La demande d’or poursuit sa progression. Elle s’est accrue de 3% au deuxième trimestre sur base annuelle, pour atteindre 1249 tonnes, indique jeudi le rapport trimestriel du World Gold Council. La progression de la demande s’élève à 45% en valeur à 132 milliards de dollars.
Les achats d’ETF ont continué d’alimenter la demande pour des raisons géopolitiques et l’incertitude liée aux droits de douane. Une augmentation nette de 170 tonnes au deuxième trimestre a succédé à une hausse de 227 tonnes au premier trimestre si bien qu’au total la demande d’ETF en or est la plus élevée au premier semestre depuis le début 2020, à l’époque du covid. Toutes les régions sont concernées.
La demande a aussi profité des achats de pièces et de barre (+11% à 306,7 tonnes), qui ont été stimulés par les caractères de valeur refuge de l’or. Depuis 2013, jamais la demande de pièces et barres d’or n’a été aussi forte, selon le rapport.
«Il est certain qu’une partie de l’incertitude est réduite au fur et à mesure des accords commerciaux, mais elle n’est pas entièrement supprimée.»
Les banques centrales ont été un peu moins gourmandes d’or que précédemment, mais elles ont ajouté 166 tonnes d’or à leurs réserves au deuxième trimestre.
En revanche, la hausse du prix de l’or s’est traduite par une contraction des achats de bijouterie, avec des volumes revenant à ceux d’avant la pandémie.
L’offre s’est, comme la demande, accrue de 3%, sous l’effet d’une hausse de 1% de la production minière et de 4% de l’or recyclé.
Krishan Gopaul, Senior analyste auprès du World Gold Council, répond aux questions d’Allnews:
La demande d’or est en nette croissance tant en pièces et barres d’or qu’en ETF sur l’or. Est-ce que les moteurs de ces deux types d’investissements sont identiques?
La demande des investisseurs a été le principal moteur de la demande d’or au deuxième trimestre, qu’elle provienne des barres et pièces d’or ou des ETF. Les moteurs de cet intérêt sont assez semblables pour ces deux types d’investissements, si ce n’est que les ETF contiennent une plus grande proportion d’investisseurs institutionnels alors que les barres et pièces attirent surtout les petits investisseurs. Les deux types d’investissement sont liés à l’incertitude générale, à la politique commerciale et à ses effets à long terme.
La hausse est aussi le résultat du momentum. Une partie de la demande s’appuie sur les gains du premier trimestre dans l’espoir qu’ils se prolongent par la suite.
Est-ce qu’il y a une région particulière qui a suscité le plus d’intérêt de la part des investisseurs?
L’image globale est très positive. La croissance des ETF en or est nourrie par les investisseurs de l’ensemble des régions observées. Mais il en ressort que la Chine représente un afflux similaire à celui des Etats-Unis. La comparaison est intéressante dans la mesure où le marché des ETF est nettement moins développé en Chine qu’aux Etats-Unis, le premier marché d’ETF au monde. La progression de la demande de barres et pièces est également impressionnante dans de nombreux marchés.
Comme les accords se multiplient sur les droits de douane, l’incertitude diminue. Est-ce que cela pénalise l’or?
Il est certain qu’une partie de l’incertitude est réduite au fur et à mesure des accords commerciaux, mais elle n’est pas entièrement supprimée. De nombreuses interrogations demeurent, par exemple sur les détails des accords. Le marché devrait prendre quelque temps à évaluer les informations disponibles.
Dans un environnement marqué par une inflation supérieure aux objectifs des banques centrales, les interrogations ne manquent pas sur les perspectives économiques. Il est difficile de dire si les accords sont positifs ou non pour l’or, mais un certain niveau d’incertitude persiste qui soutient encore la demande d’or, en particulier pour l’investissement, mais pas uniquement.
Vous vous attendez à des vents contraires pour le marché de l’or. Est-ce que vous pensez que la hausse a été trop forte ces derniers mois pour arriver à cette conclusion?
La hausse a été très impressionnante cette année, avec une hausse de 27% de l’once en dollars. Cela soutient sans doute la demande de pièces et barres d’or, en raison du momentum positif. Mais il n’y a pas que des aspects positifs. La demande a diminué dans la bijouterie, où la baisse n’a pas été aussi forte depuis l’époque du covid, en 2020.
«Les banques centrales continuent d’acheter de l’or, mais à un moindre rythme (166 tonnes) qu’au trimestre précédent.»
Par ailleurs, l’incertitude est telle qu’il n’est guère possible de présenter des prévisions avec un fort degré de probabilité. La demande restera sans doute positive pour les pièces et barres d’or et les ETF. L’incertitude continue de plaider pour un cours de l’or élevé, mais la tendance est moins favorable pour la demande de bijouterie. L’histoire peut nous fournir quelques indications sur la tendance, mais l’incertitude est encore élevée.
Les principaux pays essaient d’affaiblir leur monnaie. Quel est le comportement des banques centrales par rapport à l’or?
Les banques centrales continuent d’acheter de l’or, mais à un moindre rythme (166 tonnes) qu’au trimestre précédent. Nous l’expliquons avant tout par le haut niveau du cours de l’or. Le métal jaune est proche de ses plus hauts. Les banques centrales procèdent à des achats stratégiques mais elles restent sensibles au prix de l’or. Pour le deuxième semestre, leur comportement dépendra donc en partie du cours de l’or. Les banques centrales ne devraient certainement pas s’arrêter d’acheter, mais il n’est pas aisé d’estimer à partir de quel niveau. Elles ne sont pas non plus immunes à l’incertitude générale et aux risques géopolitiques.
Il ressort d’un récent sondage auprès des banques centrales qu’elles continueront d’acheter de l’or ces prochains mois. Il n’est toutefois pas possible de préciser l’étendue de leurs investissements.
De nombreuses grandes institutions, y compris des fonds souverains, affirment qu’elles réduiront leur exposition au dollar en raison des décisions de l’Administration Trump. Est-ce que ce processus influence aussi l’or ou seulement les autres devises?
Les fonds souverains ajustent leur allocation pour de nombreuses raisons. Il est difficile d’affirmer qu’il en résulte un impact sur l’or, comme il est compliqué d’évaluer les actifs ou les monnaies qui profitent des changements. Les fonds qui publient leurs données révèlent que ce sont des acheteurs d’or importants.
L’offre d’or est en hausse de 3% ce trimestre. La production minière augmente, mais les actions minières répondent modestement à la hausse de l’or. Comment l’expliquez-vous? Est-ce le reflet des coûts?
Nous n’analysons pas spécialement les cours des actions des mines d’or. Mais il existe effectivement une divergence avec le cours de l’or. L’or est le produit vendu par ces compagnies, mais leur cours de bourse ne représente pas que l’évolution du métal jaune. Il s’explique aussi par les modifications des sources de coûts que les producteurs doivent absorber. Or les coûts de production sont en hausse. Il faut tout analyser la situation de chaque entreprise à ce sujet. Avec la hausse du prix de l’or, leurs marges se sont toutefois améliorées.
Il existe de nouveaux produits d’investissement qui s’intéressent à la responsabilité des producteurs d’or et à la traçabilité de l’or. Pouvez-vous estimer cette demande?
Nous ne mesurons pas cette demande particulière. L’intérêt pour les origines de l’or et les pratiques de production est sans doute en augmentation. Nous suivons ces tendances de près, mais n’avons pas de statistiques disponibles à ce sujet.
Ces derniers mois, les médias ont parlé de la difficulté à connaître les montants d’or détenus à Fort Knox. Est-ce que la question est restée sans réponse?
Le sujet n’est plus traité par les médias depuis quelque temps. Je n’ai pas d’information sur l’audit demandé ces derniers mois. Je constate simplement que les Etats-Unis publient le même montant d’or.