taux autour de 3,75% en fin d’année – un niveau toujours favorable aux marges nettes d’intérêt.

En zone euro, la croissance demeure plus faible (1,0–1,2%), freinée par l’austérité passée et les chocs énergétiques. Mais plusieurs signaux indiquent un redressement: un budget allemand nettement plus ambitieux, un renforcement des programmes industriels du Green Deal et des appels LIFE (plus de 80 milliards d’euros mobilisés), une inflation sous-jacente stabilisée autour de 2,1%, et une BCE qui maintient ses taux à 2%. Après des années de taux nuls ou négatifs, les banques européennes bénéficient enfin d’un environnement monétaire réellement porteur, même si les inquiétudes liées à la fragmentation des dettes souveraines persistent.

Profitabilité: l’Europe repasse en tête, mais un avantage fragile

Les ROE européens atteignent 12,3% au deuxième trimestre 2025, dépassant ceux des grandes banques américaines (11%). La progression s’explique par la hausse des marges d’intérêt, la maîtrise du coût des dépôts, une courbe des taux plus pentue et l’augmentation des commissions (+9%). Les programmes de rachats d’actions (15 milliards d’euros au troisième trimestre) renforcent encore les rendements.

Pourtant, l’écart de valorisation reste important: 9,2 fois les bénéfices 2026 pour les banques européennes, contre 12,2 fois pour les américaines. Avec un CET1 moyen de 15% en Europe (contre 13% aux États-Unis), les établissements disposent d’un potentiel d’environ 50 milliards d’euros pour des opérations de consolidation. Mais ce retour en grâce demeure dépendant du maintien d’un régime de taux positifs: un retournement rapide fragiliserait de nouveau la rentabilité, comme dans les années 2010.

Régulation: pragmatisme américain et montée en cadence européenne

Aux États-Unis, le Basel Endgame est progressivement allégé, son calendrier étendu, et les exigences pour les banques de taille moyenne sont assouplies. Cette approche pourrait libérer entre 100 et 150 milliards de dollars de capital, confirmant une constante du modèle américain: renforcer la stabilité sans pénaliser la compétitivité.

En Europe, les avancées sont tangibles mais demeurent plus progressives. La suspension de la Fundamental Review of the Trading Book (FRTB) jusqu’en 2027, la modernisation du cadre de la titrisation, la proposition française de fusionner le Minimum Requirement for Own Funds and Eligible Liabilities (MREL) et la Total Loss-Absorbing Capacity (TLAC) pour les Global Systemically Important Banks (G-SIBs), ainsi que la simplification des règles applicables aux petites banques allemandes constituent autant de signaux positifs. Toutefois, le rythme graduel de leur mise en œuvre ne permet pas encore de résorber l’écart de compétitivité qui se creuse avec les États-Unis.

Risques: un profil structurellement plus sain côté européen

Les banques européennes présentent un profil de risque structurellement plus prudent: expositions au Commercial Real Estate (CRE) limitées (10% des prêts contre 30% aux États-Unis), provisions post-Covid encore mobilisables et supervision plus stricte.
Aux États-Unis, les tensions sur le Commercial Real Estate (CRE) et les expositions aux Nonbank Financial Institutions (NDFI), près de 300 milliards de dollars, continuent de fragiliser les banques régionales.

Un rattrapage réel, freiné par les réflexes nationaux

Le secteur bancaire européen affiche ses meilleurs fondamentaux depuis quinze ans. Pourtant, la fragmentation du marché reste un obstacle majeur à l’émergence de champions continentaux. L’OPA avortée d’UniCredit sur Banco BPM, bloquée par le golden power italien, utilisé pour imposer un ratio prêts-dépôts jugé insuffisant, illustre la persistance de réflexes protectionnistes qui limitent la consolidation transfrontalière.

Plutôt que de préserver ces barrières nationales, l’Europe devrait accélérer les réformes qui permettent aux banques de mieux gérer leurs risques et de financer l’économie. La modernisation de la titrisation, outil largement utilisé aux États-Unis, sera un levier essentiel pour renforcer durablement la compétitivité du secteur européen.

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