Ne faites pas les mijaurées, ça nous est arrivé à tous (ou presque), ces lendemains d’hier, la tête à l’envers au réveil et une furieuse envie de se cacher au fonds d’une grotte le temps que la gueule de bois passe. C’est exactement cela que vit Wall Street hier.
Si l’on jette un regard distrait à la clôture des principaux indices, on peut être tenté de se dire que le long fleuve tranquille de la hausse se porte à merveille. Or il suffit de consulter le breadth du jour, l’écart entre les titres clôturant en hausse par rapport à ceux en baisse, qui nous apprend que 70% des membres du S&P500 (SPX) perdent du terrain hier. L’indice S&P500 équipondéré (SPW) confirme le phénomène en reculant de 0,91% contre une hausse de 0,23% au SPX. Vous l’aurez aisément compris, la hausse d’hier n’a lieu que parce que les géants de la tech le veulent bien. Microsoft (MSFT +1,98%) rejoint le club très prisé des firmes à 4'000 milliards de dollars, Apple (AAPL +0,07%) fait de même en séance mais ne parvient pas à se maintenir à ce niveau, tandis que Nvidia remet tous les sceptiques à leur place et décolle de 4,98%. J’y reviens. Les volumes d’échanges du jour augmentent, la volatilité ne bouge pas d’un iota, sur les actions comme sur les obligations, 36e respectivement 35e record historique cette années pour le SPX et le NDX, cela en devient lassant… On notera que ce dernier n’est même pas encore suracheté, en revanche il commence à ouvrir des gaps à la hausse, étonnant et à suivre, il s’offre de plus le niveau de 26'000 points à la cloche. On retiendra que 8 des 11 secteurs du SPX terminent leur séance dans le rouge.
Côté obligataire et monnaies, c’est le calme plat. Le rendement du 10 ans US se maintient à 3,98%, il continue de regarder sa résistance de 4,00% dans le blanc des yeux, à suivre de près. La paire EUR/USD évolue ce matin à 1,1632, sa prochaine résistance se trouve à 1,1665 (moyenne mobile à 100 dma, grosse bagarre en cours à ce niveau). Cela se décantera très probablement ce soir dès 19 heures, moment où la Fed devrait nous annoncer qu’elle coupe ses taux de 25 points de base, puis le marché s’équipera de pop-corn et de lunettes 3D pour écouter religieusement Jerome Powell lui prodiguer la bonne parole monétaire.
C’est donc jour de Fed aujourd’hui, en parallèle le monde trépigne d’enthousiasme à l’idée que le grand blond et Xi Jinping nous annoncent de super chouettes nouvelles demain. Et pendant ce temps-là, les sceptiques de services quant au thème de l’IA prennent une série d’uppercuts de toute première qualité hier. On s’y colle! Le CEO de Nvidia Jensen Huang prononce à Washington un discours fortement élogieux envers le président américain (à la veille d’une rencontre décisive entre les États-Unis et la Chine qui pourrait déterminer l’accès de Nvidia au marché chinois rappelleront les esprits taquins). Mettant en avant le patriotisme et la puissance industrielle américaine, Jensen Huang affirme que la production des puces Blackwell a débuté en Arizona et que Nvidia a déjà livré 6 millions d’unités, avec 14 millions supplémentaires en commande, soit environ 500 milliards de dollars de ventes à venir, c’est ça qui provoque le bond de 5% du titre. En saluant les politiques économiques du grand blond, Huang cherche à consolider la relation de Nvidia avec l’administration alors que de nouvelles restrictions d’exportation vers la Chine sont envisagées. Son discours, à tonalité pro-Trump et axé sur la relocalisation industrielle, vise à rassurer les marchés quant à la solidité du modèle de Nvidia, mais souligne aussi la dépendance croissante du groupe aux décisions politiques à venir sur le commerce technologique entre Washington et Pékin. Jensen Huang écarte à nouveau les craintes d'une bulle dans le domaine de l'IA et annonce de nouveaux partenariats, notamment avec Uber, Palantir, Stellantis et Foxconn.
En parallèle, Nvidia annonce investir 1 milliard de dollars dans Nokia, soit 2,9% du capital de la firme finlandaise, dont l’action s’envole de … 21%. Joli effet de levier non? C’est là le principal uppercut envoyé par l’IA dans la figure des sceptiques, on ne met pas long à réaliser dans les salles de marchés que, afin de maintenir la progression de ses ventes de GPU, Nvidia doit veiller à ce que les infrastructures puissent suivre le rythme. Les flux d’investissements liés à l’intelligence artificielle continuent donc de se propager. Après avoir d’abord bénéficié aux fabricants de processeurs graphiques et de puissance de calcul (Nvidia, AMD…), ils se sont ensuite dirigés vers les assembleurs (Dell, Hewlett Packard, Super Micro Computer…), puis vers les producteurs d’équipements pour centres de données (Schneider, Vertiv, Johnson Controls, Eaton, Trane, Cisco, Arista, ABB…). Ces centres, eux, doivent être alimentés en énergie (Siemens Energy, Rolls-Royce, Cummins…) et requièrent des infrastructures réseau adaptées. C’est là qu’intervient Nokia. En d'autres termes, le ruissellement de l'IA est en train de toucher de nouveaux pans du marché. La question des marges des mastodontes de la tech reste ouverte et légitime, tellement ils investissent. Ça tombe bien, ce soir après la clôture nous aurons droit au passage dans le confessionnal d’Alphabet, Microsoft et META.
Résumons: les indices sont au nirvana, la FED annonce sa décision sur les taux ce soir, l’IA accélère encore un peu plus qui vous savez est en tournée triomphale en Asie, intéressant cocktail que celui-ci, hâte de le commenter demain matin.
La Réserve fédérale se réunit donc alors que la fermeture du gouvernement dure depuis près d’un mois, l’empêchant d’accéder aux données économiques essentielles. Malgré cela, elle s’apprête à réduire une nouvelle fois son taux directeur de 0,25 point. Faute de chiffres officiels, la Fed s’appuie sur des données privées qui indiquent un affaiblissement du marché de l’emploi: l’emploi privé recule, la création nette de postes ralentit fortement et seuls les secteurs de la santé progressent. L’inflation, légèrement en baisse, atteint 3% sur un an en septembre, mais reste supérieure à l’objectif de 2% de Jay Powell et ses collègues. Plusieurs anciens responsables de la Fed parlent d’une situation proche de la stagflation: croissance molle, emploi en perte de vitesse et inflation persistante. Les débats internes portent sur la priorité entre soutenir l’emploi ou surveiller l’inflation. Certains, comme Esther George, jugent que la Fed sous-estime la persistance de la hausse des prix. En parallèle, la hausse des défauts sur les prêts automobiles subprime alimente les craintes d’un ralentissement plus marqué. Jerome Powell reconnaît que les risques pour l’emploi augmentent et laisse entendre de nouvelles baisses de taux. Les marchés anticipent presque avec certitude un autre assouplissement en décembre, sauf si les données économiques évoluent fortement d’ici là.
Le président des Etats-Unis indique qu'il prévoit de réduire les droits de douane imposés par les États-Unis sur les produits chinois en raison de la crise du fentanyl et de s'entretenir avec Xi Jinping au sujet de la puce Blackwell AI de Nvidia. Les deux dirigeants se trouvent actuellement en Corée du Sud pour le sommet de l'APEC. La Chine a acheté au moins deux cargaisons de soja américain, selon des sources proches du dossier. Nvidia a prolongé ses gains d’hier et progresse déjà de 2,7% ce matin après les déclarations de qui vous savez sur Blackwell.
Au menu macro-économique de ce mercredi, la Banque du Canada devrait réduire son taux directeur de 25 points de base à 14h45, avant que la Fed ne fasse la même chose à 19h00.
Uber, Stellantis et Nvidia s'associent pour déployer 100’000 véhicules autonomes dès 2027. UniCredit prévoit de limiter au maximum les actifs confiés à Amundi d'ici à la mi-2027, selon l’agence Bloomberg. UBS Group dépasse les attentes et voit son bénéfice du troisième trimestre grimper à 2,5 milliards de dollars. Banco Santander améliore ses bénéfices. Deutsche Bank publie des résultats en hausse. Mercedes-Benz subit une chute du bénéfice au troisième trimestre. Logitech améliore nettement ses résultats au deuxième trimestre fiscal. Temenos relève ses prévisions. Moncler publie légèrement au-dessus du consensus au troisième trimestre. Amrize relève ses prévisions. Nokia décolle de 21% hier après l'annonce de l'acquisition par Nvidia de 2,9% du capital pour 1 milliard de dollars. Roche obtient un marquage CE pour un test détectant le virus de la dengue. Thermo Fisher s'apprête à racheter Clario, le fabricant de logiciels d'essais cliniques, pour 10 milliards de dollars, révèle le FT. The Western Union prévoit de lancer une monnaie stable adossée au dollar, selon WSJ. Apple va doter ses gammes MacBook Air, iPad mini et iPad Ai d'écrans plus haut de gamme.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en hausse. Tokyo progresse de 2,17% à la cloche, Hong Kong est fermée, Shanghai monte de 0,7%, Séoul prend 1,76% et le Nifty50 gagne 0,6%. Le future SPX prend 0,3% supplémentaires, le future NDX avance de 0,5%, je vais bien tout va bien au pays de l’IA. L’Europe gagne 0,2% dans les premiers échanges, en Suisse le marché salue les résultats de Temenos, Logitech et UBS comme il se doit.
L’or a manifestement surmonté sa propre gueule de bois, l’once tente de repasser au-dessus des 4'000 dollars, attention au bull trap chers enthousiastes, d’un point de vue technique la correction entamée depuis le top à 4381 dollars du 20 octobre ne semble pas terminée.
Tout le monde sur le pont à 19h pour la Fed, puis tout le monde sur le pont à 21h pour les résultats de Microsoft, Alphabet et META, puis tout le monde en chambre pour un dodo bien mérité.