Les risques cachés de l’investissement passif

Guy Wagner, Banque de Luxembourg Investments

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L’investissement passif n’est plus seulement une stratégie: il remodèle discrètement les marchés, gonfle les valorisations et crée des risques systémiques que la plupart des investisseurs ne voient pas venir.

L’essor de l’investissement passif

Peu de tendances ont autant bouleversé la finance moderne que l’essor de l’investissement passif. Avec ses promesses de faibles coûts, de diversification et de rendements fi ables à long terme, il est devenu la stratégie par défaut de millions d’investisseurs particuliers et institutionnels. Au cours de la dernière décennie, les fonds indiciels et les ETF ont attiré des flux incessants, tandis que les gestionnaires actifs ont été confrontés à des sorties de capitaux continues.

Aujourd’hui, on estime que les véhicules passifs représentent environ la moitié de la capitalisation boursière mondiale, et ce chiffre ne cesse d’augmenter. La part réelle est probablement plus élevée si l’on tient compte des «indexeurs cachés» parmi les gestionnaires institutionnels.

Ces flux ne résultent pas principalement de choix d’investissement délibérés, mais d’un réseau complexe d’incitations politiques, de cadres réglementaires et de paramètres par défaut automatisés que la plupart des investisseurs, particuliers ou professionnels, remarquent à peine.

Le sophisme de composition

L’investissement passif offre des avantages indéniables. Il démocratise l’accès aux marchés financiers, permettant aux investisseurs ordinaires de détenir des portefeuilles diversifiés à un faible coût. Pourtant, sa croissance rapide illustre un paradoxe économique classique: l’erreur de composition, c’est-à-dire la croyance erronée selon laquelle ce qui est rationnel pour un individu est nécessairement bon pour le système dans son ensemble.

Pour un investisseur individuel, l’achat d’un fonds indiciel peut faire beaucoup de sens. Mais lorsque la majorité le fait, le mécanisme qui garantit l’efficacité des marchés, à savoir la découverte active des prix, commence à s’éroder. Si une personne se lève lors d’un concert, elle voit mieux. Si tout le monde se lève, personne ne voit mieux. De même, lorsque tout le monde investit de manière passive, le résultat collectif peut se traduire par une efficacité réduite et des prix faussés.

Ainsi, si les stratégies passives sont efficaces au niveau individuel, leur domination collective introduit des risques profonds, souvent cachés, qui menacent les fondements mêmes des marchés modernes.

 

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