L’IA et les plans d’investissement restent les moteurs des marchés actions européens

Romain Thomas

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Pour Clémentine Gallès, chef économiste et stratégiste chez Société Générale Private Banking, les marchés actions européens sont portés par une croissance plus robuste qu’attendu.

 

Dans un contexte économique européen marqué par une croissance plus résiliente qu’attendu, les marchés actions continuent de bénéficier de plusieurs moteurs structurels. L’intelligence artificielle, les investissements dans les infrastructures et la défense apparaissent notamment comme des thématiques majeures pour les investisseurs. Toutefois, la remontée des taux d’intérêt et les enjeux liés aux finances publiques constituent des facteurs de vigilance.

Après la hausse marquée des marchés depuis le début de l’année, les actions européennes conservent-elles encore un potentiel d’appréciation?

Nous conservons une préférence marquée pour les actions américaines et les marchés émergents, tout en restant constructifs sur les actions européennes, même si notre niveau de conviction y est légèrement inférieur. En Europe, l’environnement économique s’est révélé plus résilient qu’attendu ces derniers mois. Les perspectives de croissance ont été progressivement révisées à la hausse et le risque de récession, qui avait pu resurgir lors des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, s’est nettement atténué.

Cette amélioration du contexte macroéconomique se traduit également par des révisions positives des bénéfices attendus des entreprises européennes à horizon douze mois. Tant que cette dynamique bénéficiaire se poursuit, nous estimons que les marchés européens disposent encore d’un potentiel d’appréciation.

Parmi les grands secteurs cotés en Europe, lesquels offrent aujourd’hui selon vous le meilleur potentiel de performance?

Nous privilégions plusieurs thématiques porteuses. La première reste celle de l'intelligence artificielle, dont les effets se diffusent désormais bien au-delà du seul secteur technologique. Si l'Europe compte relativement peu de leaders mondiaux directement exposés à l'IA, de nombreuses entreprises bénéficient indirectement de cette tendance, notamment dans les infrastructures, l'électrification ou encore les équipements nécessaires au développement des centres de données.

Nous sommes également positifs sur les secteurs liés aux grands programmes d'investissement européens, en particulier l'industrie, les infrastructures et la défense. L'accélération des dépenses publiques dans ces domaines constitue un soutien durable à l'activité.

Par ailleurs, le secteur de l'énergie continue de bénéficier à la fois d'un contexte de prix favorable et des besoins croissants liés à la transition énergétique et à l'électrification de l'économie. Enfin, la remontée des taux d'intérêt crée un environnement plus favorable pour les valeurs financières, qui devraient continuer à en tirer profit.

À l’inverse, quels sont les secteurs qui vous semblent les moins bien positionnés dans cet environnement de marché?

Nous sommes plus prudents sur les secteurs les plus sensibles à la hausse des taux d'intérêt, au premier rang desquels figure l'immobilier. Un coût du financement durablement plus élevé continue de peser sur les perspectives du secteur.

Nous adoptons également une approche plus sélective sur certaines valeurs de consommation, notamment dans le luxe. Si les fondamentaux de nombreuses entreprises demeurent solides, ces secteurs bénéficient moins directement des deux principaux moteurs de marché que nous identifions aujourd'hui, à savoir l'intelligence artificielle et les grands plans d'investissement publics.

«Nous estimons que les marchés européens disposent encore d’un potentiel d’appréciation»

Rappelez-nous quels sont ces plans de soutien européens?

Deux grands leviers sont actuellement à l'œuvre. Le premier est le programme NextGenerationEU, dont les financements continuent d'alimenter l'investissement dans plusieurs pays européens, notamment en Espagne et en Italie. Même si les décaissements doivent progressivement s'achever, les projets déjà financés continueront de soutenir l'activité économique au-delà de 2026.

Le second est le vaste programme d'investissement lancé par l'Allemagne. Celui-ci entre désormais dans sa phase opérationnelle et devrait stimuler significativement les dépenses dans les infrastructures, la modernisation industrielle et la transition énergétique. Ces différents dispositifs constituent un soutien important à la croissance européenne pour les prochaines années.

Quels sont aujourd’hui les principaux facteurs de risque susceptibles de fragiliser la dynamique des marchés actions européens?

Le principal élément de vigilance reste l'évolution des taux d'intérêt. Leur remontée récente s'explique par plusieurs facteurs: une activité économique plus robuste qu'anticipé, des pressions inflationnistes susceptibles de perdurer et des besoins de financement toujours plus importants, liés notamment aux grands programmes d'investissement publics et aux dépenses associées à l'intelligence artificielle.

À ce stade, cette hausse des taux n'a pas remis en cause la tendance générale des marchés actions. Elle provoque en revanche des écarts de performance plus marqués entre les secteurs, pénalisant les activités les plus dépendantes du financement tout en favorisant certains segments comme les financières.

Pensez-vous que la trajectoire de la dette publique française et l’évolution des taux d’intérêt constituent un risque pour les marchés européens dans les prochains mois?

La question des taux d'intérêt mérite effectivement une attention particulière. Les tensions observées sur les marchés obligataires reflètent en partie les inquiétudes liées à la soutenabilité des finances publiques dans plusieurs pays européens, mais elles traduisent surtout des perspectives de croissance qui demeurent plus solides qu'attendu.

Pour l'heure, nous ne constatons pas d'impact significatif sur les marchés actions européens. En revanche, dans le cadre d'une allocation d'actifs diversifiée, cet environnement nous conduit à rester prudents sur les obligations souveraines et à conserver une préférence pour les actions, dont le potentiel de rendement nous paraît plus attractif.

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