Transformer l’information en performance

Nicolette de Joncaire

3 minutes de lecture

Sans aller jusqu’à parler de bulle, il est évident que toutes les valorisations de la tech ne sont pas justifiées, explique David Mellul de Varenne Capital Partners.

 

Etablie en France depuis 2003, d’abord comme société de conseil puis, depuis 2006, comme société de gestion agréée par l’AMF, Varenne Capital Partners, est présente en Suisse depuis plus de 10 ans.  Initiée avec une stratégie Long Actions, son offre s’est ensuite déployée sur 3 autres thèmes pour apporter décorrélation et couverture : Short Actions, Merger Arbitrage et Tail Risk Hedging (ou couverture macro). Forte d’encours s’élevant à 2,3 milliards d’euros et d’une gamme UCITS composée de 4 fonds, la société de gestion propose également un fonds d’investissement alternatif (FIA) et un fonds off-shore. Varenne Capital Partners réaffirmait récemment la priorité qu’elle accorde à la Suisse. Le point avec David Mellul, directeur général.

En quoi consiste la singularité de l’approche d’investissement de Varenne Capital?

En ce qui concerne la stratégie Long Actions, nous avons développé un processus d’investissement fondé sur une recherche interne visant à identifier des entreprises de qualité sous-évaluées. Notre analyse combine critères quantitatifs et qualitatifs, examinant entre autres le plan stratégique, le modèle économique, l’avantage concurrentiel, la qualité du management et la solidité du bilan. Nous limitons notre univers d’investissement aux entreprises capables de générer des flux de trésorerie réguliers, excluant les secteurs imprévisibles ou fortement levierisés, comme la banque, l’automobile, la construction ou les matières premières. L’objectif est de sécuriser les investissements en privilégiant des sociétés dont le réseau de production est maîtrisé. Aujourd’hui, la simple décote ne suffit plus à générer de la performance. Nous intégrons donc également les dynamiques de marché et les facteurs comportementaux, comme les rachats d’actions ou les rotations sectorielles, afin de sélectionner des valorisations attractives au regard de l’historique des cours. Notre approche repose ainsi sur un équilibre entre analyse fondamentale et comportementale, soutenue par une recherche qualitative et quantitative, pour une gestion rigoureuse et indépendante.

Comment se caractérise votre stratégie Short Actions?

Un raisonnement similaire s’applique aux positions courtes dont la sélection est indépendante des positions longues. La stratégie short est particulièrement exigeante car il faut anticiper correctement l’évolution d’un titre, soit très tôt, soit très rapidement, faute de quoi le coût de location des titres peut devenir élevé. L’équipe cherche donc à se positionner le plus tôt possible lorsqu’une baisse semble probable, par exemple en cas de détérioration fondamentale du business, de rentabilité insoutenable ou de problèmes financiers majeurs. Cette approche peut rester sélective et prudente : les équipes ne sont pas obligées d’être constamment actives sur les shorts. Elles restent en retrait lorsque les opportunités se font rares. C’est aussi le cas sur les opérations de M&A qui font partie des deux autres stratégies de nos portefeuilles.

Se couper de l’investissement dans la technologie nous semble imprudent, bien qu’il soit souvent difficile d’évaluer la rentabilité des investissements réalisés. 

Quelques mots sur vos deux autres stratégies?

Notre stratégie Merger Arbitrage ne couvre que des opérations annoncées et amicales. L’investissement ne repose pas sur des rumeurs ni sur des opportunités d’arbitrage rapide, mais sur une compréhension approfondie de la dynamique et de la faisabilité de chaque transaction. Comme pour la stratégie Short, nous n’avons pas d’obligation à être investis en permanence. Avec le Tail Risk Hedging, nous visons à nous protéger contre des événements macroéconomiques extrêmes, en adoptant une sorte de «police d’assurance» contre des risques tels qu’une récession ou un choc monétaire, principalement par l’achat d’options.

De telles stratégie demandent un travail d’analyse très exigeant. Quelle est votre méthode pour les mettre en œuvre?

L’équipe compte 50 personnes, dont 21 exclusivement dédiées à la gestion. Un effort important est consacré à la collecte et à la gestion des données, issues de 19 fournisseurs d’informations financières brutes. Après l’équipe de gestion, la deuxième équipe la plus importante est l’équipe en charge du Data Management et de l’IT. Elle s’occupe de transformer ces données brutes en intelligence exploitable. Par exemple, nous avons une base de données qui nous permet de suivre l’analyse du comportement des dirigeants au capital de leurs entreprises.

Tout en y étant très actif, vous n’avez pas de présence fixe en Suisse.

Effectivement mais pour accompagner notre expansion, David Wierzba, directeur du développement, continue de couvrir la Suisse romande, tandis que Jonathan Monat, récemment nommé co-country manager, prend en charge la Suisse alémanique. Nous entendons y accroitre les encours en Romandie et en Suisse alémanique avec des plans d’actions adaptés à chacune de ces régions.

A quelle clientèle vous adressez-vous principalement?

A des tiers gérants en Suisse, des conseillers en gestion de patrimoine (CGP) en France, à des banques privées et à des family office.

Quelles sont vos perspectives pour la fin d’année?

Nous restons confiants pour la fin de l’année. La scène internationale reste préoccupante, mais les conflits sont principalement régionaux, sans expansion majeure, ce qui limite les risques de mauvaises surprises. Concernant notre portefeuille de 30 à 35 noms, nous estimons que les entreprises ont des dynamiques positives. Nous pourrons aussi bénéficier des positions optionnelles générées en avril dernier dans un environnement chahuté et qui pourront apporter une contribution si la situation macroéconomique reste favorable.

Comment vous positionnez-vous géographiquement?

Nous adoptons une approche géographiquement agnostique, en nous concentrant principalement sur l’Europe de l’Ouest et l’Amérique du Nord. Alors que notre portefeuille était réparti à 55% en Europe et 45% aux États-Unis avant l’été, cette répartition s’est désormais inversée. Mais nous ne pilotons pas activement cette allocation géographique : elle est le résultat de notre choix de valeurs.

Faut-il se désengager de la tech?

Se couper de l’investissement dans la technologie nous semble imprudent, bien qu’il soit souvent difficile d’évaluer la rentabilité des investissements réalisés. Les dépenses en capital y sont très élevées et les retombées difficiles à identifier. Si nous ne parlons pas forcément de bulle, toutes les valorisations ne sont pas justifiées. Nous avons, par exemple, vendu Nvidia pour acheter TSMC, en nous positionnant sur l’ensemble de la chaîne de valeur technologique, et pas seulement sur les noms les plus connus, incluant câbles, connecteurs et équipements de production de semi-conducteurs. Cette approche nous permet de privilégier les investissements présentant une meilleure prévisibilité et un retour sur investissement solide.

Et ASML?

Nous avons également pris des positions optionnelles sur ASML lorsque ses dirigeants ont acheté le titre, malgré des cours élevés, dans le cadre de cluster buying. Ces positions, très convexes, ont été particulièrement gagnantes et nous avons pu cristalliser l’essentiel des gains, illustrant notre approche basée sur les facteurs comportementaux.

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