Le moins que l’on puisse dire est que l’infâme mois d’octobre boursier semble faire autant peur aux taureaux qu’un masque d’Halloween à l’effigie de Guy Parmelin. On fait tranquillement rôtir quelques plantigrades sur les parquets de trading en ce début de semaine, l’indice S&P500 (SPX) n’a reculé qu’une seule fois lors des sept dernières séances, chronique d’un long fleuve tranquille qui remonte le courant d’un scepticisme croissant (même la philosophe Cathie Wood averti d’un risque de «reality check», on achète?).
Le SPX passe une journée de lundi plutôt tranquille, les volumes d’échanges sont limités mais les mouvements se font. Clôture quasiment au plus haut de la séance, tout près des 7'000 points (les vendeurs de t-shirts et casquettes ne chôment pas ces temps). Le principal indice de Wall Street n’est même pas encore entré en territoire suracheté. Constat identique sur le Nasdaq100 (NDX) et le Dow Jones. Le principal indice de la tech ne se trouve plus qu’à quelques encablures des 26'000 points, on se prend même à rêver de 50'000 points sur le vénérable indice, qui vient de se payer les 47'000 pts. Notons au passage la sous-performance du SPW par rapport au SPX, l’indice S&P500 équipondéré gagne 0,46% contre 1,23% à son presque alter ego. Cela confirme la mainmise de plus en plus ferme des géants de la tech sur la cote. Ils sont tous en bonne hausse hier, les meneurs du jour sont Tesla (TSLA +4,31%) et Alphabet (GOOG +3,62%). Le breadth du Nasdaq est légèrement négatif, c’est quelque peu étonnant mais pas grand monde ne relève un sourcil, les 7 magnifiques sont là qui veillent. Sans surprise, la volatilité glisse encore un peu, le VIX perd 3,5% à 15,79, il a du potentiel technique jusqu’à 12,70. Son alter ego obligataire le MOVE perd 3% pour clôturer à 66,87, son plus bas niveau depuis novembre 2021. Lisez: cela se détend à la vitesse grand V dans les salles de marchés, va falloir penser à ne pas oublier de ne pas trop baisser la garde tout de même, on sait ce que cela implique.
Au chapitre des monnaies, le dollar rend un peu de terrain face à l’euro, la paire EUR/USD remonte à 1,1651, elle voit sa prochaine résistance à un niveau rafraichissant de 1,1664 (moyenne mobile à 100 jours). Côté obligataire, le rendement du 10 ans est en train de se battre comme un chiffonnier avec le niveau de 4,00%, ce matin il évolue à 3,98%.
On rappelle les sujets du moment: la saison 3 des trimestriels de sociétés (qui se passe bien pour le moment), la Fed demain soir (qui se passera bien, du moins c’est ce que l’on pense pour le moment), la nouvelle love story entre un grand blond énervé et le président Xi Jinping (qui se passera bien, qui vous savez l’a dit, du moins pour le moment).
Or donc, les marchés mondiaux d’actions ont retrouvé leur mojo (mais l’avaient-ils perdu un jour?), atteignant de nouveaux records grâce à une combinaison de bons résultats d’entreprises, d’annonces de fusions et d’acquisitions et d’avancées dans les discussions commerciales entre les États-Unis et la Chine. Non seulement cela se passe bien Downtown Manhattan, mais en Asie, les indices du Japon, de la Corée du Sud et de Taïwan battent eux aussi des records, tandis que la Bourse de Shanghai atteint un sommet inédit depuis plus de dix ans. En Argentine, les actions décollent de 22% après la victoire électorale du président Javier Milei, qui ne semblait manifestement pas prévue par le marché. Ce regain d’optimisme contraste avec la nervosité récente provoquée par les menaces tarifaires du presque Nobel de la paix et les craintes liées à des faillites dans le secteur automobile et à des pertes bancaires. Les investisseurs semblent désormais habitués à la diplomatie imprévisible du président et accueillent favorablement les signaux positifs d’un accord commercial en préparation avec Pékin. La saison des résultats contribue aussi à la bonne humeur: plusieurs grandes entreprises ont publié des bénéfices supérieurs aux attentes, malgré le report de certains indicateurs économiques à cause de la fermeture du gouvernement. Et puis on en parle moins mais le dynamisme des fusions-acquisitions renforce encore la confiance: Huntington Bancshares rachète Cadence pour 7,4 milliards de dollars, American Water fusionne avec Essential Utilities (valorisée à 12 milliards) et Novartis acquiert Avidity Biosciences pour 12 milliards. Notez que les transactions d’entreprises américaines ont augmenté de 36% depuis le début de l’année, atteignant 1,6 trillion de dollars. Cette semaine sera cruciale, avec la publication des résultats de géants comme Apple, Meta et Alphabet, ainsi qu’une décision de la Réserve fédérale demain soir, qui devrait annoncer une nouvelle baisse des taux.
Au menu macro-économique de ce mardi, les indicateurs PMI flashs des grandes économies publiés en matinée seront suivis de près, ils constituent des indicateurs avancés précieux.
HSBC annonce un bénéfice avant impôt de 7300 milliards de dollars au troisième trimestre. Novartis affiche un résultat net et un chiffre d'affaires en hausse au troisième trimestre. Les immatriculations de véhicules neufs en Europe en hausse de 11% en septembre, selon l'ACEA. BAE Systems va récupérer 4,6 milliards de livres sterling de revenus dans le cadre du contrat de vente de 20 Eurofighter Typhoon à la Turquie. UBS sollicite une licence bancaire aux Etats-Unis pour accélérer sa croissance dans la gestion de fortune. Par ailleurs, un ancien trader réclame 400 millions de dollars à UBS dans l'affaire de manipulation du Libor. Nvidia et Deutsche Telekom vont bâtir un centre de données d'un milliard d'euros pour SAP. Des actionnaires de Galderma, dont EQT, placent un nouveau paquet de titres. Roche annonce des résultats positifs de l'essai de médicaments contre le syndrome néphrotique idiopathique. Forte hausse hier de Qualcomm (QCOM +11,1%) après avoir annoncé le développement d'une puce pour rivaliser avec Nvidia. Amazon prévoirait de licencier jusqu'à 30’000 personnes dans ses fonctions support, selon Reuters. Google va financer le redémarrage d'une centrale nucléaire de Nextera pour alimenter son IA.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en baisse. Tokyo abandonne 0,58%, Hong Kong recule de 0,56%, Shanghai perd 0,22%, Séoul rend 0,8% et le Nifty50 égare 0,15%. Le future SPX traite autour de l’équilibre tandis que l’Europe est indiquée en repli de 0,3%.
L’or n’a manifestement pas du tout bien supporté la grande fiesta vers le top de 4381 dollars par once la semaine passée. Enorme gueule de bois pour le métal jaune qui fond sans cesse depuis une semaine, il a perdu plus de 10% depuis lors et traite ce matin à 3932 dollars, on ne voit guère que sa moyenne mobile à 50 jours pour «tenter» de stopper la chute, elle se situe actuellement à 3782 dollars.